Fontenelle, Entretiens sur la Pluralité des Mondes
Dissertation corrigée
🔴 « Fontenelle a-t-il seulement pour ambition de nous donner le goût de la science dans ses Entretiens sur la pluralité des mondes ? »
📖 Voilà une œuvre extraordinaire : Entretiens sur la pluralité des mondes : elle est souvent considérée comme la première œuvre de vulgarisation scientifique.
👨‍🏫 On peut dire que Fontenelle, c’est le précurseur de C’est pas sorcier, E-penser, Hubert Reeves, Étienne Klein…
🌠Cet ouvrage nous donne le goût de la science, mais il va aussi beaucoup plus loin que ça !
Introduction
Accroche
Fontenelle occupe une place particulière dans l’Histoire : né en 1657 et mort en 1757, il assiste aux découvertes scientifiques de la fin du XVIIe siècle, et participe au début des Lumières au XVIIIe siècle.
Les découvertes de Galilée, puis de Copernic, l’invention des télescopes et des microscopes… Tout cela va avoir de grandes conséquences…
Mais vers 1680, ces révolutions scientifiques sont encore peu connues, même dans les milieux les plus cultivés.
De l’œuvre au sujet
Voilà pourquoi Fontenelle écrit ces six Entretiens sur la pluralité des mondes : rendre ce savoir accessible à un public lettré, qui fréquente les Salons à la mode, et qui d’ailleurs sont souvent des femmes…
Il met en scène une marquise spirituelle et un philosophe pédagogue qui vont parler d’astronomie.
Dès le Premier Soir des Entretiens, Fontenelle compare l’observation du cosmos au plaisir mondain d’aller au théâtre :
Je me figure toujours que la Nature est un grand spectacle qui ressemble à celui de l'Opéra.
Problématique
Dès lors on peut se demander : Fontenelle cherche-t-il seulement à séduire et instruire agréablement son public ?
Peut-il s’arrêter là alors que ces raisonnements ouvrent sur des questions philosophiques parfois déstabilisantes ?
En donnant le goût de la science à la marquise, ne prépare-t-il pas déjà des esprits vifs et libres, précurseurs des Lumières ?
Annonce du plan
Tout d’abord, Fontenelle met en œuvre des stratégies subtiles pour donner le goût de la science : mise en scène, analogies ingénieuses, hypothèses audacieuses qui mobilisent l’imagination.
Mais le texte va plus loin, car le dialogue galant devient un dialogue philosophique : face au vertige de l’immensité des mondes, nous apprenons une leçon d’humilité… La raison remet en cause nos prétentions à être le centre de l’univers.
Finalement, si Fontenelle veut transmettre le goût de la science, c’est aussi parce qu’elle incarne une valeur fondatrice des Lumières : en formant des esprits vifs et ouverts, capables d’une pensée autonome, il vise l’émancipation par la connaissance.​​​​​​​​​​​​​​​​
Première partie :
Une vulgarisation scientifique plaisante
Pour donner le goût de la science, Fontenelle ne rédige pas un traité savant ! Non, il invente un dispositif littéraire inédit : une conversation nocturne dans un jardin, entre un philosophe pédagogue et une marquise curieuse : il veut plaire pour mieux instruire.
1) Un dialogue plein d’humour
Dès la préface, Fontenelle nous assure que l’astronomie a quelque chose de plaisant, qui touche l’imagination :
Il se trouve [...] que les idées de Physique [...] sont riantes d’elles-mêmes, [...] elles contentent la raison, [tout en donnant] à l’imagination un spectacle qui lui plaît.
Mais c’est un véritable défi, car il faut réussir à satisfaire deux publics différents, voire opposés : les gens du monde et les savants. C’est l’inquiétude que Fontenelle exprime dans sa préface :
J'ai voulu traiter de philosophie d'une manière qui ne fût point philosophique [...] ni trop sèche pour les gens du monde, ni trop badine pour les savants.
Pour donner de la légèreté à son discours, Fontenelle crée un personnage de philosophe, qui a de l’humour, et qui paraît même parfois réticent à parler de sciences :
Il aurait mieux valu s’entretenir de bagatelles, comme toute personne raisonnable aurait fait en notre place.
Ainsi, il n’hésite pas à faire des digressions, avec des références culturelles familières au public aristocratique de l’époque. Il évoque par exemple longuement l’Orlando Furioso de l’Arioste :
Un vallon, où se trouvait tout ce qui se perdait sur la Terre […] les couronnes […] et une infinité d’espérance, […] et les soupirs des amants.
