Les personnages principaux
de Gargantua de Rabelais
Quand on se penche sur les personnages du roman Gargantua, on se rend vite compte que les personnages se répartissent en deux pôles. D’un côté, ceux qui entourent Grandgousier, personnages positifs : Gargantua lui-même, son précepteur Ponocrates et ses compagnons.
En face, les personnages négatifs… Dans la première partie du roman, ce sont d’abord les mauvais précepteurs et les théologiens de la Sorbonne. Ces personnages incarnent la malhonnêteté intellectuelle et le dogmatisme religieux.
Ensuite, dans la deuxième partie du roman, toujours du côté des personnages négatifs, tout le camp de Picrochole, le seigneur voisin qui envahit les terres de Grandgousier, sans raison. Ils incarnent toutes les mauvaises pratiques diplomatiques et militaires.
Avec ce tableau, on devine bien que cette répartition des personnages révèle le système de valeur de Rabelais lui-même.
Grandgousier
Grandgousier, c'est le père de Gargantua, on va voir qu’il incarne toutes les valeurs humanistes défendues par Rabelais. Bon vivant et généreux, le roman s’ouvre sur un festin où il convie tous ses voisins.
Dès le début, c’est un modèle pour son fils, mais aussi pour le lecteur : Grandgousier sait voir plus loin que les apparences. Par exemple, il décèle l’intelligence de Gargantua derrière l’anecdote triviale du torche-cul.
— Tu es plein de bon sens, mon petit bonhomme ; [...] je te ferai passer docteur en gai savoir [...] car tu as de la raison plus que tu n'as d'années.
Grandgousier sait s’entourer des bonnes personnes. Par exemple, c’est son ami Dom Philippe des Marais (Vice-roi de Papeligosse) qui lui présente Ponocrates, le bon précepteur.
Il entretient de bonnes relations diplomatiques avec les seigneurs voisins. Quand Picrochole envahit ses terres, il met tout en œuvre pour éviter la guerre. D’abord, il envoie des ambassadeurs pour comprendre les causes du conflit.
— Je veux en avoir le fin mot, avant que de décider autre chose sur ce qu'il convient de faire.
Ensuite, il envoie des charrettes entières de fouaces plutôt que de recourir à la violence… Et enfin, il est croyant, mais pas excessivement religieux. Ce n’est qu’après avoir agi, qu’il prie Dieu qu'il fasse revenir ses ennemis à la raison.
Quand il s’avère que la guerre est inévitable, il écrit à son fils. C’est un passage passionnant, parce qu’il lui fait pratiquement un résumé de ses principes militaire :
Mon intention n'est pas de provoquer mais d'apaiser, ni d'attaquer mais de défendre, ni de conquérir mais de garder mes loyaux sujets et mes terres héréditaires. [...] Le résultat sera atteint avec la moindre effusion de sang possible et, si c'est réalisable (grâce à des moyens plus efficaces, des pièges et des ruses de guerre) nous sauverons toutes les âmes et renverrons tout ce monde joyeux en ses demeures.
On voit donc ressortir plusieurs valeurs importantes : la paix, la loyauté, la transmission, protéger les civils en pensant au salut de l’âme avant tout, et privilégier la stratégie à la destruction.
Quand la guerre est finie, Grandgousier traite bien ses prisonniers, et ne punit que les responsables.
Certaines de ses phrases sont d’ailleurs de véritables aphorismes de sagesse. Quand il reproche à son ennemi Picrochole son excès d’ambition, on reconnaît ce que les anciens appelaient l’hybris, le crime de démesure.
— C'est trop d'ambition [...] : qui trop embrasse mal étreint. Le temps n'est plus de conquérir ainsi les royaumes en causant du tort à son prochain.
Ainsi pour Grandgousier comme pour Rabelais, il faut se méfier des excès. La religion par exemple, doit respecter le bon sens, et contribuer à la vie humaine. Voilà pourquoi il réprouve les pèlerinages :
Ne vous embarquez pas pour ces voyages ineptes et inutiles. Entretenez vos familles, travaillez chacun selon votre vocation, instruisez vos enfants [...]. Ce faisant, vous serez sous la protection de Dieu.
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Gargamelle
C’est la mère de Gargantua, elle n’est pas très présente à travers le roman, mais elle a tout de même un rôle central : c’est elle qui donne à Gargantua son origine quasiment mythologique : ayant mangé trop de tripes, elle lui donne naissance par l’oreille.
