André Gide, Les Faux-Monnayeurs
Résumé-analyse



Les Faux-Monnayeurs est comme un jeu de piste. C'est un peu un roman policier oĂč le lecteur serait lui-mĂȘme enquĂȘteur. Les indices sont cachĂ©s, et l'on continue d'en redĂ©couvrir Ă  chaque relecture du roman.
Depuis longtemps, je ne prĂ©tends gagner mon procĂšs qu'en appel. Je n'Ă©cris que pour ĂȘtre relu [...] Tant pis pour le lecteur paresseux, j'en veux d'autres.

Je vais rĂ©guliĂšrement citer ce Journal des Faux-Monnayeurs, qu'AndrĂ© Gide rĂ©dige en mĂȘme temps que son roman, car il en prĂ©sente de nombreuses clĂ©s de comprĂ©hension.

Premiùre partie — Paris



I. — Le jardin du Luxembourg.



En fouillant un tiroir, Bernard Profitendieu dĂ©couvre des lettres d'amour de sa mĂšre. Le respectable juge d’instruction Profitendieu n'est pas son pĂšre ! Le premier thĂšme des faux-monnayeurs, c'est l'Ă©cart entre la rĂ©alitĂ© et les apparences.

Suite Ă  cette dĂ©couverte, Bernard dĂ©cide de fuguer, il va se chercher lui-mĂȘme. Le deuxiĂšme thĂšme des Faux-Monnayeurs, c'est le roman d'apprentissage.

On ne saura rien sur l'amant de Marguerite Profitendieu, mĂȘme pas le prĂ©nom. Souvent, des zones d'ombre et de mystĂšre ouvrent sur d'autres romans possibles :
La vie nous présente de toutes parts quantité d'amorces de drames, mais il est rare que ceux-ci se poursuivent et se dessinent comme a coutume de les filer un romancier [...] Le génie du roman fait vivre le possible : il ne fait pas revivre le réel.

Bernard se rend au jardin du Luxembourg oĂč il retrouve des camarades du lycĂ©e qui parlent de littĂ©rature : Dhurmer, peu imaginatif, reprĂ©sente l'Ă©cole rĂ©aliste. Lucien Bercail, plus sensible, veut faire une description symboliste du jardin du Luxembourg. Gide Ă©maille ainsi son roman de rĂ©flexions sur le travail de l'artiste et de l'Ă©crivain.

Bernard retrouve enfin Olivier :
— Écoute. J’ai quittĂ© la maison ; ou du moins je vais la quitter ce soir. Je ne sais pas encore oĂč j’irai. Pour une nuit, peux-tu me recevoir ?
Olivier donne rendez-vous Ă  son ami Ă  onze heure.

Dans cette premiÚre scÚne du Luxembourg, je fais parler les indifférents. On ne doit pas entendre [Olivier], à peine l'entrevoir : mais déjà l'aimer un peu.

II. — La famille Profitendieu.



AlbĂ©ric Profitendieu, le pĂšre officiel de Bernard, accompagne son collĂšgue Oscar Molinier, le pĂšre d’Olivier. Ils parlent d'une affaire de prostitution impliquant des mineurs. Molinier conseille d'Ă©touffer l'affaire :
— Faites coffrer les femmes ! [...] Mais ne vous saisissez pas des enfants ; contentez-vous de les effrayer [...]

À son retour chez lui, AlbĂ©ric Profitendieu dĂ©couvre la lettre d'adieu de son fils :
Monsieur,
J’ai dĂ©couvert [...] que je dois cesser de vous considĂ©rer comme mon pĂšre, et c’est pour moi un immense soulagement. [...] D'ailleurs j’ai toujours senti [...] votre diffĂ©rence d’égards avec vos autres enfants [...] Dites Ă  ma mĂšre [...] que je ne lui en veux pas de m’avoir fait bĂątard [...]
Je signe du ridicule nom qui est le vĂŽtre, que je voudrais pouvoir vous rendre, et qu’il me tarde de dĂ©shonorer.
Bernard Profitendieu.


Albéric et Marguerite ne parviennent plus à se parler :
Comment lui eĂ»t-elle dit qu’elle se sentait emprisonnĂ©e dans cette vertu qu’il exigeait d’elle [...] que ce n’était pas tant sa faute qu’elle regrettait Ă  prĂ©sent, que de s’en ĂȘtre repentie.

Dans Les Faux-Monnayeurs, Gide explore toutes les difficultés de la communication. Les mots sont trompeurs, comme de la fausse monnaie, tandis que les gestes sont révélateurs, mais parfois difficiles à interpréter.

Le mauvais romancier construit ses personnages : il les dirige et les fait parler. Le vrai romancier les Ă©coute et les regarde agir.

III. — Bernard et Olivier.



Onze heures du soir, Bernard retrouve Olivier dans la chambre qu'il partage avec son petit frÚre Georges, qui dort déjà. Ils éteignent les lumiÚres et discutent. Olivier raconte sa premiÚre expérience sexuelle, avec une fille que Dhurmer lui a présenté. Il en est dégoûté.

Olivier raconte ensuite comment son grand frÚre Vincent a abandonné son amante. Il a entendu leur conversation derriÚre la porte.
— Elle lui disait : « Vincent, mon amant [...] vous n’avez plus le droit de m’abandonner Ă  prĂ©sent. » [...] Ensuite elle est restĂ©e longtemps, [...] presque contre ma porte, Ă  sangloter.

Vous allez voir que les relations hĂ©tĂ©rosexuelles sont toujours des Ă©checs dans ce roman. En fait, AndrĂ© Gide critique d'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale les relations fausses, c'est Ă  dire sans amour, mais qui se nouent par intĂ©rĂȘt, habitude, etc. Dans ces mĂȘmes annĂ©es, AndrĂ© Gide publie un essai Corydon, et Si le Grain ne Meurt, une autobiographie, oĂč il parle notamment de son homosexualitĂ©.

Georges les interrompt : il faisait semblant de dormir et a entendu leur conversation :
— Pour Vincent je savais ça dĂ©jĂ  depuis longtemps. [...] TĂąchez maintenant de parler plus bas, [...] ou taisez-vous.

IV. — Chez le comte de Passavant.



Dans ce passage, le diable est cité plusieurs fois, c'est un personnage important, qui va influencer les événements.
Je voudrais un personnage (le diable) qui circulerait incognito à travers tout le livre et dont la réalité s'affirmerait d'autant plus qu'on croirait moins en lui.

Ce mĂȘme soir, Vincent, le grand frĂšre d'Olivier, se rend chez le comte Robert de Passavant. Il a besoin d'argent pour la grossesse de son amante. Pour un mobile encore inconnu, Passavant veut l'aider :
— Vincent [...] Je dĂ©sire mettre Ă  votre disposition une somme Ă©quivalente Ă  celle que vous avez perdue [...] et que vous allez risquer de nouveau. [...] Vous me la rendrez si vous gagnez. Sinon, tant pis ! nous serons quittes.

Les transactions monétaires symbolisent les relations entre les personnages. Ici, Robert de Passavant veut que Vincent lui soit redevable, pour mieux pouvoir le manipuler ensuite.

Robert de Passavant vient d'apprendre la mort de son pÚre, mais il ne se montre pas affecté du tout. Il laisse son jeune frÚre Gontran faire la veillée funÚbre avec la domestique Séraphine. Gide montre que le cynisme est ce qui détruit le mieux les relations humaines.

