Françoise de Graffigny, Lettres d’une péruvienne
Lettre XXXIV — Explication linéaire
C'est dans cette ignorance que l'on marie les filles, à peine sorties de l'enfance. Dès lors, il semble n'y avoir plus d'intérêt que les parents prennent à leur conduite, qu'elles ne leur appartiennent plus. La plupart des maris ne s'en occupent pas davantage. Il serait encore temps de réparer les défauts de la première éducation ; on n'en prend pas la peine.
Une jeune femme libre dans son appartement y reçoit sans contrainte les compagnies qui lui plaisent. Ses occupations sont ordinairement puériles, toujours inutiles, et peut-être au-dessous de l'oisiveté. On entretient son esprit tout au plus de frivolités malignes et insipides, plus propres à la rendre méprisable que la stupidité même. Sans confiance, son mari ne cherche pas à la former au soin des affaires, de sa famille et de sa maison. Elle ne participe au tout de ce petit univers que par la représentation. C'est une figure d'ornement pour amuser les curieux. Aussi, pour peu que l'humeur impérieuse se joigne au goût de la dissipation, elle donne dans tous les excès, passe rapidement de la dépendance à la licence, et bientôt elle arrache le mépris et l'indignation des hommes, malgré leur penchant et leur intérêt à tolérer les vices de jeunesse en faveur de ses agréments.
Quoique je te dise la vérité avec toute la sincérité de mon cœur, mon cher Aza, garde-toi bien de croire qu'il n'y ait point ici de femme de mérite. Il en est d'assez heureusement nées pour se donner à elles-mêmes ce que l'éducation leur refuse. L'attachement à leurs devoirs, la décence de leurs mœurs et les agréments honnêtes de leur esprit attirent sur elles l'estime de tout le monde. Mais le nombre de celles-là est si borné, en comparaison de la multitude, qu'elles sont connues et révérées par leur propre nom.
Introduction
Accroche
• Mme de Graffigny a beaucoup souffert de son mariage arrangé, avec François Huguet de Graffigny. Homme violent.
• Elle a réussi à obtenir le divorce, grâce à ses proches.
• 1752 : Lettre XXXIV dénonce le destin des jeunes filles.
Situation
• Absence d’instruction des filles pendant leur enfance.
• Puis, quand elles sont mariées, l’abandon qu’elles subissent.
• Point de vue de Zilia, jeune femme Inca qui découvre la France.
• Regard étranger, extérieur, faussement naïf : toucher les lecteurs de son époque (succès considérable).
Problématique
Comment cette lettre fictive, mettant en scène le regard de Zilia, parvient-elle à dénoncer le scandale de la condition féminine de l’époque en France ?
Mouvements de l'explication linéaire
Notre extrait est structuré par les trois évocations des femmes : « filles… jeune femme… femmes de mérite ».
1) D’abord, la dénonciation des mariages arrangés qui attendent les filles « à peine sorties de l’enfance ».
2) Ensuite, le scandale de la réification des femmes, c’est-à-dire qu’elle sont considérées comme des objets, Zilia parle même de « figure d’ornement » dans leur propre maison.
3) Enfin, l’extrait se termine sur une nécessaire réhabilitation des femmes, tout-à-fait capables d’ « égaler les hommes en mérite et en vertus ».
Premier mouvement :
La dénonciation des mariages arrangés
C'est dans cette ignorance que l'on marie les filles, à peine sorties de l'enfance. Dès lors, il semble n'y avoir plus d'intérêt que les parents prennent à leur conduite, qu'elles ne leur appartiennent plus. La plupart des maris ne s'en occupent pas davantage. Il serait encore temps de réparer les défauts de la première éducation ; on n'en prend pas la peine.
Dénoncer une ignorance dramatique
• Ce passage reprend le début de la lettre : « C’est dans cette ignorance ». Le présentatif et le démonstratif nous mettent devant les yeux les conséquences de l’éducation des femmes.
• Le terme « ignorance » est construit à partir d’un préfix privatif, avec la racine « nosco » = apprendre.
• Zilia décrit un piège : « dans cette ignorance ». La préposition « dans », en fait un lieu dans lequel les femmes tombent.
⇨ Dans ce premier mouvement, Zilia part de cette « première éducation » désastreuse (celle qui précède le mariage) pour nous décrire ce qui suit après le mariage.
Mettre en scène un regard étranger sur la société française
• Le point de vue est extérieur : « il semble ». Le verbe de perception à la forme impersonnelle incarne le regard de la femme inca se posant sur la société française.
• Ce verbe « sembler » est suivi du subjonctif lorsqu’il exprime une crainte, qu’elles « n’appartiennent » plus à leurs parents, et qu’alors ils se « désintéressent » d’elles.
• Ce regard est analytique et généralisant : « les filles ». Le pluriel, généralisant, représente bien l’ensemble des jeunes françaises.