C’est intéressant parce que dans la mythologie, c’est Athéna (Minerve en grec) la déesse de l’intelligence et de la stratégie militaire, qui sort toute armée du crâne de Zeus.
Tout dans cette naissance est symbolique. D’abord, les tripes, ce sont les intestins, qui représentent la digestion. Or chez Rabelais, tout processus intellectuel est comparable à une digestion, qui commence par l’écoute.
Ainsi, cette naissance par l’oreille et ces cris « À boire, à boire ! » laissent deviner les intentions de Rabelais : la boisson est surtout une métaphore pour parler, non pas d’alcool, mais des bonnes paroles, qui passent par l’oreille, et qui élèvent ensuite l’intelligence et l’âme — si on parvient à n’en garder que la substantifique moëlle…
Et ainsi, ce personnage de Gargamelle est aussi l’occasion pour Rabelais de mettre de côté les commentaires inutiles et superflus, les exégèses et gloses de toutes sortes.
Le Supplément au Supplément des Chroniques dit que Gargamelle en mourut de joie. Pour ma part, je n'en sais rien et je [m’en soucie] bien peu.
Gargantua
Gargantua, c’est le gentil géant qui donne son titre au roman. Son nom provient des premiers mots de son père à sa naissance « que grand tu as » Sous-entendu le gosier. Il est donc le digne fils de son père, Grandgousier.
Mais justement, dans ce nom, il y a une ellipse (une omission laissée à la sagacité du lecteur) : on ne dit pas explicitement ce qu’il a de grand. C’est donc une invitation à imaginer toutes les dimensions symboliques du personnage. Ce qui est grand avant tout chez Gargantua, c’est la soif : soif de savoir / appétit de connaissance.
Je crois que ce qui donne le plus de richesse à la lecture, quand on lit ce roman, c’est de considérer Gargantua comme un « géant de papier » qui serait un peu comme le double inversé de l’ogre des contes de fée. Au lieu d’être une force destructrice, son appétit est inspirant, créateur et généreux.
Gargantua, c’est donc à la fois le géant et le livre. Semblable aux Silènes, ces boites des apothicaires d’apparence grotesque, qui renferment des substances précieuses, ou encore à l’os qui contient la substantifique moëlle, et à Socrate lui-même, que Rabelais qualifie de « prince des philosophes ».
Au point même que le portrait de Socrate pourrait certainement s’appliquer en grande partie à Gargantua :
Ne voyant que son physique [...] vous n'en auriez pas donné une pelure d'oignon : [...] le regard d’un taureau, les vêtements rustiques, toujours prêt à trinquer avec chacun, [...]. Mais en ouvrant une telle boîte, vous auriez trouvé au-dedans [...] une intelligence plus qu'humaine, une force d'âme prodigieuse, [...] une sobriété sans égale.
Ainsi, l’homme toujours prêt à trinquer est en même temps d’une parfaite sobriété. Cela confirme bien que la boisson désigne surtout ici la joie de vivre, la convivialité : c’est-à-dire, l’échange qui fait grandir, le géant nous élève à sa hauteur.
Au Moyen-âge, puis à la Renaissance, il y a une image très répandue parmi les penseurs et les philosophes. Ils disent : nous sommes des nains perchés sur les épaules de géants.
On doit cette image à un certain Bernard de Chartres, philosophe du XIIe siècle qui a travaillé toute sa vie pour concilier les pensées de Platon et d’Aristote :
Nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants (les Anciens), de telle sorte que nous puissions voir plus de choses et de plus éloignées que n’en voyaient ces derniers.
Il y a deux éléments extraordinaires dans cette image. D’abord, le fait de s’en référer aux Anciens, ce n’est pas si simple dans un contexte où de nombreux auteurs grecs et latins sont considérés comme profanes. Rabelais lui-même s’est vu confisquer une partie de sa bibliothèque en 1523. Lire les Anciens et notamment les grecs c’est à l’époque faire preuve d’une trop grande indépendance d’esprit vis à vis de la religion.
Deuxième élément qui va avoir son importance dans les siècles à venir : « nous pouvons voir des choses plus éloignées que n’en voyaient ces derniers ». C’est-à-dire que le respect que nous avons pour nos Anciens ne doit pas nous empêcher de chercher à voir plus loin. Notre modestie (nous sommes des nains) ne doit pas éteindre notre curiosité.
Et en effet, Gargantua ressemble à une métaphore dionysiaque de l’intelligence elle-même, une allégorie où le corps, gigantesque et à géométrie variable, devient monstrueux et difforme ou au contraire prodigieux et puissant, selon le soin que l’on apporte à son âme.