Ces références à l'univers culturel des lecteurs de l’époque ne sont pas gratuites : elles participent à un projet de valorisation de la science auprès d’un public qui apprécie les œuvres littéraires.
2) Une mise en scène recherchée
Dès le Premier Soir, le cadre est posé avec soin. Le jardin nocturne est un véritable « locus amoenus », un lieu propice aux rêveries et aux réflexions, que Fontenelle décrit avec beaucoup de poésie :
Nous allâmes donc[...] nous promener dans le parc. Il faisait un frais délicieux. [...] La Lune était levée [...] et ses rayons faisaient un agréable mélange d'un blanc fort vif, avec tout ce vert qui paraissait noir.
Fontenelle nous présente une marquise d’un esprit vif, capable d'ironie, représentative du public mondain des salons de l’époque. La galanterie est au service de la pédagogie, dès les premiers dialogues :
— La beauté du jour est comme une beauté blonde qui a plus de brillant ; mais la beauté de la nuit est une beauté brune qui est plus touchante.
— Vous êtes bien généreuse, de donner cet avantage aux brunes, vous qui ne l’êtes pas.
Leur dialogue est riche, plein d’humour, théâtralisé. Lorsque le philosophe évoque Copernic élaborant son système, il le décrit comme un héros romanesque, acteur inspiré d’une révolution scientifique.
Saisi d’une noble fureur d’astronome, il prend la Terre et l’envoie bien loin du centre de l’univers, et y met le Soleil, à qui cet honneur était mieux dû.
Cette mise en scène théâtrale et les dialogues permettent alors au philosophe d’expliquer des concepts complexes avec des métaphores.
3) Des métaphores pédagogiques
Fontenelle forme des métaphores pédagogiques. Par exemple, il décrit le cosmos comme une machinerie théâtrale, c’est très habile, car il évoque ainsi un univers familier pour le public de son époque !
Du lieu où vous êtes à l'Opéra, vous ne voyez pas le théâtre tout à fait comme il est ; on a disposé les décorations et les machines, pour faire de loin un effet agréable, et on cache à votre vue ces roues et ces contrepoids qui font tous les mouvements.
Autre métaphore habile : pour expliquer le mouvement de la Terre, Fontenelle décrit un bateau sur la rivière. L'abstraction astronomique devient une expérience familière, facile à se représenter.
C'est comme si vous étiez endormie dans un bateau qui allât sur la rivière, vous pourriez bien en vous réveillant croire que vous demeuriez en place, et que les arbres du rivage courussent.
La lumière du soleil est comparée au « tissu de la plus riche matière qui soit au monde ». Les tourbillons, d’abord comparés à des ballons, sont finalement des diamants aux milliers de facettes…
Vous concevez bien que plus un corps a de faces plates [...] plus il approche d’être rond, en sorte qu’un diamant taillé à facettes de tous côtés [...] serait quasi aussi rond qu’une perle.
D’autres images sont plus insolites : la terre et son atmosphère ressemblent au cocon d’un ver à soie.
C'est ainsi que la Terre est couverte depuis sa surface jusqu'à une certaine hauteur, d'une espèce de duvet, qui est l'air, et toute la coque de ver à soie tourne en même temps.
Autres images empruntant au monde des insectes, devenant étrangement poétiques : le modèle de société des abeilles défiant l’imagination… Ou encore la voie lactée comparée à une fourmilière :
Je voudrais que vous vissiez [...] cette fourmilière d’astres, et cette graine de mondes.
Par ces métaphores, la science et la poésie se renforcent l’une l’autre : elles nous aident à visualiser les notions les plus abstraites, et elles entraînent notre imagination.
4) L’imagination et la science (bonus)
Au troisième soir, l’hypothèse d’une vie sur la lune est réfutée pour diverses raisons… Mais la méthode du « pourquoi non ? » permet de la renouveler. C’est un moment de basculement :
— En disant toujours « pourquoi non ? », vous m’allez mettre des habitants dans toutes les planètes ?
— N’en doutez pas, [...] ce pourquoi non a une vertu qui peuplera tout.
Le philosophe et la Marquise imaginent alors les habitants de Vénus, Mercure, Jupiter… à partir des caractéristiques que l’on connaît à l’époque sur ces planètes. C’est une activité amusante :
— Mais que sera-ce des habitants de Mercure ? [...] Deux fois plus proches du Soleil que nous, il faut qu’ils soient fous à force de vivacité.