⇨ Zilia a pour ainsi dire enquêté sur le destin des femmes françaises, elle a analysé leur parcours collectif.
Retracer le parcours des femmes
• Le mariage est un moment de basculement, marqué par le lien chronologique : « Dès lors ».
• Le mariage au XVIIIe siècle est un moment clé dans la vie d’une femme : « à peine sorties de l’enfance ». Le verbe « sortir » rend bien compte de ce parcours, par une métaphore spatiale.
• Le mariage intervient très tôt, trop tôt : « à peine sorties de l’enfance » Le modalisateur « à peine » révèle ce scandale.
• Les mariages sont arrangés : « on marie… on n’en prend pas la peine ». Le pronom indéfini représente les parents, la société.
⇨ Mme de Graffigny elle-même a été mariée à l’âge de 17 ans. Mais son cas particulier est représentatif.
Dénoncer un abandon généralisé
• Chacun des acteurs de la société se déresponsabilise, l’un après l’autre : « les parents… les maris ». Les articles définis au pluriel ont bien un sens généralisant.
• S’il y a des exceptions, elles sont rares : « la plupart des maris ». L’analyse est d’autant plus crédible qu’elle est nuancée.
• Les parents « n’ont plus d’intérêt » leur fille « ne leur appartient plus ». Les négations sont partielles, temporelles.
• Ensuite, les maris « ne s’en occupent pas » et la société « ne prend pas la peine ». Cette fois les négations sont totales.
⇨ Ces négations révèlent bien une gradation, une augmentation en intensité. Zilia dénonce un parcours de vie qui mène progressivement à l’abandon. Elle fait un jugement de moraliste.
Le jugement de la moraliste derrière le regard de Zilia
• Qui va donc orienter « leur conduite » ? Le possessif pluriel révèle l’importance d’avoir des repères moraux.
• La société entière est responsable : « il serait encore temps ». La forme impersonnelle permet de ne pas avoir de sujet précis.
• Mme de Graffigny exprime ses regrets à travers Zilia : « il serait encore temps ». Le conditionnel rend bien compte l’idée que rien n’est fait pour corriger cela.
• Rien n’est fait pour « réparer les défauts ». Ce terme péjoratif désigne les conséquences de l’éducation des femmes.
• Cela demanderait un effort : « prendre la peine ». Cette expression dénonce une absence de volonté collective.
⇨ Cette volonté collective est surtout de la responsabilité des hommes, puisque le pouvoir est de leur côté. La plupart des femmes ne peuvent que subir passivement ces mécanismes.
Deuxième mouvement :
Le scandale de la réification des femmes
Une jeune femme libre dans son appartement y reçoit sans contrainte les compagnies qui lui plaisent. Ses occupations sont ordinairement puériles, toujours inutiles, et peut-être au-dessous de l'oisiveté. On entretient son esprit tout au plus de frivolités malignes et insipides, plus propres à la rendre méprisable que la stupidité même. Sans confiance, son mari ne cherche pas à la former au soin des affaires, de sa famille et de sa maison. Elle ne participe au tout de ce petit univers que par la représentation. C'est une figure d'ornement pour amuser les curieux. Aussi, pour peu que l'humeur impérieuse se joigne au goût de la dissipation, elle donne dans tous les excès, passe rapidement de la dépendance à la licence, et bientôt elle arrache le mépris et l'indignation des hommes, malgré leur penchant et leur intérêt à tolérer les vices de jeunesse en faveur de ses agréments.
Une liberté qui semble illusoire
• La liberté est mise en avant (avec ironie) avec l’adjectif : « libre » et les CC de manière « sans contrainte… qui lui plaisent… »
• Cette liberté est tout de suite contredite par les CC de lieu : « dans son appartement… » et le pronom adverbial « y ».
• Ses choix sont dirigés par le seul plaisir : elle reçoit les gens « qui lui plaisent ». La subordonnée relative insiste dans ce sens.
• Cela va plus loin encore : « on entretient son esprit ». Le jeu des pronoms (indéfini « on » et possessif « son ») indique bien que ses choix sont en fait déterminés en amont par d’autres.
• Ainsi, ses fréquentations « les compagnies… » et ses activités « ses occupations » au pluriel, ne sont pas forcément saines.
⇨ Cette liberté apparente semble mener les femmes vers des fréquentations et activités qui sont interrogées par Zilia.
Des activités qui sont questionnées moralement
• Zilia décrit une situation généralisée : « ses activités sont… toujours… » le verbe d’état est au présent de vérité générale.
• L’ironie se trouve aussi dans les nuances : « ordinairement… toujours… peut-être ».
• C’est en réalité une gradation « puériles… inutiles… au-dessous de l’oisiveté. » Le jugement est de plus en plus sévère.