V. — Vincent retrouve Passavant chez Lady Griffith.



Robert de Passavant se rend chez Lilian Griffith, une amie tout aussi cynique que lui, qui se dit amoureuse de Vincent. Contre Robert, elle parie que Vincent va gagner au jeu.

Lilian raconte alors comment Vincent a rencontré son amante, Laura Douviers, une femme mariée.
— Ils Ă©taient Ă  Pau tous les deux, dans [...] un sanatorium, oĂč on les avait envoyĂ©s l’un et l’autre parce qu’on prĂ©tendait qu’ils Ă©taient tuberculeux. [...] Comme ils se croyaient condamnĂ©s, ils se sont persuadĂ©s que tout ce qu’ils feraient ne tirerait plus Ă  consĂ©quence.

Vincent rentre alors vainqueur, il a gagnĂ© 50 000 francs. Lilian laisse Ă©clater sa joie d’avoir gagnĂ© son pari. Mais Vincent n’a plus du tout l’air dĂ©cidĂ© Ă  venir en aide Ă  Laura.
Il a pris parti de cette perte, de sorte que, lorsqu'il la regagne, cette somme ne lui paraßt plus consacrée à M. et il ne songe qu'à la dépenser.

VI. — RĂ©veil de Bernard.



Sans réveiller son ami, Bernard sort et se met à flùner dans Paris.
Il songe à sa nouvelle rÚgle de vie, dont il a trouvé depuis peu la formule : « Si tu ne fais pas cela, qui le fera ? Si tu ne le fais pas aussitÎt, quand sera-ce ?

Il dépense tout son argent puis il retourne au jardin du Luxembourg et s'endort sur un banc.

VII. — Lady Griffith et Vincent.



Lilian influence Vincent, elle va peu à peu le modeler à son image. Dans les Faux-Monnayeurs, les personnages ne sont pas figés : ils sont transformés par leurs fréquentations.
— J’étais sur la Bourgogne le jour oĂč elle a fait naufrage. J’avais dix-sept ans. [...] J’étais Ă  l’arriĂšre d'un canot [...] Deux marins, armĂ©s d’une hache [...] coupaient les poignets des nageurs qui [...] s’efforçaient de monter dans notre barque. [...] « S’il en monte un seul de plus, nous sommes tous foutus. La barque est pleine. » [...] J’ai compris que j’avais laissĂ© une partie de moi sombrer avec la Bourgogne, qu’à un tas de sentiments dĂ©licats, dĂ©sormais, je couperais [...] les poignets pour les empĂȘcher de [...] faire sombrer mon cƓur. [...]

VIII. — Édouard rentre à Paris. Lettre de Laura.



Dans le train qui le ramùne à Paris, Édouard lit le livre de Passavant, La Barre Fixe :
Ce n’est pas qu’il dĂ©teste Passavant. Il l’a rencontrĂ© parfois et l’a trouvĂ© charmant. [...] Mais [ses] livres lui dĂ©plaisent ; Passavant lui paraĂźt moins un artiste qu’un faiseur.

Ensuite Édouard lit une lettre de Laura oĂč elle lui confie qu'elle est enceinte de son amant.
Je n’ose retourner prĂšs de mes parents [...] Mon pĂšre, s’il apprenait, [...] serait capable de me maudire. [...] Quant Ă  celui qui
 [...] pour ĂȘtre mieux Ă  mĂȘme de m’aider, il s’est malheureusement mis Ă  jouer. [...] Avant de jeter cette lettre Ă  la poste, je vais le revoir une derniĂšre fois. [...] Si vous recevez ceci, c’est donc vraiment que

Adieu, adieu, je ne sais plus ce que j’écris.
— Laura Douviers —


Dans son journal, Édouard retranscrit ses pensĂ©es Ă  propos de Laura. On comprend qu'ils ont eu ensemble une relation amoureuse qui les a profondĂ©ment modelĂ©s.

Édouard somnole ; ses pensĂ©es insensiblement prennent un autre cours. Il songe au roman qu’il prĂ©pare, [...] il n’est pas assurĂ© que Les Faux-Monnayeurs soit un bon titre. [...] Il y pense sans cesse [...] mais il n’en a pas Ă©crit encore une ligne.
Le roman dans le roman : cette mise en abyme va de pair avec des effets de miroir : le journal se trouve dans le roman. Les actions sont reflĂ©tĂ©es et dĂ©formĂ©es. Par exemple, l'amour sincĂšre de Laura pour Édouard fait Ă©cho Ă  l'amour destructeur de Lilian pour Vincent. Les Faux Monnayeurs est ce qu'on appelle un roman spĂ©culaire, du latin specularis : en miroir.


IX. — Édouard et Olivier se retrouvent.



Édouard retrouve Olivier Ă  la gare mais ils n'osent pas s'avouer les sentiments qu'ils Ă©prouvent l'un pour l'autre... Édouard est tellement nerveux qu'il laisse tomber le ticket pour rĂ©cupĂ©rer sa valise.
— Fais-tu toujours des vers ?
— De temps en temps
 J’aurais grand besoin de conseils.
C’est “de vos conseils” qu’il voulait dire. Et le regard [...] le disait si bien qu’Édouard crut qu’il disait cela par dĂ©fĂ©rence [...]
— Oh ! les conseils, [...] ceux des aĂźnĂ©s ne valent rien. »
Olivier pensa : « Je ne lui en ai pourtant pas demandé ; pourquoi proteste-t-il ? »
Édouard se mĂ©prenait Ă  ce silence [...] « Je l’ennuie [...] Il n’attend qu’un mot de moi pour partir. »


X. — Bernard et la valise.



Au jardin du Luxembourg, Bernard se rĂ©veille sur son banc et dĂ©cide de se rendre Ă  la gare Saint-Lazare dans l'espoir de retrouver son ami. Mais quand il voit Olivier en compagnie de son oncle, il les prend en filature. C'est alors qu'il voit le bout de papier s'Ă©chapper de la main d'Édouard.

Avec le bulletin de consigne, et un petit coup de pouce du dĂ©mon, Bernard rĂ©cupĂšre la valise d'Édouard. Il utilise le portefeuille pour prendre une chambre d'hĂŽtel et se met Ă  lire le fameux journal.

XI. — Journal d’Édouard : Georges Molinier.



Édouard raconte une anecdote : un jour qu'il flĂąne sur les quais de Seine, il surprend un gamin voler un livre sur l'Ă©talage d'un bouquiniste. Mais le gamin s'aperçoit qu'on le regarde. Il remet alors le livre en place le plus naturellement possible.
— Qu’est-ce que c’était ce livre ?
— C’est un guide d’AlgĂ©rie. Mais ça coĂ»te trop cher. Je ne suis pas assez riche.


Édouard lui donne de quoi l'acheter et aperçoit les cahiers du garçon dans son cartable, c'est Georges Molinier, son propre neveu !

Cette anecdote se trouve dans le Journal des Faux-Monnayeurs. Gide, comme son personnage Édouard, se demande si l'anecdote ne serait pas plus intĂ©ressante, racontĂ©e du point de vue de l'enfant. Ainsi, elle existe virtuellement dans plusieurs versions, que l'auteur nous laisse le soin d'imaginer.