Ainsi, tant qu’il se peigne avec un gobelet, il met la charrue avant les bœufs ! Sous-entendu, tant qu’il utilise des outils inappropriés, il ne parvient pas à distinguer les causes et les conséquences.
Toute l’œuvre de Rabelais pose cette question : comment utiliser au mieux les outils de la technique, des sciences, des arts et du langage, pour atteindre l’épanouissement et l’harmonie : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »
Les maîtres sophistes
Naturellement, je vais vous parler maintenant des trois grands maîtres sophistes du roman (puisque c’est la première éducation reçue par Gargantua) : le premier précepteur de Gargantua, Maître Thubal Holoferne, le deuxième, Maître Jobelin Bridé et enfin, celui qui vient réclamer les cloches de Notre-Dame, Maître Janotus de Bragmardo.
D’abord, ils sont désignés comme des sophistes. C’est le terme péjoratif que Platon utilise pour désigner ceux qui vendent leur savoir-faire rhétorique. À ses yeux, ce n’est pas tant la vérité et la sagesse du philosophe qui les intéresse, que le maniement de la parole pour manipuler les foules.
Mais c’est plus complexe chez Rabelais : pour lui, ce sont avant tout des docteurs issus de l’enseignement scolastique de l’Université. C’est-à-dire, des théologiens qui sélectionnent les ouvrages, les noient sous des interprétations religieuses, et privilégient le par cœur, au lieu de transmettre les méthodes pour mieux comprendre et juger.
Et pour Rabelais, le symbole même de cet enseignement, c’est la Sorbonne, qui impose ses interprétations des textes, et condamne tout autre point de vue. Dans toute son œuvre, Rabelais ne cessera de critiquer l’enseignement de la Sorbonne, qui en retour, l’accusera d’hérésie.
Qu’est-ce qu’on apprend de particulier sur ces différents maîtres sophistes ? D’abord concernant Maître Thubal Holoferne : on reconnaît exactement toutes les critiques de Rabelais à l’égard des universitaires, écoutez :
Il lui lut les Modes de signifier, avec les commentaires de Heurtebise, de Faquin, de Tropditeux, de Galehaut, [...] d'un tas d'autres ; il y passa plus de dix-huit ans et onze mois. Il connaissait si bien l'ouvrage que, mis au pied du mur, il le restituait par coeur, à l'envers.
La critique de Rabelais se reflète jusque dans le nom même des auteurs « Tropditeux » c’est-à-dire, celui qui commente trop. Le temps passé à apprendre par cœur, presque 20 ans, lui permet de restituer à l’envers, c’est-à-dire, sans avoir compris.
Le deuxième précepteur, c’est Maître Jobelin Bridé.
Après, il eut un autre vieux tousseux, nommé Maître Jobelin Bridé, qui lui lut Hugutio, le Grécisme d'Everard, le Doctrinal, [...] le Supplément, [...] et quelques autres de même farine. À la lecture des susdits ouvrages, il devint tellement sage que jamais plus nous n'en avons enfourné de pareils.
La liste est hétéroclite et n’a pas vraiment de sens, au point qu’on peut se demander ce que signifie « de même farine ». Bien sûr, l’adjectif « sage » est ironique. On peut imaginer que Gargantua est en fait abruti par ces lectures.
Notre troisième sophiste intervient plus tard dans le roman, quand Gargantua a pris les cloches de Notre-Dame. Les universitaires de la Sorbonne désignent le plus vieux et le meilleur d’entre eux pour défendre leur cause et récupérer les cloches. On devine l’enjeu : symboliquement, il s’agit de s’approprier la bonne parole pour la garder dans une tour.
Or le discours de Janotus de Bragmardo n’a même pas besoin d’être démonté par l’auteur, puisqu’il ne cesse de se décrédibiliser avec des mots inventés, des références incomplètes, des comparaisons inappropriées :
Oh ! Monsieur, [...] clochidonnaminez-nous ! Vraiment c'est le bien de la ville. Tout le monde s'en sert. Si votre jument s'en trouve bien, notre Faculté aussi, laquelle a été comparée aux juments sans esprit et faite semblable à celles-ci.
Ponocrates
Après ces théologiens, qui imposent leurs propres interprétations des textes, Ponocrates va représenter une toute nouvelle pédagogie, qui va s’intéresser au contraire à la connaissance de l’Homme et du monde.
— Voyons [...] la différence qu'il y a entre la science de vos ahuris de néantologues du temps jadis et celle des jeunes gens d'aujourd'hui.
