Rabelais, Gargantua
Prologue
Commentaire composé



Introduction



Nous allons étudier le prologue de Gargantua, l'œuvre de Rabelais. C’est le deuxième roman que Rabelais écrit, sous le nom d’Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais). Après nous avoir raconté la vie de Pantagruel, maintenant il raconte celle de son père, Gargantua. Dans cet ouvrage, Rabelais aborde des sujets importants : l’éducation, l’art oratoire, la vie en société, la guerre. Mais il aborde tout cela avec beaucoup d’humour : les situations sont grotesques, les images sont exagérées, la vraisemblance est mise de côté. Le personnage principal représente bien le but de l’auteur : c’est un géant plein d’énergie, maladroit et grossier, mais bienveillant, et il deviendra très instruit grâce à son maître Ponocrates. Dans le prologue, Rabelais s’adresse directement à ses lecteurs, qui sont aussi ses disciples, et il leur explique qu’il ne faut pas s’arrêter aux apparences, et qu’il faut chercher un sens plus profond à ces aventures joyeuses. En bon pédagogue, il va intéresser ses élèves, en utilisant des métaphores variées, des images marquantes, des exemples dans lesquels ils pourront se reconnaître. Au lieu d’être didactique et ennuyeux, il prend la posture d’un bon vivant, aimant la bonne chère autant que les bons mots.

Problématique


Comment Rabelais, dans ce prologue, parvient à faire comprendre à son lecteur, avec humour, que son ouvrage contient des messages profonds, d’une grande valeur.

Annonce du plan


D’abord, nous allons voir que ce prologue cultive un humour particulier, paradoxal. C’est l’humour de la farce, mais aussi le plaisir des mots, de la richesse du vocabulaire, d’une érudition qui ne se prend pas au sérieux.
Ensuite, nous verrons comment Rabelais cherche à expliquer et faire comprendre, en prenant la posture d’un pédagogue s’adressant directement à ses disciples pour mieux les instruire.
Enfin, c’est avec des métaphores filées, et imbriquées les unes dans les autres, que Rabelais transmet des valeurs humanistes, et le goût d’une sagesse pourtant difficile à atteindre.

I - Un texte drôle et paradoxal



1 - Dédicace à un auditoire populaire



Cette préface est pleine d’humour, Rabelais s’adresse directement à un auditoire populaire “Buveurs très illustres et vous vérolés très précieux” (l.1) cette dédicace commence plutôt comme une harangue, faite dans une taverne. Il s’adresse aux buveurs qui sont là, et aux vérolés, c’est à dire à ceux dont le visage est crevassé par la maladie. Rabelais choisit son auditoire, c’est le peuple, il s’adresse à eux, non pas dans la langue noble, mais la langue vulgaire : la langue courante par opposition au latin.

À l’époque, la plupart des œuvres écrites sont commandées par des nobles qui veulent augmenter la renommée de leur famille. Ainsi, la dédicace sert à flatter celui qui finance l’œuvre. Rabelais va donc flatter ses lecteurs, sur le ton de la parodie. Cela crée un écart comique : les buveurs sont illustres et les vérolés sont précieux. Le rapprochement de ces adjectifs qui s’opposent, c’est une figure de style qui s’appelle le paradoxe.

Rabelais crée en fait tout de suite une complicité avec ses lecteurs en leur parlant d’alcool et de vin “Avez vous jamais crocheté une bouteille ?” (l.41) il donne à imaginer la situation, ce qui crée un comique de geste “souvenez-vous de la contenance que vous aviez” (l.42) Quand il parle des livres “légers à la poursuite et hardis à l’attaque” (l.53) c’est le vocabulaire utilisé en œnologie pour décrire le goût du vin. Il y a un plaisir des mots et un plaisir de l’oralité, avec des interjections. Le mot “Caisgne” qui est traduit ici par “Canaille !” (l.41) est un juron que Rabelais utilise souvent, c’est une interjection qui signifie “chienne”, entre l’insulte et la simple exclamation.