XII. — Journal d’Édouard : Le mariage de Laura.



5 novembre.
La cĂ©rĂ©monie a eu lieu [...] dans la petite chapelle de la rue Madame [...] Le vieux La PĂ©rouse Ă  l’harmonium ; [...] Olivier [...] a poussĂ© sa mĂšre pour que je puisse m’asseoir Ă  cĂŽtĂ© de lui ; puis m’a pris la main et l’a longuement retenue dans la sienne. [...]


DĂšs son arrivĂ©e chez les Vedel-AzaĂŻs, Édouard retrouve Laura, et ils Ă©voquent ensemble des souvenirs de leur enfance dans la pension.

Édouard va Ă©galement parler au grand-pĂšre de Laura :
— Figurez-vous que votre jeune neveu et quelques-uns de ses camarades ont constituĂ© une [...] espĂšce de LĂ©gion d’honneur enfantine.
Cette histoire intrigue Édouard, qui se promet de tirer ça au clair. De nombreux indices annoncent dĂ©jĂ  la fin du roman, c'est ce qu'on appelle l'ironie tragique : ce procĂ©dĂ© empruntĂ© Ă  la tragĂ©die consiste Ă  laisser paraĂźtre les mĂ©canismes de la fatalitĂ© au yeux du spectateur averti.

Édouard cherche Olivier, et le retrouve dans la chambre de Sarah en compagnie d'Armand et d'une petite Anglaise (Armand et Sarah sont les frùres et sƓurs de Laura). Ivres, Olivier et Sarah flirtent tandis qu'Armand joue le provocateur :
— Mais vous [...] pourquoi vous n’avez pas Ă©pousĂ© Laura ? alors que vous l’aimiez, paraĂźt-il, et qu'elle se languissait aprĂšs vous.

Mais plus tard Édouard a l'occasion de parler avec Olivier :
— Vous pourriez croire que j’aime Sarah. Mais non
 [...] Il ne faut pas non plus que vous jugiez Armand d’aprùs ce qu’il a pu vous dire aujourd’hui [...] C’est une espùce de rîle qu’il joue


Bernard, Ă  mesure qu’il avançait dans sa lecture, s’étonnait toujours plus, admirait toujours plus, mais un peu douloureusement, de quelle diversitĂ© se montrait capable cet ami qu’il croyait connaĂźtre si bien.

André Gide crée des personnages complexes. Dotés d'une certaine liberté, ils peuvent agir de maniÚre imprévisible.
Je tùche à enrouler les fils divers de l'intrigue et la complexité de mes pensées autour de ces petites bobines vivantes que sont chacun de mes personnages.

XIII. — Journal d’Édouard : PremiĂšre visite Ă  La PĂ©rouse.



Ayant aperçu le vieux La PĂ©rouse lors du mariage de Laura, Édouard s’est promis de lui rendre visite. La PĂ©rouse raconte qu'il a eu un fils :
— À peine ĂągĂ© de vingt ans, il a pris une maĂźtresse. C’était une Ă©lĂšve Ă  moi, une jeune Russe, trĂšs bonne musicienne [...] Elle est retournĂ©e en Pologne pour ses couches. Mon fils est parti la rejoindre [...] mais il est mort avant de l’avoir Ă©pousĂ©e.
— Et votre petit-fils
 ? [...]
— Le petit Boris fait son Ă©ducation [...] dans un collĂšge de Varsovie, je crois. [...] Auriez-vous cru qu’il Ă©tait possible d’aimer autant un enfant qu’on n’a jamais vu ?



9 novembre.
Une sorte de tragique a jusqu’à prĂ©sent, me semble-t-il, Ă©chappĂ© presque Ă  la littĂ©rature. Le roman s’est occupĂ© des traverses du sort, de la fortune bonne ou mauvaise, des rapports sociaux, du conflit des passions, des caractĂšres, mais point de l’essence mĂȘme de l’ĂȘtre. [...] le tragique moral.


Chez André Gide, tous les personnages ne sont pas complexes, certains, aveuglés par leur point de vue unique, sont incapables de changer et vont tout droit vers leur tragédie personnelle.

XIV. — Bernard et Laura.



Bernard termine sa lecture avec la lettre de Laura : c'est une rĂ©vĂ©lation ! Laura, la sƓur de Sarah et Armand, est donc la maĂźtresse de Vincent ! Il dĂ©cide d'aller la sauver.

Les deux morceaux de l’intrigue se rejoignent Ă  ce moment prĂ©cis, grĂące au croisement des informations. La variĂ©tĂ© des points de vue permet d’avoir une vision plus complĂšte de la rĂ©alitĂ©.
Je voudrais que les événements ne fussent jamais racontés directement par l'auteur, mais plutÎt exposés (plusieurs fois, sous des angles divers).

Bernard se rend donc Ă  l’adresse qui se trouve indiquĂ©e dans la lettre. :
— Je suis l’ami d’Olivier Molinier
 [...] frùre de Vincent, votre amant, qui lñchement vous abandonne [...]
— Mais enfin, comment savez-vous ?
 Qui vous a dit ?
 Vous n’avez pas le droit de savoir

Il comprenait soudain qu’il s’agissait ici de vie rĂ©elle, [...] et tout ce qu’il avait Ă©prouvĂ© jusqu’alors ne lui parut plus que parade et que jeu.


Bernard qui Ă©tait jusqu'alors lecteur du journal d'Édouard devient maintenant un vĂ©ritable acteur de l'histoire.

Entre alors Édouard, qui a entendu toute la conversation derriùre la porte. Il rassure Laura, et demande des explications à Bernard au sujet du vol de sa valise :
— Depuis ce matin, je suis sans gĂźte, [...] et sans famille. [...] Oh ! ne me prenez pas pour un voleur. Si j’ai levĂ© votre valise, c’était surtout pour entrer en rapport.

AmusĂ© par Bernard, voyant qu’il n’a nulle part oĂč aller, Édouard accepte de le prendre comme secrĂ©taire.

XV. — Olivier chez Passavant.



Olivier se rend chez le comte Robert de Passavant, dont il a reçu l’invitation par son frùre Vincent. Robert de Passavant lui propose de devenir le directeur de sa revue :
— Olivier, permettez-moi de vous dire que j’ai infiniment plus de confiance dans votre goĂ»t qu’en celui de Sidi Dhurmer. Accepteriez-vous d’assumer cette direction littĂ©raire ? [...]

Pour rédiger le manifeste de la revue, il veut inviter Olivier à partir avec lui pendant l'été, mais Olivier n'est pas convaincu.

Comme un certain Strouvilhou est annoncé, Robert met fin à sa conversation avec Olivier en lui offrant son roman dédicacé.

La dédicace, faisant référence à Orlando, un personnage de la piÚce de Shakespeare Comme il vous plaira, révÚle à demi-mot que Passavant veut séduire Olivier.

XVI. — Vincent avec Lady Griffith.



Lilian trouve Vincent trop indécis :
— Écoute, mon petit, [...] il faut vouloir ce que l’on veut. [...] Pour en finir avec Laura, [...] on pourrait bien lui envoyer les cinq mille francs que tu lui avais promis. [...] Tu ne sais pas couper les mains proprement.
En réalité, Vincent a déjà proposé cet argent à Laura, mais elle a refusé l'enveloppe.