• L’adjectif « puérile » évoque l’enfance, le jeu, qui a encore une utilité. Mais la rime interne avec « inutile » vient lui enlever cette seule qualité. Les femmes sont occupées à de vains jeux.
• La situation spatiale : « au-dessous de l’oisiveté » est un jugement moral : il vaudrait mieux ne rien faire.
⇨ Cela hiérarchise les activités : la condamnation devient alors beaucoup plus explicite.
Puis vient le jugement moral sans appel
• Ce qu’on propose de meilleur « tout au plus » devient finalement ce qu’il y a de « plus méprisable ». Le jeu avec les comparatifs constitue un jugement moral sans appel.
• Le champ lexical des défauts moraux est énuméré, au pluriel, avec la rime interne « oisivetés… frivolités… stupidité ».
• Une véritable allégorie de la « stupidité » est représentée, comme un vice préférable encore à cette situation.
• La stupidité est moins « méprisable » que ces « frivolités malignes » : l’allitération en « m » souligne le mal.
⇨ Les femmes ne peuvent pas développer de comportement vertueux sans véritable liberté de pensée.
Le manque d’esprit est un piège moral
• Une première cause est énoncée : « sans confiance ». La préposition « sans » a un sens privatif. La virgule qui suit implique une conséquence.
• Comme il n’a pas confiance en elle, « son mari ne cherche pas à la former ». La négation est aggravée par le verbe « chercher » : il n’essaye même pas.
• Le sort de l’épouse se trouve dans les mains de « son mari ». Le pronom possessif désigne celui qui pourrait briser ce cercle.
• L’énumération est accablante : « des affaires, de sa famille, de sa maison ». La gradation apparaît dans les possessifs : elle ne sait pas s’occuper de ce qui est le plus proche d’elle.
⇨ Laissée à l’abandon et sans confiance, l’épouse devient un objet dans sa propre maison.
L’épouse est comparée à un meuble
• Son rôle est réduit au maximum : « Elle ne participe… que par la représentation ». Cette structure restrictive résume son rôle.
• Ce qui devrait être grand n’est qu’un « petit univers ».
• Le démonstratif « ce petit univers » et le présentatif « c’est une figure » dénoncent cette situation.
• Le champ lexical de la superficialité domine : « frivolités… représentation… ornement… curieux… ».
• L’épouse est réifiée (transformée en objet) avec la métaphore : « figure d’ornement ». La phrase très courte est cinglante.
⇨ La femme est déshumanisée. Ceux qui viennent la voir ne sont même pas des amis, mais des « curieux ». La liberté apparente est confisquée par des mécanismes insidieux.
Le mécanisme à l’œuvre dans le cercle vicieux
• Le raisonnement continue avec la conséquence : « aussi » et la condition : « pour peu que l’humeur… et le goût ». L’épouse ne peut que suivre des penchants qui n’ont rien de rationnel.
• Elle finit par donner « dans tous les excès ». C’est un véritable piège moral, décrit comme un lieu avec la préposition « dans ».
• L’expression est figée : « tous les excès » (hyperbole).
• Les adverbes de manière (« rapidement… bientôt ») insistent sur la vitesse du processus.
• La rime interne « de la dépendance à la licence » souligne l’antithèse entre les deux notions (noms communs féminins).
• Ce qui était « méprisable » se traduit bien par un véritable « mépris… ». Le polyptote illustre parfaitement le cercle vicieux.
⇨ La dépendance devient un piège moral, dont la responsabilité incombe surtout aux hommes.
Responsabilité des hommes
• Les hommes jugent, « malgré leur penchant » qui a justement favorisé ces conduites. C’est donc hypocrite.
• L’image de la mauvaise pente (« leur penchant ») est évocatrice.
• Avec la coordination « et leur intérêt », Zilia dénonce les avantages que les hommes tirent de femmes dépendantes.
• L’euphémisme « tolérer les vices » est très ironique : ils encouragent ce qu’ils font semblant de « tolérer » seulement.
• Le CC de but « en faveur de ses agréments » révèle l’intention cachée des hommes : le plaisir d’avoir une femme-objet.
⇨ L’épouse semble libre : en fait, elle dépend tellement de son mari qu’elle devient comme un objet, sans volonté rationnelle.
Troisième mouvement :
La nécessaire réhabilitation des femmes
Quoique je te dise la vérité avec toute la sincérité de mon cœur, mon cher Aza, garde-toi bien de croire qu'il n'y ait point ici de femme de mérite. Il en est d'assez heureusement nées pour se donner à elles-mêmes ce que l'éducation leur refuse. L'attachement à leurs devoirs, la décence de leurs mœurs et les agréments honnêtes de leur esprit attirent sur elles l'estime de tout le monde. Mais le nombre de celles-là est si borné, en comparaison de la multitude, qu'elles sont connues et révérées par leur propre nom. Ne crois pas non plus que le dérangement de la conduite des autres vienne de leur mauvais naturel. En général, il me semble que les femmes naissent ici bien plus communément que chez nous avec toutes les dispositions nécessaires pour égaler les hommes en mérite et en vertus.