2 - Le plaisir des mots et le grotesque



L’humour de Rabelais s’exprime aussi à travers le plaisir des mots qui sont utilisés, le mélange des images, qui font ressortir des figures grotesques : “harpies, satyres” (l.7) Rabelais cite des créatures de la mythologie grecque. “Oisons bridés, lièvres cornus, canes batées, boucs volants” etc. (l.7-8) chaque animal est associé à un adjectif qui vient modifier sa forme, son apparence. Rabelais énumère ici un bestiaire imaginaire composé de créatures étranges et de chimères. Le mot silène lui-même est un mot étrange, issu de la mythologie grecque, Rabelais explique que c’était “le maître de Bacchus” (l.9) Il n’est pas étonnant de retrouver là le dieu de l’ivresse et du vin. Le nom grec de Bacchus, c’est Dionysos : on utilise l’adjectif “dionysiaque” pour parler du débordement des pulsions, qui conduisent à tous les excès. On peut parler chez Rabelais d’un plaisir dionysiaque des mots.

La description de Socrate nous fait basculer dans le grotesque, à l’image des figures du bestiaire, le philosophe est un mélange d’homme et d’animal “le nez pointu, le regard d’un taureau”. Il y a véritablement un plaisir des mots dans l’accumulation des termes dépréciatifs : “laid, ridicule, fou, simple, rustique, malheureux, inapte…” (l.13-16) ces adjectifs se succèdent dans une longue phrase, sur plusieurs lignes, puis, après avoir repris son souffle, l’auteur prolonge la phrase, mais cette fois-ci, avec des participes présent : “riant, trinquant, se moquant, cachant” (l.17-18)

Puis le même plaisir de l’énumération est mis en œuvre, mais cette fois-ci pour valoriser les qualités du philosophe : “céleste, inappréciable, plus qu’humaine, merveilleuse, invincible, sans égale, indéniable, parfaite, incroyable” ce sont à chaque fois des adjectifs mélioratifs (c’est à dire qu’ils sont positifs et valorisants).

3 - Rapprochement entre érudition et trivialité



Dans cette préface, les thèmes les plus triviaux côtoient des éléments d’une grande érudition. C’est souvent par l’intermédiaire de la citation. Premier exemple : Rabelais rappelle les titres de ses précédents écrits, apparemment bien connus de son auditoire : “Fesse-Pinte, la Dignité des Braguettes, Des Pois au Lard” (l.25-26). Ces trois titres donnent trois thèmes : Fesse Pinte, c’est celui qui frappe le cul des pintes avec le comptoir, autrement dit, c’est un gros buveur. La dignité des braguettes, en terme de figure de style, on pourrait dire que c’est une métonymie, car il y a un décalage : on parle du vêtement pour désigner en fait ce qu’il cache. Thématique sexuelle. Des Pois au Lard : une étude sans doute qui se termine sur des flatulences ! On arrive dans le domaine scatologique. Ce sont justement les thématiques utilisées dans les farces. Au Moyen-âge, les farces étaient jouées entre deux actes d’un drame religieux. Comme chez Rabelais, l’humour gras côtoie des sujets sérieux.

Ainsi, les références au latin et à l’antiquité sont juxtaposées à des images triviales. Des pois au lard cum commento : c’est à dire, “avec des commentaires”. Il faut savoir que les titres qui commencent par le mot “des” proviennent de cette habitude en latin, de faire commencer les titres avec le mot “de” qui signifie “à propos de”. Rabelais cite Platon à la fin de façon très précise “au livre II de la République” (l.43) uniquement pour nous parler d’un chien qui ronge un os ! L’écart entre la hauteur de la référence et la bassesse du sujet prête à rire.

Au début, Rabelais cite Platon dans un but plus complexe : “Alcibiade, dans un discours de Platon intitulé Le Banquet” (l.2-3) le titre du discours, “le banquet” l’inscrit tout de suite dans un contexte festif. La comparaison d’Alcibiade est drôle et peu respectueuse au premier abord, puisqu’il compare son maître Socrate à une boîte en forme de Satyre. Rabelais commente Alcibiade en prenant des images qui seront mieux comprises de son auditoire : “vous n’en auriez pas donné une pelure d’oignon” (l.13) pour parler du “prince des philosophes” (l.3-4) le contraste est drôle, et en même temps, l’image a un rôle pédagogique : Rabelais fait ce qu’on appelle de la vulgarisation.