XVII. — La soirĂ©e Ă  Rambouillet.



Vincent et Lilian retrouvent Robert de Passavant et vont dĂźner Ă  Rambouillet. Vincent parle de sa passion pour la biologie marine. Dans ce passage, la mer reprĂ©sente en fait le roman lui-mĂȘme :
— La lumiĂšre du jour [...] ne pĂ©nĂštre pas trĂšs avant dans la mer. [...] Les dragages [...] ont ramenĂ© de ces enfers quantitĂ© d’animaux Ă©tranges. [...] Et voici qu’on dĂ©couvre [...] que chacun de ces animaux [...] Ă©met et projette devant soi, [...] sa lumiĂšre. Chacun d’eux Ă©claire, illumine, irradie. [...]

Robert flatte Vincent, et finit par parler de son projet d'emmener Olivier en voyage : il aimerait que Vincent intervienne en sa faveur auprÚs de ses parents. Voilà donc enfin le mobile de Passavant pour fréquenter Vincent !

XVIII. — Journal d’Édouard : Seconde visite Ă  La PĂ©rouse.



Édouard raconte sa deuxiĂšme visite au vieux La PĂ©rouse. Cette fois-ci, c’est Mme La PĂ©rouse qui vient lui ouvrir. Elle se plaint beaucoup de son mari :
— La nuit [...] il s’attarde jusqu’au matin à relire en pleurant d’anciennes lettres de feu son frùre. Il veut que je supporte tout cela sans rien dire !

Arrive alors La PĂ©rouse, qui entraĂźne Édouard un peu plus loin.
— Elle m’accuse de me relever la nuit pour manger en cachette, parce qu’une fois elle m’a surpris en train de me prĂ©parer une tasse de chocolat [...]

On apprend aussi qu'il a mis de l'argent de cÎté pour mettre sa femme en pension.

Le vieux La PĂ©rouse lui parle alors de son petit fils, qui se trouve en Suisse actuellement :
— Il me semble que
 [...] Je m’en irais plus facilement, si seulement j’avais pu le voir.
— Mon pauvre ami [...] Je ferai tout ce qu'il est humainement possible [...] Vous verrez le petit Boris, je vous le promets.


DeuxiĂšme partie — Saas-FĂ©e



I. — Lettre de Bernard à Olivier.



Dans une lettre, Bernard raconte toute son aventure à Olivier. Il lui confie que Laura est enceinte de Vincent, et qu'il est parti avec elle et Édouard en voyage en Suisse.
Cher Vieux,
Que je te dise d’abord que j’ai sĂ©chĂ© le bachot. [...] Une occasion unique s’est offerte Ă  moi de partir en voyage. J’ai sautĂ© dessus [...]
Quand nous sommes arrivĂ©s Ă  Saas-FĂ©e, [...] l’hĂŽtel n’a pu nous offrir que deux chambres, une grande Ă  deux lits et une petite [...] c’est Laura qui occupe la petite chambre [...]
La sociĂ©tĂ© de l’hĂŽtel est assez divertissante. [...] Nous frĂ©quentons surtout une doctoresse polonaise, qui passe ici ses vacances avec sa fille et un petit garçon qu’on lui a confiĂ©. C’est mĂȘme pour retrouver cet enfant que nous sommes venus jusqu’ici. Il a une sorte de maladie nerveuse que la doctoresse soigne selon une mĂ©thode toute nouvelle.
Dis-toi bien que je n’oublie pas que c’est grñce à toi que [...] je dois mon bonheur.
Bernard
Bernard [...] connaissait trop mal Olivier, pour se douter du flot de sentiments hideux que cette lettre allait soulever chez lui [...] Une phrase surtout [...] le torturait « Dans la mĂȘme chambre ». Il n’était jaloux particuliĂšrement ni d’Édouard, ni de Bernard ; mais des deux. [...] Cette nuit, les dĂ©mons de l’enfer l’habitĂšrent. Le lendemain matin il se prĂ©cipita chez Robert.


II. — Journal d’Édouard : Le petit Boris.



Je n’ai pas eu de mal Ă  trouver le petit Boris. Le lendemain de notre arrivĂ©e, il s’est amenĂ© sur la terrasse de l’hĂŽtel et a commencĂ© de regarder les montagnes Ă  travers une longue vue montĂ©e sur pivot. [...] Une fillette un peu plus grande que lui l’a bientĂŽt rejoint [...]
— Boris, [...] Tu ne veux pas venir te promener ?
— Oui, je veux bien. Non, je ne veux pas. [...] Ă©coute : on va prendre un bĂąton ; tu tiendras un bout et moi l’autre. [...] Je te promets de [n'ouvrir les yeux] que quand nous serons arrivĂ©s lĂ -bas.


Édouard rencontre alors Sophroniska, la doctoresse qui s'occupe de Boris :
— Il souffre d’une quantitĂ© de petits troubles, de tics, de manies [...] Je crois qu’on peut [...] trouver leur origine dans un premier Ă©branlement de l’ĂȘtre [...] qu’il importe de dĂ©couvrir. Le malade, dĂšs qu’il devient conscient de cette cause, est Ă  moitiĂ© guĂ©ri. [...]

AndrĂ© Gide avait lui-mĂȘme commencĂ© et interrompu une psychanalyse avec Sokolnicka, qui est le modĂšle de ce personnage dans le roman.

III. — Édouard expose ses idĂ©es sur le roman.



Un jour, Édouard prend le thĂ© avec Laura, Bernard et Sophroniska, qui lui demande de leur parler de son roman :
— Ce que je veux, c’est prĂ©senter d’une part la rĂ©alitĂ©, et d’autre part l’effort pour la styliser [...] Pour obtenir cet effet, [...] j’invente un personnage de romancier, que je pose en figure centrale ; et le sujet du livre, si vous voulez, c’est prĂ©cisĂ©ment la lutte entre ce que lui offre la rĂ©alitĂ© et ce que, lui, prĂ©tend en faire.

Dans son journal, Gide prend ses distances avec Édouard :
Ce pur roman, il ne parviendra jamais Ă  l'Ă©crire [...] C'est un amateur, un ratĂ© [...] Personnage d'autant plus difficile Ă  Ă©tablir que je lui prĂȘte beaucoup de moi.

Ainsi Laura pense qu'Édouard va faire un auto-portrait, Sophroniska craint que son roman ne devienne trop abstrait. Bernard a une idĂ©e pour faire sortir Édouard de l'abstraction :
— [Il me semble] que si j’écrivais Les Faux-Monnayeurs, je commencerais par prĂ©senter la piĂšce fausse [...] et que voici. [...] On jurerait qu’elle est en or. [...] mais elle est en cristal. À l’usage, elle va devenir transparente.

La fausse piĂšce, c'est certainement Bernard lui-mĂȘme, qui va se rĂ©vĂ©ler peu Ă  peu Ă  lui-mĂȘme : il va devenir transparent.

IV. — Bernard et Laura.



Laura montre à Bernard une lettre qu’elle vient de recevoir de son mari.
Ma Laura bien-aimée,
Au nom de ce petit enfant qui va naĂźtre, et que je fais serment d’aimer autant que si j’étais son pĂšre, je te conjure de revenir. [...] Ne t’accuse pas trop, car c’est de cela surtout que je souffre. [...]
Je t’attends de toute mon ñme qui t’adore.
— FĂ©lix Douviers —


Laura explique à Bernard qu'elle a décidé de retourner auprÚs de son mari, bien sûr ce n'est pas une décision facile.
— Est-ce que vous croyez qu’on peut aimer l’enfant d’un autre autant que le sien propre, vraiment ?
— Je ne sais pas [...] mais je l’espùre.
— Pour moi, je le crois [...] Celui qui m’a tenu lieu de pĂšre n’a jamais rien fait qui laissĂąt soupçonner que je n’étais pas son vrai fils [...] en lui Ă©crivant [...] que j’avais toujours senti la diffĂ©rence, [...] j’ai mal agi envers lui.


