Chrétien de Troyes,
Le Chevalier de la charrette
Résumé-analyse
🏰 Le roi Arthur, la reine Guenièvre, Gauvain, Lancelot du Lac… Tous ces noms continuent de nous parler !
Le Chevalier de la Charrette, c’est l’histoire de Lancelot, non pas son enfance auprès de la Dame du Lac, mais l’épisode où il sauve la reine Guenièvre, et où il devient son amant.
Dès la fin du XIe siècle, l’amour courtois est inspiré du lien vassalique : l’amant est dévoué à sa dame. Mais cela va plus loin : il met en jeu son honneur, sa vie, son âme !
Cela contribue à une nouvelle forme littéraire : on met en « roman » et en vers le texte destiné à être déclamé. Le trouvère (poète du nord de la France) hérite des troubadours (qui chantent en langue d’oc, dialecte du sud).
Je te propose de découvrir ce roman avec moi, pas à pas. Tout au long du résumé, tu verras des petites cartes à thèmes utiles pour les dissertations. Pour les citations, j’ai adopté la traduction officielle, et j’ai ajouté un chapitrage pour mieux nous repérer.
Si tu apprécies la démarche, tu retrouveras la plupart des classiques expliqués en vidéo sur mon site : www.mediaclasse.fr
Que nous dit le titre ?
Le Chevalier de la Charrette ? c'est un oxymore (association de termes contradictoires). Normalement, le chevalier se déplace fièrement sur son destrier… Ce titre est intrigant !
D’ailleurs, à la même date (1180) Chrétien de Troyes écrit aussi Yvain, Le Chevalier au Lion. Or paradoxalement, Yvain, associé à cet animal noble, est moins célèbre aujourd’hui que Lancelot.
Ces deux personnages prolongent la « matière de Bretagne » : ces légendes qui touchent au merveilleux, qui mettent en scène le roi Arthur et ses chevaliers de la table ronde, que le public apprécie beaucoup à l’époque.
Le personnage de Lancelot, c’est Chrétien de Troyes qui l’invente. C’est un personnage si marquant, que de nombreux auteurs le mettent en scène. Par exemple au XIIe siècle dans Lancelot en Prose, et de nos jours au cinéma, en BD…
Le Prologue
D’abord, Chrétien de Troyes dédie son roman à sa protectrice, Marie de Champagne : fille d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII. Elle tient une cour très raffinée, où les femmes occupent une place importante. Chrétien fait un éloge poétique :
Un autre dirait que c'est la dame qui surpasse toutes les dames du monde, comme surpasse tous les autres vents la brise soufflant en mai ou en avril.
C’est ce qu’on appelle une prétérition : affirmer qu’il ne dira pas les compliments qu’il dit pourtant ! Il rappelle que c’est elle qui a choisi cette histoire de chevalier amoureux de sa reine, mais que c'est lui qui la met en forme !
[La comtesse] fournit la matière et la ligne directrice ; lui, il veille à la mise en forme, sans rien apporter de plus que ses efforts et ses soins.
Et cette précision n'est pas anodine ! En obéissant à sa dame, il lui laisse la responsabilité de ce thème sulfureux : un chevalier aimant sa reine, coupable d’une trahison et d’un péché…
Par ailleurs, on ne sait presque rien de Chrétien de Troyes. Né vers 1130, c'était un clerc qui maîtrisait le latin. Dans sa jeunesse, il a adapté des passages des Métamorphoses et de L'Art d'aimer d’Ovide : le thème de l’amour l’intéressait déjà !
1. L’enlèvement de la reine Guenièvre
L’histoire s’ouvre à la cour du roi Arthur pendant l’Ascension. Un chevalier armé de pied en cap vient lancer un défi :
— Roi Arthur, je retiens prisonniers des gens de ta terre [...] mais [...] tu n'as ni la force ni la richesse suffisantes pour les ravoir.
Il accepte de les libérer, si un chevalier ose venir l’affronter chez lui, en compagnie de la reine ! Ce chevalier, Méléagant, est maléfique, porteur de chaos.
Face à lui, le roi Arthur se révèle défaillant… C’est significatif : malgré leur prestige, les rois dépendent de leurs sujets.