Le philosophe propose des expériences de pensée fascinantes. Par exemple, il propose de voir défiler sous nos yeux la diversité humaine :
— Je me figure que je suis suspendu en l'air pendant que la Terre tourne sous moi en vingt-quatre heures. Je vois passer sous mes yeux tous ces visages différents, les uns blancs, les autres noirs, les autres basanés, les autres olivâtres.
Transition
Par ces passerelles que sont les métaphores, Fontenelle a tenu sa promesse initiale : il a rendu la science aimable, accessible, plaisante. Mais l’expérience est aussi troublante, inconfortable : en découvrant l’infini de l’univers, nous éprouvons avec la marquise un véritable vertige métaphysique.
Deuxième partie :
Un bouleversement philosophique
Malgré la dimension plaisante de ces Entretiens, les découvertes scientifiques avancées par Fontenelle remettent en cause les certitudes. Le dévoilement n'est plus seulement un spectacle amusant, il devient un abîme vertigineux qui ouvre de nouvelles questions.
1) Une rencontre avec l’infini
Au cinquième soir, la marquise réalise soudain les conséquences de son hypothèse : chaque étoile fixe est un soleil entouré de planètes habitées. C’est un véritable bouleversement émotionnel :
— Quoi, tout [...] cet espace immense qui comprend notre Soleil et nos planètes, ne sera qu’une petite parcelle de l’univers ? [...] Cela me confond, me trouble, m’épouvante.
D’autant que cet infini est double ! En face de l'infiniment grand, avec l’invention du microscope, on découvre l’infiniment petit : l’existence d’organismes minuscules dans la moindre goutte d’eau !
— Nous voyons depuis l'éléphant, jusqu'au ciron, là finit notre vue ; mais au ciron commence une multitude infinie d'animaux, dont il est l'éléphant, et que nos yeux ne sauraient apercevoir sans secours.
Cette crise existentielle révèle bien le bouleversement que cette nouvelle conception du cosmos provoque au XVIIème siècle où la société est très religieuse. Le philosophe Pascal s’exclame comme la marquise : « le silence de ces éternels espaces infinis m’effraie ».
Pour Pascal, mathématicien et janséniste, la solitude de l’homme ne peut trouver de remède que dans la foi. Fontenelle s’oppose à Pascal : pour lui, la Raison permet de surmonter cette angoisse métaphysique.
2) L’apaisement par la Raison
Face au vertige de la marquise, le philosophe ne se tourne pas vers la religion, il la rassure en lui proposant une vision nouvelle, libératrice.
— Moi [...] cela me met à mon aise. Quand le ciel n’était que cette voûte bleue, [...] l’univers me paraissait petit et étroit, [...] présentement qu’on a donné infiniment plus d’étendue [...] à cette voûte, [...] il me semble que je respire avec plus de liberté.
Il présente alors la théorie cartésienne des tourbillons qui organise cet infini. La marquise l’écoute et passe de l'effroi à la fascination :
— J’aime ces ballons qui s’enflent et se désenflent à chaque moment, et ces mondes qui se combattent toujours.
Le philosophe, en montrant la puissance et la beauté de la Nature, libère tout à fait la marquise de son angoisse :
— La nature [...] a fait une profusion de richesses tout à fait digne d’elle. Rien n’est si beau à se représenter que ce nombre prodigieux de tourbillons.
Cette grandeur et cette magnificence de la Nature ont une conséquence philosophique immédiate : c’est une leçon d’humilité. L’être humain doit accepter sa place dans l’univers.
3) Un décentrement leçon d’humilité
Le premier décentrement a été opéré par Copernic lui-même, qui a mis le soleil au centre du système solaire, en reléguant la Terre à une place plus modeste parmi les autres planètes. Pour le philosophe, c’est une véritable leçon d’humilité :
— Je lui sais bon gré d’avoir rabattu la vanité des hommes, qui s’étaient mis à la plus belle place de l’univers, et j’ai du plaisir à voir présentement la Terre dans la foule des planètes.
De même, la théorie des tourbillons a des implications philosophiques troublantes : elle révèle la vanité de nos ambitions. Si les tourbillons sont des fleurs éphémères, nos entreprises n’ont rien d’éternel.
— Assurément, si on a tant d'ardeur de s'agrandir, si on fait desseins sur desseins, si on se donne tant de peine, c'est que l'on ne connaît pas les tourbillons.