Avant son départ, Laura demande à Bernard la fausse piÚce qu'il a montrée l'autre jour, ce sera un souvenir de lui.

V. — Journal d’Édouard : Conversation avec Sophroniska.



Édouard rapporte une discussion oĂč Sophroniska lui rĂ©vĂšle ses dĂ©couvertes concernant la thĂ©rapie de Boris :
— Boris, vers l’ñge de neuf ans, [...] s’est liĂ© avec un camarade de classe [...] qui l’a initiĂ© Ă  des pratiques clandestines, que ces enfants [...] croyaient ĂȘtre “de la magie”. [...] La mort du pĂšre est survenue. Boris s’est persuadĂ© que ses pratiques [...] avaient reçu leur chĂątiment [...] C’est alors que [...] son organisme [...] a inventĂ© cette quantitĂ© de petits subterfuges [...] qui sont comme autant d’aveux.

MalgrĂ© ses mauvais pressentiments, Édouard propose Ă  Sophroniska de placer Boris dans la pension Vedel-AzaĂŻs, et il lui parle de La PĂ©rouse, qui serait heureux de voir son petit-fils. Sophroniska accepte.

VI. — Lettre d’Olivier à Bernard.



Bernard reçoit une lettre d'Olivier qui se trouve en Corse, à Vizzavone avec Robert de Passavant.

Cher vieux,
[...] Une occasion unique s’offrait Ă  moi de partir en voyage. Je balançais encore ; mais aprĂšs lecture de ta lettre, j’ai sautĂ© dessus. Une lĂ©gĂšre rĂ©sistance de ma mĂšre, d’abord ; mais dont a vite triomphĂ© Vincent [...]
Sache que c’est le rĂ©dacteur en chef de la nouvelle revue Avant-Garde, qui t’écrit. [...] J'ai acceptĂ© d’assumer ces fonctions, dont le comte Robert de Passavant m’a jugĂ© digne.
Il sait admirablement se servir des idĂ©es, des images, des gens, des choses ; c’est-Ă -dire qu’il met tout Ă  profit. Il dit que le grand art de la vie, ce n’est pas tant de jouir que d’apprendre Ă  tirer parti.
Au revoir, mon vieux.


VII. — L’auteur juge ses personnages.



Je crains qu’en confiant le petit Boris aux AzaĂŻs, Édouard ne commette une imprudence. Comment l’en empĂȘcher ? [...]

Je ne puis point me consoler de la passade qui lui a fait prendre la place d’Olivier prĂšs d’Édouard. Les Ă©vĂ©nements se sont mal arrangĂ©s.


Troisiùme partie — Paris



I. — Journal d’Édouard : Oscar Molinier



La rencontre de La Pérouse avec son petit-fils Boris a été trÚs décevante. Au bout d'une heure seulement, Sophroniska a retrouvé l'enfant boudant dans un coin de la piÚce.

Édouard rencontre Oscar Molinier, le pĂšre d'Olivier, et lui fait part de ses inquiĂ©tudes concernant le voyage d'Olivier avec Passavant :
— À vrai dire [...] moi, personnellement, je n’approuvais pas ce voyage. [...] Neuf fois sur dix, quand le mari cùde à sa femme, c’est qu’il a quelque chose à se faire pardonner.

Oscar avoue alors qu'il entretient une liaison adultÚre depuis cinq ans, mais les lettres de son amante ont subitement disparu, il pense que sa femme Pauline les a trouvées.

Oscar lui parle ensuite de l'affaire de moeurs qui occupe son collÚgue Profitendieu. Il pense que Bernard est impliqué :
— Qu’est-ce qui vous porte à le croire ? [...]
— C’est un enfant naturel [...] Le fruit du dĂ©sordre [...] porte nĂ©cessairement en lui des germes d’anarchie [...] Et puis je crois bien que Profitendieu a [...] quelques soupçons, car son zĂšle s'est brusquement ralenti.


II. — Journal d’Édouard : chez les Vedel



Édouard reçoit un message de Rachel, la soeur de Laura, qui souhaite le voir. Il se rend donc chez les Vedel oĂč il rencontre d'abord le vieil AzaĂŻs. Il lui parle aussitĂŽt de La PĂ©rouse :
— Je crains que le dĂ©part de sa chĂšre femme pour Sainte-PĂ©rine ne l’ait beaucoup affectĂ©. [...] J’ai pensĂ© que je pourrais lui proposer de surveiller les classes d’études, ce qui ne le fatiguerait guĂšre [...]

Il raconte aussi que Laura lui a confiĂ© qu'elle Ă©tait enceinte de son mari. Évidemment, le lecteur rĂ©alise que chacun lui raconte ce qu'il a envie d'entendre.

Édouard discute ensuite avec la femme du pasteur :
Madame Vedel ressemble Ă  l’Elvire de Lamartine ; une Elvire vieillie. Sa conversation n’est pas sans charme. Il lui arrive assez souvent de ne pas achever ses phrases, ce qui donne Ă  sa pensĂ©e une sorte de flou poĂ©tique.

Édouard retrouve enfin Rachel. Elle est affreusement gĂȘnĂ©e, car elle doit lui demander de l'argent pour payer un rĂ©pĂ©titeur :
— C'est un homme brutal et vulgaire [...] Il est venu faire Ă  grand-pĂšre une scĂšne trĂšs pĂ©nible, que malheureusement je n’ai pas pu empĂȘcher.

Édouard donne de l'argent Ă  Rachel qui le laisse un instant pour aller payer son crĂ©ancier. Arrive alors Armand :
— Vous venez Ă  pic pour la tirer d’une sale angoisse. C’est [...] Alexandre, mon cochon de frĂšre, qui a fait des dettes dans les colonies. [...] DĂ©jĂ  elle avait abandonnĂ© la moitiĂ© de sa dot pour grossir [...] celle de Laura ; mais cette fois tout le reste y a passĂ©. [...] Maman s’efforce de ne rien comprendre. Quant Ă  papa, il s’en remet au Seigneur ; c’est plus commode. [...] Et grand-pĂšre qui "fait le charitable" avec La PĂ©rouse, parce qu’il a besoin d’un rĂ©pĂ©titeur


III. — Journal d’Édouard : TroisiĂšme visite Ă  La PĂ©rouse



Édouard rend visite au vieux La PĂ©rouse, il lui raconte qu'il a tentĂ© de mettre fin Ă  ses jours :
— J’ai chargĂ© l’un des pistolets [...] Mais je n’ai pas eu le courage de tirer. [...] Quelque chose de [...] plus fort que ma volontĂ©, me retenait
 Comme si Dieu ne voulait pas me laisser partir.

J’aurais voulu qu’il me confiñt ses pistolets dont [...] il n’avait plus que faire ; mais il ne consentit pas à me les laisser.
— Vous n’avez plus de crainte Ă  avoir. [...] Ils sont le seul souvenir qui me reste Ă  prĂ©sent de mon frĂšre, et j’ai besoin qu’ils me rappellent Ă©galement que je ne suis qu’un jouet entre les mains de Dieu.