Le sénéchal Keu réclame alors de relever le défi : partir avec la reine pour vaincre Méléagant. Arthur cède car il lui a fait une promesse malheureuse (c’est le motif du don contraignant). On comprend que la générosité doit rester mesurée.
Et en effet, le départ de la reine ressemble à un enterrement :
Au moment du départ s'élevèrent de grandes lamentations chez tous ceux qui virent la reine, comme [...] déjà morte et mise en bière.
2. Le chevalier inconnu et la charrette
Gauvain décide de partir à son tour : il retrouve le destrier de Keu seul, et comprend que la reine est captive.
Il croise ensuite un chevalier inconnu, à qui il donne l’un de ses destriers. Mais plus loin, il le retrouve à pieds, face à un nain qui lui dit :
— Si tu acceptes de monter sur cette charrette que je conduis, alors d'ici demain tu pourras savoir ce que la reine est devenue.
À l’époque, le nain est perçu comme une créature merveilleuse, souvent maléfique. Et la charrette est un pilori mobile, symbole d’infamie ! Alors, le dilemme de Lancelot est mis en scène par une allégorie :
Raison qui s'oppose à Amour lui dit ne pas y monter. […] Pourtant, Amour […] l'exhorte à monter […] il y saute donc.
Cet inconnu est amoureux de la reine, et prêt à sacrifier son honneur pour elle ! En chemin, il est injurié par tous, jusqu'à un château où une demoiselle élégante leur offre l'hospitalité.
3. Le lit défendu
Dans le château, la jeune fille leur fait préparer deux lits, mais un troisième leur est défendu. Notre chevalier insiste :
— S'en fâche ou s'en afflige qui voudra, c'est dans ce lit que je veux me coucher et me reposer tout à loisir.
À minuit, une lance enflammée tombe du plafond. Le chevalier rejette la lance au loin, et se rendort aussitôt.
Au réveil, il voit par la fenêtre le cortège emmenant la reine. Il se penche tant qu’il manque de tomber. Ah, La fin'amor ! C’est un sentiment si intense qu'il fait tout oublier !
Avec Gauvain, ils tentent de rattrapper le cortège, mais il y a deux chemins. Une demoiselle les renseigne :
L'un s'appelle le Pont immergé, parce qu'il est sous l'eau... L'autre pont est de loin [...] le plus dangereux : aussi tranchant qu'une épée.
Le chevalier inconnu choisit le Pont de l'Épée, tandis que Gauvain se dirige vers le Pont sous l'Eau.
4. Le gué périlleux
En chemin, notre chevalier pense tant à la reine, qu’il n’entend pas le gardien du gué, qui le renverse dans l’eau. Ce passage presque comique illustre bien la maturité d’un roman qui verse volontiers dans la parodie.
5. La demoiselle entreprenante
Le soir même, une demoiselle offre l’hospitalité à notre chevalier, s’il promet de coucher avec elle.
C’est intéressant, parce que dans ce récit, les personnages féminins jouent presque toujours le rôle d'adjuvants (elles aident le héros). Mais en même temps, elles le mettent à l’épreuve.
En allant la retrouver, il la voit aux prises avec un agresseur. Des gens armés de hache bloquent l’accès, notre héros se dit :
— Je me suis mis en route pour [...] délivrer la reine Guenièvre. [...] Si Lâcheté me prête ses sentiments, [...] [je suis] déshonoré.
Il sauve la demoiselle, qui avoue que c'était une mise en scène ! Lancelot, fidèle à sa reine, reste distant, alors, la demoiselle le laisse seul.
6. Le peigne de la reine
Le lendemain, la demoiselle guide le chevalier à une source, où se trouve un magnifique peigne d’ivoire qu'elle réclame aussitôt. Dès qu’il accepte, elle révèle que ce peigne appartient à la reine !
Le chevalier, ému, lui laisse le peigne, mais prend soin d’en retirer les cheveux.
La jeune fille remonte très vite en selle, en emportant le peigne avec elle. Et le chevalier trouve [...] son bonheur dans les cheveux qu'il presse contre son cœur.
C’est frappant : dans cet épisode, l'amour courtois prend le pas sur la foi. Pour Lancelot, ces cheveux sont plus sacrés que de saintes reliques !
