Douze figures structurelles
Plus évidentes qu’il n’y paraît
Voici douze figures de style faciles à repérer, parce qu’elles sont très visuelles : elles reposent sur des effets de répétition.
Pour faciliter la compréhension, j’ai pris tous les exemples d’un même poème de Lamartine : Le Lac, et je les ai classés en trois parties.
Figures de répétition
📐 D’abord, les figures de répétition
• Quand on répète un même élément en tête de vers, c’est l’anaphore rhétorique. Par exemple, le poète s’adresse ici directement au lac :
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ;
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.
Le retour de l’adverbe « ainsi » en tête de vers crée un effet d’ampleur : un refrain qui ravive ici un souvenir nostalgique.
• Autre figure de répétition, coup sur coup, c’est l’épanalepse :
Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
Cette répétition à l’identique marque une émotion forte !
• Mais quand un mot est répété avec un sens plus profond, c’est l’antanaclase :
Assez de malheureux ici-bas vous implorent :
Coulez, coulez pour eux ;
Ici, le verbe « couler » d’abord très concrètement l’eau qui coule, prend un sens philosophique : le temps passe irrémédiablement.
• Parfois cette répétition révélatrice se fait avec une variation grammaticale : c’est le polyptote.
Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours !
Figures géométriques
📐 D’autres figures sont géométriques.
• Le parallélisme : c’est le retour, non pas d’un mot, mais d’une structure syntaxique :
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons !
Ce qui est répété ici, c’est la négation, puis l’assertion. Le parallélisme a cet effet puissant : il crée des rapprochements implicites.
• Mais ici il se passe aussi autre chose, regarde : le poète reprend « les hommes » et « le temps » mais en miroir : c’est un chiasme ! Ça permet de mettre en correspondance ou en opposition deux idées.
• Parfois, un même mot crée une transition : il vient clore un élément pour en ouvrir un autre. C’est l’anadiplose :
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés [...]
• L’épanadiplose, c’est l’inverse : on retrouve un même élément au début, et à la fin d’une structure.
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.
Ces deux figures viennent créer un effet de succession obstinée : les vagues se renouvellent et se succèdent comme les jours et les nuits.
Figures de mouvement de la pensée
📐 Enfin, ces figures illustrent aussi les mouvements de la pensée.
• D’abord, en la prolongeant, parfois de manière inattendue.
C’est l’hyperbate :
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !
Une information supplémentaire est mise en valeur ici : l’absence cruelle de l’être aimé. Lamartine a perdu Elvire, emportée par la tuberculose.
• La pensée peut aussi dévier à partir d’un verbe, c’est le zeugma :
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Ici le verbe « prendre les jours » (« dérober la vie ») devient « prendre les soins » (dans le sens de « alléger les soucis »).
• Parfois, la pensée se corrige, s’affine, se renforce. C’est l’épanorthose :
Ces moments d’ivresse [...]
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus ?
Ici le passage du temps devient de plus en plus douloureux.
À l’inverse quand la pensée est rompue par la syntaxe, c’est l’anacoluthe :
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : « Ils ont aimé ! »
Alors qu’on attendait le verbe de parole, le pronom « Tout » est repris et isolé pour devenir le sujet final : ce poème devient la voix universelle de l’amour !