IV. — La rentrĂ©e



Dans ce chapitre, l'auteur nous présente les garçons qui se trouvent dans la pension Vedel-Azaïs :
Gontran de Passavant, le jeune frĂšre de Robert.
Boris trÚs timide et ignoré par les autres élÚves.
Georges Molinier et Philippe Adamanti veulent impressionner Léon Ghéridanisol, le petit cousin de Strouvilhou, en racontant qu'ils ont failli se faire coffrer avec les prostituées qu'ils fréquentent.

[Ce qu'ils ignoraient], c’est que Profitendieu avait eu grand soin d’attendre, pour cette opĂ©ration, une date oĂč les dĂ©linquants mineurs seraient dispersĂ©s, dĂ©sireux [...] d’épargner ce scandale Ă  leurs parents.

V. — Bernard retrouve Olivier, à la sortie de son examen.



Olivier retrouve son ami Bernard. C'est la premiÚre fois qu'ils se revoient depuis les vacances. Bernard perçoit avec exaspération qu'Olivier est de plus en plus sous l'influence du comte depuis qu'il a été nommé directeur de l'Avant-Garde.
— Ce soir Les Argonautes donnent un banquet. Passavant tient Ă  y assister [...] Tu devrais y amener Édouard [...] Notre premier numĂ©ro est presque prĂȘt ; mais, dis
 pourquoi ne m’as-tu rien envoyĂ© ?
— Écoute, mon vieux, [...] je ne sais pas si j’écrirai. Il me semble parfois qu’écrire empĂȘche de vivre.


Olivier lui demande s'il est toujours amoureux de Laura :
— GrĂące Ă  Laura, mes instincts se sont sublimĂ©s. Je sens en moi de grandes forces inemployĂ©es. [...] C’est comme de la vapeur [qui] peut s’échapper en sifflant (ça c’est la poĂ©sie), actionner des pistons [...] ou mĂȘme faire Ă©clater la machine. [...] Oh ! je sais bien que je ne me tuerai pas ; mais je comprends admirablement Dmitri Karamazov, lorsqu’il affirme qu’on puisse se tuer par enthousiasme, par [...] excĂšs de vie

— Moi aussi, [...] je comprends qu’on se tue ; mais ce serait aprĂšs avoir goĂ»tĂ© une joie si forte que toute la vie qui la suive en pĂąlisse.
Mais Olivier remarque que son ami ne l'écoute déjà plus.


Pendant ce temps, Ghéridanisol parle avec son grand cousin Strouvilhou de leur trafic de fausses piÚces :
— Il faut que les gosses [...] livrent de quoi tenir les parents. Avant de lñcher les piùces, tu tñcheras de leur faire comprendre ça [...]
— Molinier [...] il est mĂ»r. [...] il disait Ă  Phiphi (affaire de l’épater) : “Mon pĂšre, lui, il a une maĂźtresse.” [...] j’ai dit Ă  Georges : “Qu’est-ce que tu en sais ?” — “J’ai vu des lettres”. [...] il a fini par me les a montrer.


VI. — Journal d’Édouard : Madame Molinier



Dans son journal, Édouard raconte son entretien avec Pauline Molinier. Elle s'inquiùte pour Olivier :
— Je n’approuvais pas ce dĂ©part, et ce monsieur Passavant [...] ne me plaĂźt guĂšre. Mais, que voulez-vous ? [...] Oscar, lui, cĂšde toujours [...] Vincent lui-mĂȘme s’en est mĂȘlĂ©. [...] C’est avec vous que j’aurais souhaitĂ© qu’il partĂźt.

Pauline raconte aussi qu'elle soupçonne Georges de lui avoir volé de l'argent. Elle essaye de lui trouver des excuses, mais sans y parvenir. Elle s'inquiÚte également pour son mari.
— Depuis mon retour, je ne comprends pas ce qu’il a. [...] On dirait qu’il a peur de moi. Il a bien tort. Depuis longtemps je suis au courant de ses relations

— Justement [...] il craint que vous n’ayez pris des lettres qu’il dit n’avoir plus retrouvĂ©es.
ImmĂ©diatement, ils devinent que c'est Georges qui les a. Édouard promet Ă  Pauline d'aller lui parler.


VII. — Olivier va voir Armand Vedel



Olivier rend visite à son camarade Armand Vedel à la pension. Son ironie semble cacher une profonde amertume, à l'image du poÚme qu'il présente à Olivier :
— Le Vase nocturne ; hein ! quel beau titre !
 J’allais le proposer [...] à ta glorieuse revue, mais, [...] je vois bien qu’il n’a pas grand-chance de te plaire.

Olivier invite Armand au banquet des Argonautes, et lui demande de transmettre son invitation Ă  sa soeur Sarah.

VIII. — Le banquet des Argonautes.



Bernard et Édouard vont Ă  la pension Vedel pour chercher Sarah. Armand les aide en les faisant passer discrĂštement par sa chambre. Sarah est un personnage trĂšs intĂ©ressant, indĂ©pendant et fĂ©ministe avant l'heure.

ArrivĂ©s Ă  la taverne du PanthĂ©on, ils entendent le discours de Justinien des Brousses, le directeur des Argonautes. Il fait des compliments exagĂ©rĂ©s Ă  Passavant et Ă  Olivier, qui, contrairement au comte, est visiblement gĂȘnĂ©.

Passavant force la rencontre et tend la main Ă  Bernard.
— J’entends parler de vous depuis si longtemps qu’il me semble dĂ©jĂ  vous connaĂźtre.
— Et rĂ©ciproquement », dit Bernard, d’un tel ton que l’amĂ©nitĂ© de Passavant se glaça.


Olivier et Édouard trouvent enfin un moment pour parler ensemble :
— Est-ce dans ce milieu que dĂ©sormais vous allez vivre ?
— Vous trouvez que j’ai tort de frĂ©quenter ces gens-lĂ  ?
— Non pas tous, peut-ĂȘtre ; mais certains d’entre eux, assurĂ©ment.


Ces mots bouleversent Olivier :
Son aveuglement, prĂšs de Passavant, n’avait-il pas Ă©tĂ© volontaire ? Sa gratitude pour tout ce que le comte avait fait pour lui, tournait Ă  la rancƓur. Il le reniait Ă©perdument.

C'est alors qu'entre en scÚne un personnage réel, Alfred Jarry, l'auteur d'Ubu Roi :
— Et maintenant, nous allons tuder le petit Bercail.
Il sortit de sa poche un gros pistolet [...] et mit en joue. [...] Bercail voulut montrer qu’il n’avait pas peur et [...] prit une pose napolĂ©onienne. [...] Le coup partit. Le pistolet n’était chargĂ© qu’à blanc. [...] Quand on redonna de la lumiĂšre, on admira Bercail, qui gardait la pose, immobile, Ă  peine un peu plus pĂąle.


Suite Ă  cet Ă©pisode confus, Dhurmer, jaloux du succĂšs d'Olivier, vient le provoquer, Olivier tente de le gifler, mais il manque son but. Certains convives veulent qu'ils aillent jusqu'au duel, mais Édouard prend Olivier par le bras.
— Viens te passer un peu d’eau sur le visage. Tu as l’air d’un fou.
— Emmùne-moi.


IX. — Olivier a voulu se tuer.



On retrouve Bernard, qui s'est réveillé auprÚs de Sarah :
Bernard [...] a goĂ»tĂ©, cette nuit, d’un oubli plus reposant que le sommeil ; exaltation et anĂ©antissement [...] Il a laissĂ© Sarah dormant encore. [...] Est-ce par insensibilitĂ© qu’il la quitte ainsi ? Je ne sais pas. Il ne sait lui-mĂȘme.