7. Le prétendant discourtois
Sur le chemin, un prétendant discourtois arrête la demoiselle :
— Vraiment, quelle bien piètre escorte, [...] même si cela [...] lui déplaît [...] je vous emmènerai sous ses propres yeux.
Ce personnage est tellement opposé aux valeurs de l’amour courtois, qu’il incarne une autre forme d’excès, en face du dévouement de Lancelot.
Mais ils tombent sur le père du prétendant, qui lui interdit d’affronter ce chevalier de la charrette ! Le fils, maîtrisé par les vassaux de son père, réussit finalement à le convaincre de suivre le chevalier de loin.
8. Le cimetière prophétique
Sans savoir qu’ils sont suivis, le chevalier et la demoiselle font halte dans un cimetière. Un moine leur montre plusieurs tombes portant les noms célèbres… puis une stèle spéciale :
— Celui qui soulèvera cette dalle [...] délivrera celles et ceux qui sont emprisonnés dans cette terre dont nul ne peut sortir.
Cette prophétie compare le pays de Gorre aux Enfers, dont on ne revient pas, sauf si un héros exceptionnel s’y risque (c’est ce qu’on appelle une catabase).
Notre chevalier saisit la dalle et la soulève sans effort ! Devant un tel prodige, le moine le supplie de dire son nom, mais il refuse. Impressionnés, le prétendant discourtois et son père s’en vont.
9. Le Passage des Pierres
À la tombée de la nuit, le chevalier est hébergé par un vavasseur qui lui apprend la coutume du pays de Gorre :
— Selon cette coutume [...] tout étranger venu par ici est contraint d'y rester. [...] De même en va-t-il pour vous désormais.
Mais le vavasseur devine que ce chevalier est celui de la prophétie. Il le met alors en garde contre les dangers du passage des Pierres, sans réussir à le dissuader.
Le lendemain, le chevalier prend la route avec deux des fils du vavasseur, et ils atteignent le Passage des Pierres. Un garde le menace : notre héros le transperce d’un coup de lance. Effrayés, les autres gardes renoncent au combat.
10. La révolte des gens de Logre
En chemin, un écuyer leur apprend que les prisonniers venus du royaume de Logres ont pris les armes : la bataille a éclaté ! On entre dans un récit épique ! Mais dans une forteresse, une herse s’abat derrière eux.
Lancelot sort l'anneau de la Dame du Lac :
Il voit bien, quand il [...] consulte la pierre, qu'il n'y a pas d'enchantement. [...] Ils sont bel et bien enfermés.
Avec malice, le narrateur joue avec le registre merveilleux : comme il n’y a rien de magique ici, ils brisent les verrous et mènent les captifs à la victoire !
11. Le chevalier orgueilleux
Pendant les festivités, un chevalier orgueilleux se présente, fier comme un taureau, et menaçant…. Mais il est facilement défait et demande grâce. Une jeune fille s’adresse alors à Lancelot :
— Je suis venue (...) pour te demander (...) la tête de ce chevalier (...) car c'est l'être le plus déloyal qui ait jamais été.
Encore ici, le dilemme moral est illustré par une allégorie :
Si la jeune fille emporte la tête, Pitié sera vaincue [...] Si elle ne l'emporte pas, c'est Largesse qui sera anéantie.
Il laisse une deuxième chance à l'orgueilleux, qui perd encore. Il offre alors sa tête à la demoiselle, qui promet de le récompenser un jour !
12. Le Pont de l’Épée
Le chevalier et ses compagnons découvrent enfin le Pont de l'Épée : une lame tranchante au-dessus de flots noirs entourés de fauves. Les deux jeunes vavasseurs sont impressionnés :
— Seigneur, imaginons que vous soyez passé, ce qui paraît [...] aussi impossible [...] que de vider la mer ! [...] Comment pouvez-vous être certain que ces lions [...] ne vont pas vous tuer ?
Mais notre héros est décidé à traverser. Il désarme ses pieds et ses mains, pour mieux se tenir à la lame :
C’est un vrai supplice [...] Il se blesse aux mains et aux pieds, mais Amour [...] le guide [...] lui faisant trouver douce cette souffrance.