Ponocrates présente alors son élève, Eudémon (« le bon génie » en grec ancien) qui fait un discours admirable. C’est un personnage qui va d’ailleurs suivre Gargantua dans ses aventures.
Ponocrates forme alors Gargantua, selon les principes défendus par Rabelais lui-même : d’abord, observer la Nature, et s’en inspirer pour être efficace.
Sortant de l'eau, il [...] montait aux arbres comme un chat, sautait de l'un à l'autre comme un écureuil, [...] puis sautait en bas, les membres ramassés de telle sorte qu'il ne souffrait nullement de la chute.
Dans la formation de Ponocrates, Gargantua doit lire les textes directement sans interprétation préalable.
On lui lisait quelque page des saintes Ecritures, [...] avec la prononciation requise. Cet office était dévolu à un jeune page [...] nommé Agnostes.
Agnostes, en grec ancien, celui qui ne sait pas, l’ignorant. Rabelais laisse entendre que la lecture se fait donc sans interprétation préalable. Gargantua est libre de s’approprier lui-même les Écritures. Pour en savoir plus sur ce passage, je vous renvoie à mon commentaire linéaire sur la formation humaniste de Gargantua.
Malgré ce programme très dense, ce qui guide l’enseignement de Ponocrates, c’est le plaisir d’apprendre :
Cette méthode, bien qu'elle pût sembler difficile à suivre au commencement, fut à la longue si douce, si légère et délectable qu'elle se rapprochait plus d'un passe-temps de roi que du travail d'un écolier.
À la fin du roman, considéré comme un grand pédagogue, Ponocrates est chargé de l’éducation d’un prince : le jeune fils de Picrochole, en attendant qu’il soit en âge de régner.
Voilà certainement pourquoi les profs de français aiment bien Rabelais en général : il est un peu notre prof à tous, puisqu’il transmet les meilleurs principes de pédagogie !
Frère Jean des Entommeures
Frère Jean des Entommeures, c’est l’un des personnages les plus importants de la seconde partie du roman, puisqu’il est pour ainsi dire, le Héros de la guerre Picrocholine, qui protège d’abord l’enclos et les vignes de l’abbaye de Seuillé avant de défendre courageusement les terres de Grandgousier.
La description physique de Frère Jean des Entommeures apporte beaucoup d’indications :
Jeune, fier, pimpant, joyeux, pas manchot, hardi, courageux, décidé, haut, maigre, bien fendu de gueule, bien servi en nez, beau débiteur d'heures, beau débrideur de messes, beau décrotteur de vigiles et pour tout dire, en un mot, un vrai moine s'il en fut jamais depuis que le monde moinant moina de moinerie ; au reste, clerc jusques aux dents en matière de bréviaire.
Ce portrait nous révèle bien un moine qui a toutes les qualités valorisées par les humanistes : l’enthousiasme, l’habileté, le courage. Après pour mieux comprendre toute la portée de ce passage, j’ai réalisé une explication linéaire de ce passage.
Le nom même « des Entommeures » évoque l’entame, c'est-à-dire une première incision qui est faite dans un morceau de pain, de fromage, ou encore en médecine, lors d’une opération chirurgicale. On y retrouve bien la force de frappe du moine guerrier qui pourfend ses ennemis.
Mais en allant plus loin, symboliquement, on peut supposer que ce Frère Jean incarne celui qui met à jour les fragilités de l’institution, la première fissure de la digue sur le point de rompre, la première incision nécessaire avant de recoudre une blessure, recoudre un corps malade.
Et en effet, alors que les autres moines sont décrits comme de bons à rien qui se contentent de prier au lieu d’agir, Frère Jean au contraire est toujours actif et utile à la communauté :
Voici quel est notre bon Frère Jean ; [...] chacun recherche sa compagnie : il n'est point bigot ; ce n'est point une face de carême ; [...] franc, joyeux, généreux, bon compagnon ; [...] il peine à la tâche ; il défend les opprimés ; il console les affligés ; il secourt ceux qui souffrent, il garde les clos de l'abbaye.
Le camp de Grandgousier
Du côté de Grandgousier, on retrouve toute une série de personnages secondaires, mais tous ayant des qualités bien déterminées.
Le berger Frogier est celui qui s’oppose le premier aux fouaciers du pays de Lerné, le pays de Picrochole. Son discours est plein de bon sens :
— Depuis quand êtes-vous devenus [...] aussi arrogants ? Diable ! D'habitude vous nous en donniez volontiers, et maintenant vous refusez. Ce n'est pas agir en bons voisins.