Quand Édouard se rĂ©veille, il a un mauvais pressentiment. Il fait dĂ©jĂ  jour, Olivier n'est pas lĂ .
Une affreuse odeur de gaz l’avertit. [Dans la salle de bains] il trouva [...] le corps d’Olivier effondrĂ© contre la baignoire, dĂ©vĂȘtu, glacĂ©, livide [...]

Édouard constate alors que le cƓur d'Olivier bat encore, il le transporte sur le divan. Arrivent alors Lucien, et Bernard, qui se souvient alors de sa conversation avec Olivier :
— C’est moi qui lui parlais de suicide, [...] je me rappelle Ă  prĂ©sent ce qu’il m’a rĂ©pondu. [...] il comprenait qu’on se tuĂąt, mais seulement aprĂšs avoir atteint un tel sommet de joie, que l’on ne puisse, aprĂšs, que redescendre.

X. — Convalescence d’Olivier Journal d’Édouard.



Édouard reçoit une lettre de Laura :
Mon cher ami,
FĂ©lix vient de partir pour Paris, dans l’intention d’aller vous voir. Il prĂ©tend obtenir de vous [...] le nom de celui qu’il voudrait provoquer en duel. [...] Je crois que c’est le dĂ©sir de forcer mon estime, [...] qui le pousse Ă  cette dĂ©marche. [...] Vous seul parviendrez Ă  le dissuader. [...]
Votre amie toujours inquiĂšte et toujours confiante,
Laura.


Édouard rend visite à Pauline Molinier. Il lui dit qu'Olivier a fait une crise de foie.
— Je suis dĂ©jĂ  rassurĂ©e de savoir Olivier chez vous [...] Je ne le soignerais pas mieux que vous, car je sens bien que vous l’aimez autant que moi.
En disant ces derniers mots, elle m’a regardĂ© avec une bizarre insistance.
— Votre rougeur est Ă©loquente
 Mon pauvre ami, n’attendez pas de moi des reproches. [...] Je ne crois pas que les plus chastes adolescents fassent plus tard les maris les meilleurs [...] l’exemple de leur pĂšre m’a fait souhaiter d’autres vertus pour mes fils. Mais j’ai peur pour eux [...] des liaisons dĂ©gradantes [...] Vous aurez Ă  cƓur de le retenir.


De retour chez lui, Édouard remarque qu'Olivier va mieux.
— Il faut que tu me promettes [...] de ne jamais chercher Ă  savoir pourquoi j’ai voulu me tuer [...] il ne faut pas que tu penses que c’est Ă  cause de quelque chose de mystĂ©rieux dans ma vie, quelque chose que tu ne connaĂźtrais pas. [...]

Olivier : son caractĂšre peu Ă  peu se dĂ©forme. Il commet des actions profondĂ©ment contraires Ă  sa nature et Ă  ses goĂ»ts — par dĂ©pit et par violence. Un abominable dĂ©goĂ»t de lui-mĂȘme s'ensuit.

XI. — Passavant reçoit Édouard, puis Strouvilhou.



Édouard se rend le matin suivant chez Passavant pour rĂ©cupĂ©rer les affaires d'Olivier. Il pensait que Passavant ferait des difficultĂ©s, ce n'est pas le cas. Passavant essaye de l'attrister en lui montrant une lettre de Lilian :
My dear,
Qui sait oĂč nous serons quand cette lettre qu’il emporte vous atteindra ? Peut-ĂȘtre sur les bords de la Casamance ? [...]
Ah ! dear, il faut vivre sur un yacht pour apprendre Ă  connaĂźtre l’ennui. [...] Savez-vous Ă  quoi je me suis occupĂ©e depuis lors ? À haĂŻr Vincent. Oui, mon cher, l’amour nous paraissant trop fade, nous avons pris le parti de nous haĂŻr. [...]


Voyant que cela laisse Édouard indiffĂ©rent, il change de sujet :
— Vous savez que j’avais pensĂ© Ă  Olivier pour la direction d’une revue ? Naturellement, il n’en est plus question.
— Cela va sans dire !
Passavant [...] comprit au ton d’Édouard qu’il venait de faire son jeu [...] Tous deux se quittùrent sur un salut des plus froids.


Passavant reçoit ensuite Strouvilhou, qu'il veut faire parler pour voir s'il ferait un bon directeur pour sa revue :
— Je dois vous avouer que, de toutes les nausĂ©abondes Ă©manations humaines, la littĂ©rature est une de celles qui me dĂ©goĂ»tent le plus. [...] Nous vivons sur des sentiments admis et que le lecteur s’imagine Ă©prouver, parce qu’il croit tout ce qu’on imprime [...] Ces sentiments sonnent faux comme des jetons. [...] Je vous en avertis si je dirige une revue, ce sera pour [...] y dĂ©monĂ©tiser tous les beaux sentiments, et ces billets Ă  ordre : les mots.

XII. — Journal d’Édouard : Édouard reçoit Douviers, puis Profitendieu.



Écrit trente pages des Faux-Monnayeurs, sans hĂ©sitation, sans ratures. [...] Tout le drame surgit de l’ombre, trĂšs diffĂ©rent de ce que je m’efforçais en vain d’inventer.

Édouard rencontre FĂ©lix Douviers, le mari de Laura :
J’étais fermement rĂ©solu Ă  ne point lui livrer le nom du sĂ©ducteur ; mais, Ă  ma surprise, il ne me l’a pas demandĂ©. Je crois que sa jalousie retombe dĂšs qu’il ne se sent plus contemplĂ© par Laura. [...] Il se promet d’aimer l’enfant comme il aimerait le sien propre.

Les personnages qui, d’un bout Ă  l’autre du roman ou du drame, agissent exactement comme on aurait pu le prĂ©voir
 On propose Ă  notre admiration cette constance, Ă  quoi je reconnais au contraire qu’ils sont artificiels et construits.

Reçu la visite, bien inattendue, de Monsieur le juge d’instruction Profitendieu.
— Depuis quelque temps, des piùces de fausse monnaie circulent. [...] Je sais que le jeune Georges [...] est un de ceux qui s’en servent et les mettent en circulation. [...] Vous ne feriez [...] pas mal de l’effrayer un peu [...]

Mais soudainement, le juge d'instruction se met Ă  parler de son fils Bernard, avec beaucoup d'Ă©motion.
— Ce que vous seul pouvez lui dire, c’est que je ne lui en veux pas, [...] que je n’ai jamais cessĂ© de l’aimer
 comme un fils. [...] et sa mĂšre m’a quitté  oui, dĂ©finitivement [...]

Gide parle de ce retournement dans son Journal des Faux Monnayeurs :
Profitendieu est à redessiner complÚtement. Je ne le connaissais pas suffisamment, quand il s'est lancé dans mon livre. Il est beaucoup plus intéressant que je ne le savais.

XIII. — Bernard et l’ange.



Bernard a reçu son bac, mais il n'a personne avec qui partager cette bonne nouvelle. Il erre dans le jardin du Luxembourg, et rencontre un ange
 L'ange emmùne Bernard dans un meeting politique et l'invite à s'engager.
L’orateur [...] enseignait un moyen certain de ne jamais se tromper, qui Ă©tait de renoncer Ă  jamais juger par soi-mĂȘme, mais bien de s’en remettre toujours aux jugements de ses supĂ©rieurs.
— Ces supĂ©rieurs, qui sont-ils ? demanda Bernard ; et soudain une grande indignation s’empara de lui.