Lien privilégié avec le lecteur
• La situation d’énonciation épistolaire est rappelée : « Quoique je te dise ». La 1ère et la 2ème personne du singulier entretiennent une certaine proximité.
• L’apostrophe « mon cher Aza » insiste sur la relation de confiance entre les deux personnages avec le possessif « mon ».
• Même si ces faits semblent incroyables, Zilia n’a rien inventé : « la vérité… la sincérité » sont soulignés par l’article défini.
• C’est un témoignage honnête : « avec toute la sincérité de mon cœur » (long CC de manière).
⇨ Le regard extérieur étranger de Zilia, et son lien à Aza, doivent surtout donner plus de force à une réelle critique sociale.
Réfuter les mauvaises interprétations
• Le lien de concession « Quoique » prépare ce qu’on appelle en rhétorique le moment de réfutation.
• L’impératif : « garde-toi bien » avec l’adverbe intensif qui insiste vient désamorcer la mauvaise interprétation.
• De même le verbe « croire » remet bien en cause l’hypothèse spontanée selon laquelle les femmes n’auraient pas de mérite.
• La négation totale est d’ailleurs particulièrement forte « qu’il n’y ait point ici » avec l'adverbe forclusif « point ».
• Le subjonctif (« qu’il n’y ait ») signale cette crainte : cela reste une hypothèse virtuelle, non vérifiée.
⇨ Zilia oriente l’interprétation : le problème ne provient pas des femmes, mais d’une organisation sociale écrasante.
Certaines femmes échappent à ce contexte écrasant
• Le contexte culturel français : « ici » est rappelé.
• Certaines « femmes de mérite » sont pourtant parvenues à échapper aux déterminismes très puissants.
• La forme impersonnelle : « Il en est… » présente une exception.
• Certaines dispositions naturelles (« heureusement nées ») leur ont permis de compenser les déterminismes.
• La forme pronominale « se donner » avec le complément « à elles-mêmes » insistent sur leur démarche autodidacte.
• Les trois possessifs « leurs devoirs, leurs mœurs, leur esprit » rendent hommage à ces femmes.
⇨ Mme de Graffigny pense certainement à son amie Émilie du Châtelet. Mais ces exemples ont une valeur universelle.
Des images qui prennent une ampleur universelle
• Une série de personnification vient amplifier son propos. D’un côté, « l’éducation leur refuse » sujet de la phrase, construit une véritable allégorie.
• De l’autre côté, « leurs devoirs, leurs mœurs, les agréments… » sont personnifiés avec le verbe « attirent ». Cela met en scène une véritable confrontation de valeurs opposées.
• La force morale de ces femmes est présentée sous la forme d’une gradation : ce qui n’est d’abord qu’un « attachement à leurs devoirs » devient la simple « décence » et enfin une véritable « honnêteté ».
• Il en résulte une « estime » qui remplace le « mépris » des mouvements précédents.
⇨ Malgré une société décadente, le mérite continue d’être reconnu par « tout le monde » : les hommes et les femmes.
Ces exceptions sont trop rares mais révélatrices
• Le lien d’opposition « mais » vient introduire le regret : cela reste malheureusement exceptionnel.
• Le petit « nombre » s’oppose à « la multitude ».
• L’intensif « si borné » insiste sur ce nombre limité.
• Néanmoins, ces exceptions sont montrées du doigt avec le démonstratif : « celles-là ».
• Elle ont de l’« estime », puis elles sont « connues » et enfin « révérées » (gradation dans le sens de la reconnaissance).
• Le CC de manière « par leur propre nom » prolonge la phrase.
⇨ Elles devraient être reconnues en tant que femme.
Conclusion
Bilan
• Notre extrait commence par une véritable dénonciation des mariages arrangés. Au sortir de l’enfance, les femmes sont laissées dans une ignorance dramatique.
• Ainsi, la jeune épouse devient un objet, sa liberté est illusoire, car, privée de connaissance dans une société dominée par les hommes, elle ne peut plus développer son propre mérite.
• Le passage se termine par une nécessaire réhabilitation des femmes : dès qu’elle sont libérées de ce cadre mortifère, les femmes se montrent aussi brillantes que les hommes.
Ouverture
Presque quarante ans plus tard, après la Révolution française, Olympe de Gouges revendique ces idées des Lumières pour réclamer l’égalité entre les hommes et les femmes :
Dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l'ignorance la plus crasse, [l’homme] veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles.
Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791.
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Francisco de Goya, La Poésie et les poètes (retouché), vers 1790.