II - Une préface qui a un rôle explicatif



1 - Adresses aux lecteurs



Pour faire passer son message, Rabelais interpelle ses lecteurs comme s’ils étaient des élèves : “mes bons disciples” (l.24). Il s’adresse souvent à eux directement : “c’est à vous, non aux autres, que je dédie mes écrits” (l.1-2) La préface commence avec une apostrophe, comme souvent les textes latins commencent avec du vocatif : c’est un procédé rhétorique bien connu, quand on veut intéresser son auditoire. Je parle d’auditoire plutôt que de lectorat, car le ton de ce texte est oral, Rabelais instaure un dialogue. D’un paragraphe à l’autre, il relance l’attention de son interlocuteur en lui posant des questions directement : “à quoi tend, à votre avis, ce prélude et coup d’essai ?” (l.23)

Ensuite, Rabelais met en scène les paroles de ses interlocuteurs : “vous-mêmes vous dites que l’habit ne fait pas le moine” (l.30) Il redonne ainsi de la force à cette maxime, il s’appuie sur la sagesse populaire.

Enfin, Rabelais est un humaniste : pour lui, le vécu vaut mieux que tous les discours. Il va donc utiliser des images, et passer par l’expérience autant qu’il le pourra. Par exemple, il va faire appel à une expérience bien connue de son auditoire : “avez-vous jamais crocheté une bouteille ?” (l.41) C’est en partant de cette situation connue, et en décrivant ensuite le chien, que Rabelais introduit la notion abstraite de quintessence (ce qu’il y a de meilleur et de plus précieux). Sans cesse, il met son interlocuteur en situation, cela passe d’ailleurs souvent par le conditionnel : si vous l’aviez évalué par l’aspect extérieur “vous n’en auriez pas donné une pelure d’oignon” (l.12-13). Ou encore : “en ouvrant cette boîte, vous y auriez trouvé une céleste et inappréciable drogue” (l.18).

2 - Un discours qui vise à une élévation du lecteur



Rabelais veut éduquer, édifier son lecteur. C’est pourquoi, quand il dit “mes bons disciples”, il ajoute tout de suite “et quelques autres fous oisifs” (l.24) il veut amener ses lecteurs à sortir de l’oisiveté : l’humour est utilisé pour réveiller l’esprit, pas pour l’endormir. Il ne faut pas céder aux facilités : “vous pensez trop facilement qu’on n’y traite que de moqueries” (l.26-27). Rabelais oppose ce qui est simple, le superficiel, avec ce qui est plus élevé, plus profond.

Ce sont bien les termes employés : élever le lecteur, c’est le tirer vers le haut, il faut donc, dit Rabelais “interpréter plus hautement” (l.39). Le verbe “il faut” est utilisé plusieurs fois : “il ne faut pas s’y arrêter” (l.37-38) ou encore “il ne faut pas considérer si légèrement” (l.29-30) la légèreté est opposée à la profondeur : “vous y trouverez une doctrine plus profonde” (l.57-58)

Rabelais veut faire passer son lecteur d’un état d’ignorance à un état de savoir, de sagesse. Cela peut se voir dans les temps employés. Dans une première étape, nous sommes dans l’illusion : "ce que vous croyiez dit de gaieté de coeur” (l.40) l’imparfait qui est utilisé ici montre bien que nous serons ensuite détrompés. Le passé composé est utilisé pour l’expérience, l’apprentissage : “si vous l’avez vu, vous avez pu noter” (l.44-45). Le futur est utilisé pour sortir de l’ignorance : “Alors vous reconnaîtrez que [le contenu] est de toute autre valeur” (l.35) Le présent de vérité générale est justement utilisé pour transmettre des valeurs : “il vous faut être sage” (l.52)

3 - Les valeurs humanistes



Ce texte révèle les valeurs partagées par les humanistes. C’est d’abord le portrait de Socrate qui nous permet de voir ce qui fait l’admiration de Rabelais : “une intelligence plus qu’humaine” l’intelligence est la première qualité de ce personnage, cette qualité est complètement abstraite, elle se distingue complètement de l’apparence. Quand Rabelais dit que Socrate a “le visage d’un fou” (l.15) il ne dit pas qu’il est fou : c’est uniquement l’apparence de son visage qui donne cette impression.

