Couverture pour Gargantua

Rabelais, Gargantua
Le contexte en 5 points révélateurs




Non seulement Rabelais est un personnage extraordinaire, mais en plus, son œuvre est au cœur des bouleversements du siècle.

Son roman Gargantua en particulier aborde tous ces sujets qui ont forgé notre pensée actuelle. C’est ce que nous allons voir à travers cinq éléments de contexte.

Rabelais, lecteur des Évangiles



🗝️ Il faut bien imaginer qu’au XVIe siècle, il était interdit de lire la Bible directement ! L’Église imposait de passer par un prêtre.

Rabelais réagit contre cela : pour lui, il faut entrer en contact avec les textes, sans interprétation, pour se forger un avis personnel.

Avec cette idée, il était proche d’un mouvement dit « Évangéliste », luttant pour que chacun puisse lire directement les Évangiles.

Dans Gargantua, Rabelais illustre cette idée avec humour : Gargantua vole les cloches de Notre-Dame pour les mettre au cou de sa jument. Il va ainsi symboliquement faire descendre la bonne parole sur les chemins.

Cela résonne en particulier avec l’invention de l’imprimerie : l’apparition d’une nouvelle technologie favorisant la diffusion des idées… On voit bien comment cela continue de nous toucher.

Rabelais, ancien moine critique :



🗝️ Le rapport de Rabelais avec l’Église est donc un peu compliqué. Il a d’abord été moine, chez les franciscains, puis chez les bénédictins, mais il quitte l’habit sans demander l’autorisation, c’est ce qu’on appelle un moine défroqué…

C’est grave ! Il risque d’être excommunié, mais heureusement, il est protégé par le Cardinal Du Bellay (oncle d’un poète connu), il voyage avec lui en Italie où il obtient l’absolution du pape…

Dans son œuvre, Rabelais fait une satire des monastères, et d’une manière générale, des institutions religieuses. À ses yeux, la plupart des activités des moines sont inutiles, ils devraient au contraire rendre service à la population.

Dans Gargantua, le modèle du bon moine, engagé auprès de ses amis, c’est Frère Jean des Entommeures, qui n'hésite pas à se battre pour défendre son abbaye.

Rabelais, médecin controversé :



🗝️ Juste après avoir quitté les ordres, Rabelais a étudié la médecine. Mais sa pratique de la médecine est mal vue par l'Église, notamment parce qu'il a suivi des dissections : étudier l'anatomie était vu comme une atteinte à l'œuvre de Dieu…

La connaissance du grec aussi était subversive, parce qu’elle amenait à étudier des œuvres jugées profanes. Or Rabelais connaît parfaitement le grec et explique Hippocrate dans le texte.

En 1523, il se voit confisquer tous ses livres en grec par la Sorbonne qui s’apprête aussi à censurer son œuvre, pour hérésie ! Dans Gargantua, Rabelais ridiculise les sophistes de la Sorbonne comme Janotus de Bragmardo.

Rabelais et l'éducation humaniste



🗝️ Autre point de dissension avec la Sorbonne : Rabelais s’opposait à la méthode scolastique héritée du Moyen Âge, où l'on apprenait par cœur des traductions et des commentaires qui faisaient autorité.

Dans notre roman, on la reconnaît dans l’éducation que Thubal Holoferne donne à Gargantua, et qui le rend complètement avachi et sans intelligence.

Rabelais défendait au contraire une éducation humaniste émancipatrice, celle qu’il attribue à Ponocrates. L’élève apprend les langues anciennes, observe la nature et fait lui-même l’expérience du monde. Il s’approprie le savoir en échangeant avec les autres et il soigne son corps avec des activités sportives.

Rabelais, artisan d’une société harmonieuse



🗝️ Pour Rabelais, il est possible, par l’éducation, d’organiser une société harmonieuse. C’est ce qu’il décrit dans l’Utopie de l’Abbaye de Thélème, dont la devise est « Fais ce que voudras ». Pour lui, une bonne éducation nous rend parfaitement libre.

De même, pour Rabelais, il faut tout mettre en œuvre pour éviter la guerre, et toujours privilégier la solution diplomatique. Voilà pourquoi Grandgousier écrit une missive raisonnable à Pichrocole. Mais lorsque la guerre devient nécessaire pour se défendre, il faut aussi être capable de prendre les armes.

Rabelais meurt en 1553, il ne connaîtra pas la première Guerre de religion qui est déclenchée par le massacre des Protestants de Wassy en 1562. Mais il a bien perçu les tensions qui montaient à travers l’Europe. Après lui, l’humanisme de Montaigne sera plus pessimiste…




Anthony de Burgundy, Arrivée à Paris du jeune duc Louis II d'Anjou, vers 1475.

RABELAIS, 𝘎𝘢𝘳𝘨𝘢𝘯𝘵𝘶𝘢 💟 5 éléments de contexte 🔒