Imaginer d’autres mondes conduit naturellement le Philosophe et la Marquise à se mettre à la place des habitants des autres planètes. Ces expériences de pensées les obligent à se décentrer, à changer de point de vue, à être prudent dans leurs jugements.
— Nous voulons juger de tout, et nous sommes toujours dans un mauvais point de vue. Nous voulons juger de nous, nous en sommes trop près ; nous voulons juger des autres, nous en sommes trop loin.
Les découvertes scientifiques du XVIIe siècle vont donc profondément remettre en cause la conception du monde issue de la religion.
4) Des implications subversives (bonus)
L’hypothèse de la pluralité des mondes est subversive. Dès la Préface, Fontenelle prend des précautions, en disant qu’il ne faut pas voir les habitants des autres mondes comme les descendants d’Adam.
La postérité d’Adam n’a pas pu s’étendre jusque dans la Lune. [...] Or il serait embarrassant, dans la Théologie, qu’il y eût des hommes qui ne descendissent pas de lui. Moi, [...] j’y mets des habitants qui ne sont point du tout des hommes.
Galilée, qui démontre mathématiquement la théorie que Copernic avait formulée près de deux siècles plus tôt, est suspecté d'hérésie par l’Église, il doit finalement y renoncer en 1633.
En France, l'édit de Nantes a été révoqué en 1685. Beaucoup de Protestants s’exilent. Fontenelle préfère esquiver certaines questions théologiques, qu’il laisse à la Marquise :
— Mais où mettre l’enfer et le paradis ?
— Cela, Madame, répondis-je en riant, c’est une autre question.
Finalement, la Marquise devance même le Philosophe, en imaginant que les habitants du soleil seraient aveugles… Se croyant seuls dans l’Univers, parodiant les dogmes de l’Église.
— Qui serait dans le Soleil ne verrait rien, ni planètes, ni étoiles fixes. Le Soleil n’efface-t-il pas tout ? Ce seraient ses habitants qui seraient bien fondés à se croire seuls dans toute la nature.
Transition
Ainsi, la marquise a changé. Elle a appris à douter et à penser. Cette évolution annonce bien l’émancipation intellectuelle des Lumières.
Troisième partie :
Vers la pensée émancipatrice des Lumières
En nous donnant le goût de la science, Fontenelle nous bouscule aussi, car il nous amène à penser par nous même… Cette démarche sera fondatrice pour le mouvement des Lumières au siècle suivant…
1) Savoir douter et changer d’avis
Au troisième Soir, le philosophe formule une règle essentielle : le doute est nécessaire pour bien raisonner.
— Il ne faut donner que la moitié de son esprit aux choses de cette espèce que l’on croit, et en réserver une autre moitié libre, où le contraire puisse être admis, s’il en est besoin.
Le doute permet la nuance : toute hypothèse est plus ou moins vraisemblable, toute démonstration peut être remise en cause… Aucune vérité n’est absolue ni définitive.
— Les esprits ordinaires sentent bien la différence d’une simple vraisemblance à une certitude entière ; mais il n’y a que les esprits fins qui sentent le plus ou le moins de certitude ou de vraisemblance.
Ce que Fontenelle appelle un « esprit fin » : c’est donc quelqu’un qui est capable de retenir son jugement, et de changer d’avis lorsque la science évolue. Il donne l’exemple de la découverte des antipodes :
— Madame, ces antipodes là qu'on a trouvés contre toute espérance, devraient nous apprendre à être retenus dans nos jugements.
2) Apprendre Ă penser par soi-mĂŞme
Cette faculté de douter permet alors de faire progresser sa propre pensée. Ainsi, le philosophe encourage la marquise à se fier à ses propres raisonnements :
— Ne vous en rapportez qu’à vous-même sur la physique ; soumettez toute la nature à vos propres lumières.
Cette invitation à penser par soi-même va bien plus loin que le domaine scientifique. Il est au cœur du projet de Fontenelle. Par exemple au cinquième soir, le philosophe dit à la marquise :
— Je vous demande seulement pour récompense de mes peines, de ne voir jamais le Soleil, ni le ciel, ni les étoiles, sans songer à moi.
Peut-être y a-t-il ici une déclaration à double sens : la galanterie (pensez à moi) cache un sens philosophique (pensez aux préceptes que je vous ai enseignés). Indirectement, il lui dit : soyez désormais autonome, capable de penser en mon absence…
Il aura ainsi formé une personne capable de penser par elle-même… C’est d’ailleurs la devise des Lumières : « Sapere aude » : ose penser par toi même ! C’est une citation de Kant, dans « Qu’est‑ce que les Lumières ? »
Une particularité remarquable de Fontenelle, c’est d’avoir valorisé cette autonomie de pensée chez les femmes.