Bernard et l'ange luttĂšrent jusqu’à l’aube. L’ange se retira sans qu’aucun des deux fĂ»t vainqueur.


XIV. — Bernard chez Édouard.



Bernard sonne chez Édouard, il a Ă©tĂ© mis Ă  la porte de la pension Vedel, Ă  cause de sa relation avec Sarah.
Bernard [...] au début, parfaitement insubordonné. Se motive, précise et limite tout le long du livre, à la faveur de ses amours.

Édouard lui rapporte alors les paroles de son pùre :
— Ce n’est pas chez moi que vous devriez coucher ce soir, mais chez lui. Il vous attend.
Bernard cependant se taisait.
— Je vais y rĂ©flĂ©chir, dit-il enfin.


XV. — Journal d’Édouard L’entretien avec Georges.



Édouard rend visite Ă  Georges pour arrĂȘter son trafic de fausses piĂšces. PlutĂŽt que de le sermonner directement, Édouard dĂ©cide alors de lui faire lire un passage de son roman :
Ce geste, maintenant, me paraĂźt absurde. Mais prĂ©cisĂ©ment, dans mon roman, c’est par une lecture semblable que je pensais devoir avertir le plus jeune de mes hĂ©ros.

— Eudolfe est un nom ridicule. [...] qu’est-ce qu’il devient ensuite ?
— Je ne sais pas encore. Cela dĂ©pend de toi.
— Alors, si je vous comprends bien, c’est moi qui dois vous aider à continuer votre livre.
Je compris alors seulement mon erreur. [...] Georges se trouvait flattĂ© d’avoir occupĂ© si longtemps ma pensĂ©e. Il se sentait intĂ©ressant.

— Le juge d'instruction Profitendieu m’a chargĂ© de t’avertir qu’il savait que tu faisais circuler des fausses piĂšces
[...] si vous ne cessez pas aussitĂŽt ce trafic, toi et tes copains, il se verrait forcĂ© de vous coffrer.


XVI. — Armand vient voir Olivier.



Olivier rend visite à son ami Armand, il a été nommé rédacteur en chef de la revue de Passavant, pour le remplacer.
— Veux-tu savoir la composition de notre premier numĂ©ro ? [...] Mon Vase nocturne ; [...] un dialogue de Jarry ; des poĂšmes en prose du petit GhĂ©ridanisol [...] et puis le "Fer Ă  repasser", un essai [...] qui s'occupe de tirer au clair ce qu'on entend par "chef-d'oeuvre". Par exemple, [...] nous allons donner une reproduction de La Joconde, Ă  laquelle on a collĂ© une paire de moustaches. Tu verras, mon vieux : c’est d’un effet foudroyant.

Dans ce passage, André Gide se moque du mouvement Dada et notamment de Marcel Duchamp qui a détourné Joconde en l'affublant de moustaches et en l'intitulant LHOOQ. LHOOQ date de 1919, Alfred Jarry est mort en 1907.
Il n'est sans doute pas adroit de situer l'action de ce livre avant la guerre et d'y faire entrer des prĂ©occupations historiques ; je ne puis tout Ă  la fois ĂȘtre rĂ©trospectif et actuel.

Enfin Armand montre Ă  Olivier une lettre qu'il vient de recevoir d'Alexandre, son grand-frĂšre parti aux colonies, et qui a Ă©tabli un commerce sur les bords de la Casamance.

Dans sa lettre, Alexandre raconte qu'il a rencontré un jeune homme un peu fou qui dans un état de demi-sommeil parle de mains coupées, et qui a vraisemblablement noyé sa compagne. Olivier ne se doute pas que cette lettre parle de Vincent.

XVII. — La confrĂ©rie des hommes forts.



Madame Sophroniska apporte une triste nouvelle : Bronja est morte aprĂšs avoir attrapĂ© froid lors de son retour en Pologne. À partir de ce moment-lĂ , Boris est de plus en plus isolĂ©.
La ConfrĂ©rie des Hommes forts n’eut pour raison d’ĂȘtre d’abord que le plaisir de n’y point admettre Boris. Mais il apparut Ă  GhĂ©ridanisol bientĂŽt qu’il serait au contraire bien plus pervers de l’y admettre ; ce serait le moyen de l’amener [...] Ă  quelque acte monstrueux. Il s’agissait d’inventer une « Ă©preuve » Ă  laquelle serait tenu de se soumettre celui des affiliĂ©s qui serait dĂ©signĂ© par le sort.

Comme convenu avec les deux autres, Ghéridanisol s'arrange pour que le nom de Boris sorte du chapeau.

XVIII. — Le suicide de Boris.



L’étude avait commencĂ© Ă  cinq heures et devait durer jusqu’à six. C’est Ă  six heures moins cinq, [...] que Boris devait en finir.
— Encore cinq minutes.

Presque aussitĂŽt [...], Boris [...] s’avança jusqu’à la place marquĂ©e. [...] La PĂ©rouse [...] ne comprit pas ce que faisait son petit-fils [...] Mais soudain il reconnut le pistolet ; Boris venait de le porter Ă  sa tempe. [...] Le coup partit. [...] Un instant le corps se maintint, comme accrochĂ© dans l’encoignure ; puis la tĂȘte, retombĂ©e sur l’épaule, l’emporta ; tout s’effondra.


Pour Ă©crire son roman, Gide est parti de deux faits divers :
L'affaire des faux-monnayeurs anarchistes du 7 et 8 aoĂ»t 1907 — et la sinistre histoire des suicides d'Ă©coliers de Clermont-Ferrand (5 juin 1909). Fondre cela dans une seule et mĂȘme intrigue.

Rachel craint la ruine. Quatre familles ont dĂ©jĂ  retirĂ© leurs enfants. Je n’ai pu dissuader Pauline de reprendre Georges auprĂšs d’elle ; d’autant que ce petit, profondĂ©ment bouleversĂ© par la mort de son camarade, semble dispos Ă  s’amender. [...] Armand, soucieux malgrĂ© ses airs cyniques, [...] offre Ă  la pension le temps que veut bien lui laisser Passavant [...]

La PĂ©rouse est plus pessimiste que jamais :
— Nous nous efforçons de croire que tout ce qu’il y a de mauvais sur la terre vient du diable ; mais c’est parce qu’autrement nous ne trouverions pas en nous la force de pardonner à Dieu. [...]

J’apprends par Olivier que Bernard est retournĂ© chez son pĂšre ; et, ma foi, c’est ce qu’il avait de mieux Ă  faire. En apprenant par le petit Caloub, fortuitement rencontrĂ©, que le vieux juge n’allait pas bien, Bernard n’a plus Ă©coutĂ© que son cƓur. Nous devons nous revoir demain soir, car Profitendieu m’a invitĂ© Ă  dĂźner avec Molinier, Pauline et les deux enfants. Je suis bien curieux de connaĂźtre Caloub.

Cette fin correspond bien à la volonté de Gide d'écrire un roman inachevé, comme il le précise dans son journal :
[Ce roman] s'achÚvera brusquement, non point par l'épuisement du sujet, qui doit donner l'impression de l'inépuisable, mais au contraire, par son élargissement et par une sorte d'évasion de son contour. Il ne doit pas se boucler, mais s'éparpiller, se défaire


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