Cet épisode est emblématique : notre héros surmonte la souffrance physique. Ses blessures, rappelant les stigmates, ont certainement aussi une dimension christique.
Depuis la tour de son château, le roi Baudemagu, père de Méléagant, reconnaît le courage de notre héros, et dit à son fils :
— Dis-moi, est-ce que tu n'admires pas l'auteur d'une action aussi extraordinaire ? [...] Agis avec honneur et rends-lui la reine !
Devant le refus de Méléagant, Baudemagu accueille lui-même le héros blessé, lui assure que Guenièvre est en sécurité, et Lancelot accepte une nuit de repos et de soins.
13. Premier combat contre Méléagant
Le lendemain, la foule se presse sous les fenêtres du château pour assister au duel. Notre héros est affaibli par ses blessures, mais du haut de la tour, une demoiselle avisée demande à la reine le nom du champion mystérieux :
— Lancelot du lac, c'est le nom de ce chevalier !
Cette révélation est un moment clé du récit ! La reine cache son émotion, mais déjà, on devine que leur amour est réciproque. La suivante apostrophe alors le chevalier :
— Lancelot ! Retourne-toi, et regarde celle qui a les yeux fixés sur toi !
Quand Lancelot voit la reine, sa réaction est inattendue : il reste figé, et son adversaire en profite ! Est-il hypnotisé ? Attend-il simplement l'ordre de sa dame ? En tout cas, voilà un héros étrangement étourdi par sa passion !
Mais quand la demoiselle avisée lui ordonne de se ressaisir, il renverse Méléagant. Baudemagu craignant de perdre son fils, propose un accord : que Méléagant libère la reine, et il pourra affronter Lancelot, dans un an, à la cour du roi Arthur.
14. Le mécontentement de la reine
Baudemagu mène Lancelot à Guenièvre. Mais à la surprise générale, celle-ci l’ignore :
— Sire, [...] il a perdu son temps. [...] Je ne lui suis aucunement reconnaissante de ce qu'il a fait.
Lancelot se retire désemparé, mais il décide d’aller secourir Gauvain au Pont sous l'Eau.
Pendant ce temps, la bonne nouvelle se répand : les prisonniers sont libres, la coutume est abolie, et les passages périlleux sont détruits !
Dans ce roman, les nouvelles circulent instantanément, de manière presque magique. Souvent, cela aide le héros, mais pas toujours…
15. Les fausses rumeurs
En chemin, Lancelot est capturé par les vassaux du pays de Gorre. Alors une fausse rumeur affirme que Lancelot a été tué ! La reine est effondrée.
La rumeur annonce alors que la reine est morte ! Sans tarder, Lancelot se pend à son cheval. Heureusement, on le détache ; cette tentative de suicide a placé son amour devant sa vie.
Commence alors un long monologue intérieur, où le registre lyrique frôle le registre élégiaque (l’expression musicale de sentiments liés au deuil).
— Si je l’avais su, avant que son âme eût rejoint Dieu, j’aurais réparé ma faute envers elle, [...] pourvu qu’elle eût pitié de moi.
En s’intéressant ainsi aux émotions individuelles, Chrétien de Troyes s'éloigne des chansons de geste comme La Chanson de Roland qui relate surtout des exploits guerriers collectifs.
16. Retrouvailles et réconciliation
Le roi Baudemagu accourt à l'arrivée de Lancelot, et réprimande les vassaux du pays. Mais Lancelot apaise le roi, pardonne ses ennemis, et demande enfin à voir la reine.
Si l'amour a poussé Lancelot à réaliser ces exploits, il a en même temps accompli une quête collective et spirituelle : il a sauvé la reine, qui est symboliquement aussi l’âme du Royaume !
Cette fois-ci, la reine l’accueille chaleureusement. Et ils peuvent enfin parler ensemble :
— Dame, quel étrange accueil vous m'avez réservé avant-hier [...] je n'ai pas eu assez d'audace [...] pour vous en demander la raison.
La reine lui explique alors : ce n’est pas d’être monté dans la charrette qu’elle lui reproche, mais d’avoir hésité !