La notion de courage revient aussi plusieurs fois. Socrate a “un courage invincible” (l.20) Cette notion aussi s’oppose au monde des apparences “tel est vêtu d’une cape espagnole qui, dans son courage, n’a rien à voir avec l’Espagne” (l.32-33). Le courage, chez les humanistes, est une notion très vaste, ce n’est pas le courage au combat, l’individu instruit devient responsable de ses actes, il doit les assumer. Cela nous conduit à la notion de libre arbitre.

Une troisième valeur importante des humanistes, “le détachement à l’égard de tout ce pour quoi les humains veillent, courent, travaillent, naviguent et bataillent” (l.21-22). Le verbe “travailler” qui est utilisé ici peut interroger : au contraire, le travail est une valeur pour Rabelais puisqu’il dénonce les “fous oisifs” et nous incite à “une lecture attentive et une méditation assidue”. Rabelais vise en fait toute l’activité humaine qui a des buts superficiels : richesse, gloire, pouvoir. Les humanistes s’attachent à voir plus loin que les apparences : pour eux, le savoir et l’instruction sont plus utiles pour l’humanité que les richesses et le pouvoir, qui provoquent des batailles.

III - Une succession de métaphores



1 - Opposition entre l’apparence extérieure et l’intérieur



Tout au long de cette préface, Rabelais utilise des images pour construire un jeu d’oppositions. La première image utilisée, c’est celle des Silènes. Il décrit d’abord leur apparence extérieure “des figures drôles et frivoles” (l.6-7), puis il explique qu’on y cache des matières précieuses “des produits de grande valeur” (l.11). Entre les deux, on trouve un lien logique d’opposition “mais à l’intérieur” (l.9)

Ensuite, Rabelais fait une analogie avec Socrate, dans laquelle on retrouve la même opposition : apparence extérieure “à le voir du dehors” (l.12) est suivi d’un lien logique d’opposition “mais en ouvrant cette boîte” (l.18). Ayant ainsi expliqué que l’extérieur n’est pas représentatif de l’intérieur, Rabelais continue sur son véritable sujet : les livres. Les titres, “l’enseigne extérieure” (l.28) ne sont pas révélateurs du contenu. Et on retrouve le connecteur logique d’opposition “Mais il ne faut pas considérer si légèrement” (l.29). D’autres images dans ce paragraphes montrent la même opposition : “l’habit monacal” (l.31) s’oppose à “au-dedans” ; “une cape espagnole” (l.32) s’oppose à “dans son courage”(l.32) d’où l’utilisation du mot “dans”. Rabelais revient à chaque fois aux livres : “le sens littéral” (l.37) s'oppose au sens profond. Ce retour constant aux livres montre bien que cette préface parle en fait des livres en général, et de ce livre en particulier.

Rabelais termine sur une dernière image, celle de l’os à moelle. L’opposition entre extérieur et intérieur est plus subtile, car il va ajouter en plus la notion d’effort : atteindre l’intérieur est difficile. Le chien doit “briser l’os” (l.46) pour obtenir “un peu de moelle” (l.48). Dans le dernier paragraphe, Rabelais revient plus explicitement au lecteur qui “À son exemple” doit aussi “rompre l’os et sucer la substantifique moelle” (l.55).

2 - Des métaphores filées et imbriquées



Il est intéressant de voir que ces métaphores ne sont pas simplement juxtaposées. Elles sont imbriquées les unes dans les autres, elles ouvrent de nouvelles analogies et elles se répondent. Par exemple, quand Rabelais parle de Socrate, il dit “en ouvrant cette boite” (l.18) l’identification du philosophe aux silènes est directe. Le raccourci est d’autant plus frappant que le mot silène est lui-même issu d’un nom propre.

