Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la Charrette. Le contexte en trois minutes
🏰 On ne sait presque rien sur la vie de Chrétien de Troyes, et pourtant, il a inventé une nouvelle manière de raconter, qui a marqué à jamais notre imaginaire et les formes de narration les plus modernes, de la littérature au cinéma, en passant par la bande-dessinée.
De l’univers arthurien aux cours seigneuriales de l’âge féodal, je te propose de découvrir avec moi le contexte fascinant de l’écriture de notre roman : Le Chevalier de la Charrette.
Un poète cultivé et inventif
🏰 D'abord, qui est Chrétien de Troyes ? Né vers 1130, c’est un clerc instruit qui maîtrise le latin et a d’ailleurs traduit Ovide : Les Métamorphoses, et L’Art d’Aimer. C’est là qu’il apprend à exprimer les subtilités du sentiment amoureux !
Mais Chrétien est aussi un trouvère, c’est-à-dire, un poète qui fréquente les cours du Nord de la France.
À cette époque, les textes savants sont rédigés en latin. Chrétien, lui, choisit de « mettre en roman », c'est-à-dire d’écrire en langue romane (en ancien français) la langue accessible aux laïcs. C'est de là que vient le mot « roman » !
Et contrairement aux chansons de geste qui retracent des destins collectifs, comme La Chanson de Roland, il s’intéresse à la psychologie de ses personnages, traversés par le doute et le dilemme moral.
L'essor de l'amour courtois
🏰 Chrétien appartient notamment à la cour très raffinée de Marie de Champagne, fille d’Aliénor d’Aquitaine et Louis VII le jeune. C’est cette princesse qui lui commande ce roman, et lui impose ce thème sulfureux des amours d’un chevalier avec sa reine !
Pourquoi ce sujet plaît-il tant ? Parce qu'au XIIe siècle, c'est l’essor de la « fin'amor », ou l'amour courtois. Le chevalier ne se bat plus seulement pour son seigneur ou pour Dieu, mais pour prouver sa dévotion à sa dame.
C'est un amour exigeant qui peut entrer en conflit avec d’autres valeurs féodales. Dans Le Chevalier de la Charrette, Lancelot accepte ainsi de perdre son honneur en montant dans une charrette réservée aux criminels, par amour pour Guenièvre.
La vague de la « matière de Bretagne
🏰 Autre élément qui explique le succès des œuvres de Chrétien de Troyes : il inscrit ses récits dans la « matière de Bretagne », dont le public raffole à l’époque.
C’est le monde Arthurien, un ensemble de légendes celtiques venues d'Angleterre, où le roi Arthur et ses chevaliers de la table ronde, (Gauvain, Perceval…) côtoient des personnages magiques comme Merlin et la fée Morgane…
Chrétien de Troyes invente des personnages comme Lancelot dont il fait allusion à l’enfance auprès de la fée Viviane. Sa vie sera développée au XIIIe siècle par exemple dans Lancelot en prose, rédigé par plusieurs auteurs anonymes.
D’ailleurs, en même temps qu’il écrit Le Chevalier de la Charrette, Chrétien de Troyes rédige aussi les exploits d’Yvain, le Chevalier au lion. Chevalier modèle qui reste paradoxalement moins célèbre que Lancelot du Lac qui lui, a connu l’infâmie !
Une œuvre traversée de tensions
🏰 En mêlant l’héritage d’Ovide, le merveilleux celtique, les valeurs chrétiennes et l'éthique chevaleresque, Chrétien de Troyes a offert à la noblesse de son temps un miroir dans lequel elle peut interroger ses propres valeurs…
Peut-on être un grand chevalier et avoir connu l’infâmie ? Peut-on sauver le royaume en poursuivant un amour interdit ?
C’est en posant toutes ces questions qu’un poète dont on ne connaît même pas le vrai nom a durablement influencé notre imaginaire médiéval, et notre conception du roman moderne !
Marie de Champagne.