— Vous avez tardé le temps de faire deux pas ! Voilà pourquoi, en vérité, j'ai refusé de vous parler.
Lancelot lui demande pardon, et elle le lui accorde de bon cœur. Alors d’un regard, elle lui indique la fenêtre de sa chambre.
— Venez me parler à cette fenêtre, cette nuit, lorsque tout le monde [...] sera endormi. [...] Je serai dedans et vous dehors.
17. Nuit d’amour avec la reine
À la tombée de la nuit, Lancelot retrouve la reine. À travers les barreaux, ils se tiennent la main et se parlent doucement. Puis, la reine autorise Lancelot à desceller les barreaux et il ne voit même pas qu’il s’est blessé.
Ensuite ? Le narrateur garde le silence sur cette nuit d’amour.
Ils goûtèrent [...] une joie si merveilleuse que jamais encore on n'en décrivit de pareille [...] Cette joie que le conte doit nous taire et garder secrète fut, de toutes, la plus parfaite et la plus exquise.
Comment comprendre ce passage ? Cet épisode émouvant est aussi une trahison envers le roi… Mais il reste un moment unique, hors du temps, hors du récit.
Ce péché d’adultère entache Lancelot : dans les récits ultérieurs, il participera à la quête du Graal mais ne pourra pas l'accomplir. C’est son fils Galaad, avec Perceval et Bohort, qui mèneront cette mission spirituelle à son terme…
18. Keu et la reine accusés
Au matin, Méléagant trouve les draps de la reine tachés de sang. Il accuse le sénéchal Keu, dont les blessures saignent encore, et apostrophe la reine :
— Cette nuit [...] le sénéchal Keu [...] a eu de vous tout son plaisir [...] puisque [...] je trouve sur vos draps [...] le sang [...] de ses plaies !
Guenièvre est indignée :
— Jamais [...] on n'a inventé si méchant mensonge. [...] Keu n'est pas homme [...] à réclamer telle ignominie et [...] je n'ai jamais eu désir de la commettre.
Difficile de ne pas penser ici à Tristan, l’amant d’Iseut, qui trompe le roi Marc. Mais ils sont victimes d’un philtre magique. Lancelot et Guenièvre, quant à eux, font un choix délibéré.
La reine fait venir Lancelot, pour défendre le sénéchal par les armes. C’est ce qu’on appelle une ordalie (un combat judiciaire). Lors du serment, Lancelot prend soin de ne pas mentir :
— Je suis prêt à prouver, les armes à la main, que [le sénéchal] n'a jamais conçu une telle pensée. [...] Que Dieu prenne vengeance [...] de celui qui a menti !
19. Deuxième combat contre Méléagant
Les deux adversaires s’affrontent. Mais cette fois encore, voyant son fils en difficulté, Baudemagu supplie la reine d’interrompre le combat et raisonne Méléagant :
— As-tu donc oublié que tu as juré de te battre avec lui à la cour du roi Arthur ? [Ce sera] un plus grand honneur de triompher là-bas.
Méléagant n’est jamais fiable, or, toute la société féodale repose sur la confiance, trahir sa parole est un crime extrême !
20. Lancelot fait prisonnier
Lancelot se rend au Pont sous l'eau avec une escorte, pour retrouver Gauvain. Mais un nain l'interpelle :
— Ah Lancelot. [...] Viens seul avec moi : je veux te conduire dans un endroit très favorable pour toi.
Et lui, sans rien soupçonner, a fait rester toute son escorte et suit le nain qui l’a trahi.
Par ces mots, le narrateur désapprouve la trahison du nain, mais aussi, la naïveté de Lancelot. Ces interventions entretiennent une connivence avec le lecteur !
Pendant que Lancelot est fait prisonnier par Méléagant, l’escorte sauve Gauvain enlisé au Pont sous l'Eau.
À son retour, Baudemagu lui promet d’organiser des recherches… Mais un faux messager survient et prétend que Lancelot est sain et sauf, chez le roi Arthur.
21. Retour à la cour du roi Arthur
Le roi Arthur accueille avec joie l’escorte de Gauvain, et le remercie d’avoir sauvé la reine. Gauvain répond modestement :
— Vous avez tort de faire mon éloge ! [...] c’est Lancelot qui [...] en a reçu plus d’honneur que n’en eut jamais chevalier auparavant.