La métaphore des silènes est donc filée tout au long de notre texte. L’intelligence de Socrate est ainsi “une céleste et inappréciable drogue” (l.19). Beaucoup plus loin dans le texte, Rabelais utilise à nouveau le mot boîte : “d’une toute autre valeur que ne le promettait la boîte” (l.36) cette fois, la boîte, c’est n’est plus Socrate, mais les livres. Rabelais parle de “la drogue qui y est contenue” (l.35) les livres contiennent donc des matières précieuses : ils renferment l’intelligence et toutes les autres qualités de Socrate.

“Les matières ici traitées” (l.36 Le mot “matière” est intéressant, puisqu’il désigne à la fois le contenu des livres “table des matières”, les substances précieuses contenues dans les Silènes, et la moelle contenue dans l’os. À la fin, les livres sont eux-mêmes complètement identifiés à l’os à moelle : “livres de haute graisse, légers à la poursuite et hardis à l’attaque” (l.53). La métaphore est filée, car la lecture devient comme un plaisir de manger “par une lecture et une méditation assidue, rompre l’os” (l.54) Le plaisir d’apprendre et de comprendre est comparé à un plaisir de bouche : “une saveur et une doctrine plus profonde” (l.57)

3 - Une révélation de mystères d’une grande valeur



Pour Rabelais, le savoir est comparable à des matières précieuses, il incite ses lecteurs à aller chercher dans ses écrits la sagesse qui y est renfermée. Ainsi, le savoir est désigné dans ce texte à travers les différentes métaphores. D’abord, ce sont “les drogues fines, comme le baume, l’ambre gris, l’amome, la civette, les pierreries” (l.10-11) Il faut savoir que Rabelais est médecin : savoir utiliser à bon escient ces substances peut sauver des vies humaines, ou du moins soulager la douleur.

Dans la métaphore de l’os à moelle, le savoir et la sagesse sont symbolisée par la moelle qui est “l’aliment élaboré selon ce que la nature a de plus parfait” (l.50). C’est une matière difficile à atteindre, car elle est renfermée dans l’os. De même, la sagesse est difficile à atteindre, elle est renfermée dans des “symboles pythagoriciens” (l.55-56) qu’il faut apprendre à déchiffrer. La sagesse des livres est toujours entourée d’un certain mystère. Ce sont de “très hauts sacrements et mystères horrifiques” (l.58). Mais ces mystères sont utiles, car ce sont des outils pour “la gestion de la cité et des affaires” (l.59)

L’expression “substantifique moelle” (l.55) est restée dans le langage pour désigner la partie la plus importante, la plus essentielle d’un livre ou d’un discours. Le titre complet de Gargantua, c’est “Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quintessence. Livre plein de Pantagruélisme”. Le terme qui m’intéresse ici, c’est “abstracteur de quintessence” : cela désigne justement celui qui extrait la matière la plus précieuse. C’est un vocabulaire alchimique : les alchimistes à l’époque, appliquaient des opérations chimiques sur diverses matières, dans l’espoir d’obtenir une substance parfaite, d’une grande valeur. Rabelais met le lecteur dans cette situation : il est comme un alchimiste qui doit retirer du livre le savoir et la sagesse.

Conclusion



Dans cette préface, Rabelais s’adresse directement à ses lecteurs, un peu comme s’il était avec eux dans une taverne. Sur le ton de l’humour, il utilise des images étonnantes et grotesques, les boites des apothicaires, l’os à moelle. Il met en scène ces images, il nous fait imaginer les situations.

Toutes ces images sont liées, elles construisent le même jeu d’opposition : d’une part, l’apparence extérieure est joyeuse, drôle ou grotesque, et d’autre part, l’intérieur est profond, difficile à atteindre, mais d’une grande valeur. Ces métaphores représentent précisément le discours de Rabelais et son but dans l’écriture de ses livres : amener ses lecteurs à devenir des abstracteurs de quintessence. Humaniste, il souhaite amener les êtres humains à devenir plus savants, il pense que l’instruction et la connaissance sont la clé d’une société plus harmonieuse.

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