Pillot, c’est un autre berger, qui rapporte à Grandgousier le pillage que les armées de Grandgousier font sur ces terres.
Gymnaste est l’écuyer de Gargantua. Gentilhomme de Touraine, il lui enseigne toutes les techniques d’équitation utiles en temps de guerre. Très habile, il stupéfie ses ennemis par ses acrobaties :
Tandis qu'il évoluait ainsi, les maroufles en grand ébahissement se disaient l'un à l'autre : « Par la Mère Dieu ! C'est un lutin ou un diable déguisé de la sorte. Des entreprises du Malin, délivre-nous, Seigneur ! ».
Capitaine Tolmère : capitaine de Gargantua, il se voit attribuer un château (Le Riveau) pour récompense de ses loyaux services dans la grande guerre Picrocholine.
Ulrich Gallet, c’est le maître de requêtes de Grandgousier. C’est lui qui fait tous les échanges avec Picrochole lui-même. Mais ses discours pleins de sagesse et de bonne volonté ne parviennent pas à apaiser les ambitions de conquête de Picrochole.
Le camp de Picrochole
Picrochole, c’est un roi voisin, pris d’une grande ambition : pour lui, envahir le territoire de Grandgousier n’est qu’une première étape dans son rêve de conquérir le monde. Et en effet, toutes les réactions de Picrochole sont guidées, non par la raison, mais par la colère et l’ambition. Son nom lui-même provient du grec : qui a la bile amère.
Dans ce projet de conquête, il est encouragé par des conseillers complaisants : le duc de Menuail, le comte Spadassin et le capitaine Merdaille. La menuaille désigne de petits poissons ou de la petite monnaie… Un spadassin, c’est un tueur à gage.
À ces conseillers, on peut certainement ajouter un certain Hastiveau, ami de longue date de Picrochole, puis les ducs de Tournemoule, Basdefesses et le vicomte de Morpiaille qui sont cités plus loin.
Un seul personnage met en garde Picrochole contre cette guerre : un certain Échéphron (qui est d’ailleurs le nom d’un personnage secondaire de l’Odyssée). Mais il n’est pas écouté.
À l’origine des guerres picrocholines, un certain Marquet, un vendeur de fouaces, qui, au lieu de vendre sa marchandises aux bergers de Grandgousier, les insulte copieusement. Blessé par Frogier, il rapporte sa mésaventure à Picrochole.
À ce moment, on voit apparaître toute une série de personnages qui sont juste nommés : l’arrière-garde est confiée au Duc de Racquedenare, l’avant-garde au seigneur Théodore, etc.
Toucquedillon, le grand écuyer de Picrochole est alors promu capitaine. Il s’occupera de l’artillerie. Dans un premier temps, il valorise leur position de force et incite son roi à attaquer. Il a un certain bon sens, notamment parce qu’il lui recommande de se préparer à un siège.
Mais à la fin de la guerre, il est fait prisonnier. Convaincu par les arguments de Grandgousier et par sa clémence, il plaidera en faveur de la paix auprès de Picrochole. Mais un certain Hastiveau l’accuse de traîtrise, Toucquedillon le tue et est aussitôt mis à mort par Picrochole.
Un autre personnage se détache, c’est le capitaine Tripet, qui est envoyé pour attaquer le Gué de Vède, son armée est défaite par celle de Gargantua. Au moment de la retraite, il tente de prendre le cheval de Gymnaste, mais ça se retourne contre lui, et il se fait éventrer, c’est-à-dire, étriper.
Un troisième capitaine de Picrochole joue un rôle dans cette guerre : le capitaine Tyravant, qui tente d’attaquer Frère Jean des Entommeures alors que toute son armée est en fuite. Il se retrouve assommé à coup de bâton de croix.
Un dernier personnage est assez rarement cité, il s’agit de la sorcière qui prédit à Picrochole que son royaume lui sera rendu lors du retour des Coquecigrues. Le destin de ce roi illustre bien le propos final de Rabelais : science sans conscience n’est que ruine de l’âme… Conduire ses actions sans la boussole de l’humanisme, c’est se condamner à une fin absurde…
Depuis, on ne sait ce qu'il est devenu. [...] On m'a dit qu'il est à présent pauvre gagne-petit à Lyon, colérique comme auparavant. Il s'inquiète toujours auprès de tous les étrangers de l'arrivée des coquecigrues, avec le ferme espoir que, selon la prophétie de la vieille, il recouvrera son royaume à leur venue.