3) Défendre l’intelligence des femmes
Dès la Préface, Fontenelle prend une position originale pour l’époque : il choisit une marquise comme interlocutrice et affirme que les femmes sont capables de raisonnement scientifique :
Pourquoi des femmes céderaient-elles à cette marquise imaginaire, qui ne conçoit que ce qu’elle ne peut se dispenser de concevoir ?
Ensuite Fontenelle va plus loin en défendant l’éducation des femmes : ce qui leur manque, ce n’est pas l’intelligence, c’est un accès aux livres et au savoir :
Pour moi, je la tiens savante, à cause de l’extrême facilité qu’elle aurait à le devenir. Qu’est-ce qui lui manque ? d’avoir ouvert les yeux sur des livres ; cela n’est rien.
C’est une idée peu répandue en 1686 : seule l’éducation produit de l’inégalité entre les hommes et les femmes. L’évolution de la marquise fictive au terme de l’ouvrage le démontre :
— Quoi ! j’ai dans la tête tout le système de l’univers ! Je suis savante ?
— Oui […] vous l’êtes.
En défendant l’éducation et l’autonomie de pensée pour tous, hommes et femmes, en inventant la vulgarisation scientifique, Fontenelle relie le mouvement des Modernes du XVIIe siècle, avec celui des Lumières qui se développera au siècle suivant.
4) Croire au progrès des sciences (bonus)
Pendant le règne de Louis XIV, deux camps se sont formés. Les Anciens (Racine, La Fontaine, La Bruyère) disent qu’on ne peut pas surpasser les auteurs antiques… Les modernes disent au contraire qu’il est possible d’aller plus loin : Perrault, Molière, Fontenelle…
Dans nos Entretiens sur la pluralité des mondes, cela se traduit par des allusions au progrès des sciences : chaque génération dépasse les générations précédentes. Il prend l’exemple de la navigation aérienne :
— L’art de voler ne fait encore que naître, il se perfectionnera, et quelque jour on ira jusqu’à la Lune.
Cette position n’a rien d’orgueilleux au contraire, en reconnaissant ce qu’on doit aux Anciens, on admet aussi notre part d’ignorance :
— Prétendons-nous avoir découvert toutes choses, ou les avoir mises à un point qu’on n’y puisse rien ajouter ? Eh, de grâce, consentons qu’il y ait encore quelque chose à faire pour les siècles à venir.
Chez Fontenelle, cette évolution constante s’applique à l’univers lui-même : rien n’est figé.
— La conduite de la nature [...] est d’amener tout par des degrés qui ne sont sensibles que dans les changements [les plus] prompts. [...] Tout est dans un branle perpétuel, et par conséquent tout change.
Si le cosmos ressemble à une montre, Fontenelle introduit du « jeu » dans ce mécanisme. La curiosité, l’imagination, la rigueur et l’humilité permettent d’élucider la complexité de cet univers en mouvement !
Conclusion
Bilan
Les Entretiens sur la pluralité des mondes sont d'abord une véritable entreprise de vulgarisation scientifique séduisante, présentant l'astronomie comme un spectacle plaisant et accessible que tout esprit curieux peut comprendre et apprécier : un certain humour, le dialogue, des analogies pédagogiques rendent ce discours plaisant.
Mais Fontenelle montre ensuite que cette initiation scientifique ne se limite pas à l'amusement et confronte progressivement la marquise au vertige de l'infini et à des questions philosophiques plus profondes. Les découvertes scientifiques changent profondément notre vision du monde et notre place dans l'univers.
Enfin, Fontenelle établit des liens entre la science et l'émancipation intellectuelle, car les outils permettant de faire évoluer nos raisonnement sont les meilleures armes contre le dogmatisme et l’obscurantisme. Ces valeurs seront fondamentales pour les philosophes des Lumières au siècle suivant !
Ouverture
Ce souci de rendre accessible le savoir trouve un écho dans le projet des Encyclopédistes, entrepris sous la direction de Diderot :
Le but d’une Encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses, […] afin que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux.
Diderot et d’Alembert, L’Encyclopédie, premier tome, 1751.
Heinrich Vogtherr le Jeune, Comète avec une longue chevelure (retouché), 1552.