Alors chacun s’étonne : Lancelot n’est donc pas là ? Ils réalisent que le messager a menti.
[Cela] bouleverse le roi [...] Mais à revoir la reine, [...] la joie chasse la tristesse : [ayant] ce qu’il désire le plus, le reste lui importe peu.
La reine doit cacher son chagrin, et elle autorise les demoiselles du royaume à organiser un grand tournoi à Noauz, pour trouver un mari.
Quand il l’apprend du fond de sa prison, Lancelot supplie la femme de son geôlier de le laisser sortir, et lui fait un serment :
— Je jure que rien ne m’empêchera de regagner cette prison dès la fin du tournoi.
La dame, espérant recevoir un peu d’amour de Lancelot, le libère, et lui donne même une armure vermeille appartenant à son mari.
22. Le tournoi de Noauz
Au tournoi, le chevalier aux armes vermeilles fait sensation par ses exploits. Intriguée, la reine s’adresse à sa suivante :
— Demoiselle, [...] allez trouver de ma part ce chevalier [...] et dites-lui [...] que je lui donne cet ordre : « Au pire ! »
Dès qu’il reçoit cet ordre, Lancelot se bat le plus mal possible, la foule se moque, mais la reine comprend que c’est Lancelot !
Le jour suivant, elle transmet par sa suivante le message inverse : qu’il combatte « au mieux ».
Alors Lancelot domine le tournoi : les moqueurs doivent se dédire, et les jeunes filles ne veulent épouser que lui…
La plupart formulent le vœu que, si elles ne se marient pas avec lui, pas de mariage pour elles cette année !
23. Lancelot repart en prison
Lancelot, fidèle à sa promesse, quitte discrètement le tournoi et retrouve sa prison. Entre-temps, Méléagant a fait construire une tour où il l’enferme.
Ensuite, Méléagant retourne se vanter auprès de son père d’avoir effrayé Lancelot. Mais Baudemagu n’est pas dupe :
— Fils, un homme de valeur ne doit pas vanter sa bravoure, [...] ses actions [...] parlent d'elles-mêmes. [...] Tu ne rehausses pas ta gloire [...] à faire ton éloge : au contraire.
Ayant entendu cette dispute, une des filles de Baudemagu, sœur de Méléagant, comprend que Lancelot est prisonnier.
Elle part à l’aventure et découvre enfin la tour isolée où elle entend la voix de Lancelot :
— Ah ! Fortune, comme ta roue a mal tourné pour moi ! [...] Gauvain, [...] ne venez-vous pas à mon secours ?
Alors la jeune fille se fait connaître : c'est elle qui lui avait réclamé la tête du chevalier orgueilleux ! Ainsi, la générosité de Lancelot lui revient ici de manière salvatrice !
Elle l’aide à sortir de la tour, et le soigne longuement chez elle.
25. Dernier combat contre Méléagant
Rétabli, Lancelot retourne à la cour du roi Arthur, et arrive au moment même où Méléagant allait affronter Gauvain.
Il voulait déjà saisir son écu quand il vit devant lui Lancelot. [...] Il le regarda, pétrifié de surprise !
Devant toute la cour, Lancelot accuse Méléagant de l'avoir tenu captif, et réclame justice au roi.
Au Moyen Âge, les combats sont codifiés : la violence est encadrée par des règles et la décapitation est perçue comme une punition cruelle mais juste ! Ainsi, lorsque Méléagant refuse de demander grâce, Lancelot lui tranche la tête.
Le roi et tous ceux qui sont là manifestent sans réserve leur profonde allégresse. Les plus enthousiastes désarment alors Lancelot et l'emmènent avec une immense joie.
Épilogue
Dans le dernier paragraphe, un certain Godefroi de Leigni affirme avoir rédigé ces trois derniers épisodes, avec l’accord de Chrétien de Troyes.
C'est tout ce qu'il a fait, et il ne veut rien ajouter ni rien retrancher : ce serait nuire à la valeur du conte.
Enluminure, Lancelot sur la charrette, 12e siècle.