Couverture du livre Lettres d'une Péruvienne de Graffigny

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Couverture pour Lettres d'une Péruvienne

Françoise de Graffigny, Lettres Péruviennes.
ƒuvre abrĂ©gĂ©e et commentĂ©e




En 1747, Françoise de Graffigny s’inspire des Lettres persanes de Montesquieu pour Ă©crire une Ɠuvre extraordinaire : Les Lettres d’une PĂ©ruvienne.

C’est aussi un roman Ă©pistolaire (une correspondance fictive). Mais ici celle qui Ă©crit n’est pas un prince persan en voyage
 Zilia est une Inca, mise en captivitĂ© : et ça, ça change beaucoup de choses


Le dĂ©centrement est triple : d’abord, la civilisation Inca est trĂšs Ă©loignĂ©e de la culture occidentale. Ensuite, Zilia a perdu son rang social : elle incarne le point de vue d’une esclave.

Enfin, Mme de Graffigny met en valeur le point de vue fĂ©minin de Zilia (ce qui est rare Ă  l’époque). Son regard sur la condition fĂ©minine au XVIIIe siĂšcle garde une certaine actualité 

Ce qui est fascinant, c’est que cette Ɠuvre a Ă©tĂ© oubliĂ©e durant tout le XIXe siĂšcle, et redĂ©couverte seulement dans les annĂ©es 1960 par les recherches fĂ©ministes.

Cela montre bien comment le mouvement des LumiĂšres, qui a beaucoup marquĂ© Mme de Graffigny, continue de nourrir les luttes pour l’émancipation.

Dans cette vidĂ©o, je te raconte l’histoire de Zilia, lettre par lettre, avec les citations essentielles, et je t’explique les enjeux au fur et Ă  mesure.

Si tu apprécies cette démarche, tu trouveras sur mon site de grands classiques résumés et expliqués, avec les dissertations, les explications linéaires, en vidéo, fiches PDF, quiz, etc.

Avertissement



Dans cet avertissement, Mme de Graffigny explique sa dĂ©marche... D’abord, elle s’indigne de nos prĂ©jugĂ©s sur les incas :
À peine accordons-nous une Ăąme pensante Ă  ces peuples malheureux, cependant leur histoire est entre les mains de tout le monde ; nous y trouvons [...] la soliditĂ© de leur philosophie.

Ce peuple qui a subi la violence des conquĂȘtes, a sa propre sagesse. Mais on verra que Mme de Graffigny en profite pour nous transmettre des valeurs universelles, issues des LumiĂšres. Le projet littĂ©raire moraliste se mĂȘle Ă  un projet philosophique.

Ces petites cartes qui apparaissent sur les citations, ce sont des thĂšmes-clĂ©s parfaits pour une fiche de lecture, un sujet de dissertation, d’exposĂ© ou mĂȘme de mĂ©moire.

Pour Ă©crire son roman, Françoise de Graffigny s’est beaucoup documentĂ©e sur la civilisation inca. Elle a lu notamment Los Commentarios Reales de los Incas de Garcilaso de La Vega.

Mais elle prend des libertĂ©s avec l’Histoire. La conquĂȘte du PĂ©rou a eu lieu au XVIe siĂšcle. Mme de Graffigny la transpose au XVIIIe siĂšcle, pour mieux toucher ses contemporains.

À la fin de cette prĂ©face, Mme de Graffigny dit que toutes ces lettres ont Ă©tĂ© traduites par Zilia elle-mĂȘme, aprĂšs avoir appris le français. Les premiĂšres seraient mĂȘme des Quipos : ces cordons que les incas utilisaient pour noter des Ă©vĂ©nements.

Toute cette mise en scĂšne fictive crĂ©e un effet d’immersion, et surtout, donne aux critiques de Zilia la force de la naĂŻvetĂ© :
On a Ă©tĂ© scrupuleux de ne rien dĂ©rober Ă  l’esprit d’ingĂ©nuitĂ© [de] cet ouvrage. On s’est contentĂ© [d’en] donner une tournure plus intelligible, [...] sans changer le fond de la pensĂ©e.

La forme Ă©pistolaire est idĂ©ale pour donner la parole Ă  Zilia : jeune femme inca arrachĂ©e Ă  son monde, son regard distant va nous en apprendre beaucoup sur nous-mĂȘmes.

PremiĂšre partie



LETTRE PREMIÈRE
L’enlùvement de Zilia



Zilia Ă©crit Ă  Aza, le prince qu’elle devait Ă©pouser, car ils partagent un mĂȘme sang royal. Mais des barbares pillent la ville de Cuzco, le temple oĂč elle est prĂȘtresse, et l’enlĂšvent !
Les cris de ta tendre Zilia, tels qu'une vapeur du matin, [...] se dissipent avant d'arriver jusqu'Ă  toi ; [...] en vain j'attends que tu viennes briser les chaĂźnes de mon esclavage !

DĂšs les premiers mots, le langage trĂšs poĂ©tique de Zilia crĂ©e un effet d'exotisme et nous plonge dans le point de vue d’une Inca, qui dĂ©nonce la cruautĂ© des conquistadors :
Quel est le peuple assez fĂ©roce pour n'ĂȘtre point Ă©mu aux signes de la douleur ? Les barbares MaĂźtres d'Yalpor, fiers de la puissance d'exterminer ! La cruautĂ© est le seul guide de leurs actions.

Yalpor, c'est le nom Inca du dieu du tonnerre, il dĂ©signe en fait les fusils des occidentaux. Mme de Graffigny dĂ©nonce la violence des conquĂȘtes tout en imprĂ©gnant le discours de Zilia de rĂ©fĂ©rences culturelles incas.

LETTRES 2 Ă  5
La rencontre avec Déterville



Zilia rappelle avec émotion à Aza leur premiÚre rencontre, puis raconte son enlÚvement, dans un bùtiment qui se balance (on devine qu'il s'agit d'un bateau).
Cette maison, comme suspendue et ne tenant point à la terre, [...] dans un balancement continuel. [...] recevait des ébranlements tels que la terre en éprouvera, lorsque la lune en tombant réduira l'univers en poussiÚre.

En Ă©coutant ceux qui l’entourent, Zilia comprend qu’elle a Ă©tĂ© vendue par les Espagnols Ă  des personnes d’une autre nation, plus aimables, mais d’une politesse Ă©trange, presque excessive. C’est un premier aperçu de la sociĂ©tĂ© française.
Un certain empressement [...] prĂ©vient en leur faveur ; mais je remarque des contradictions dans leur conduite.

À son chevet, elle dit qu’un « Cacique Â» (un chef) se montre trĂšs attentionnĂ©. Le lecteur devine que c’est un officier français dĂ©jĂ  amoureux d’elle ! Zilia de son cĂŽtĂ© suppose que cette dĂ©votion qu’il lui tĂ©moigne, est religieuse.
Cette Nation ne serait-elle point idolĂątre ? Je n'ai encore vu faire aucune adoration au Soleil ; peut-ĂȘtre prennent-ils les femmes pour l'objet de leur culte ?

LETTRES 6 Ă  9
La tentative de suicide



Zilia peut enfin s’approcher de la fenĂȘtre, et lĂ , horreur ! Elle voit une Ă©tendue d’eau infinie : elle est tentĂ©e de se jeter Ă  la mer

Que la Mer abßme à jamais dans ses flots ma tendresse malheureuse, ma vie et mon désespoir.

Heureusement, ses gardiens l’en empĂȘchent, et elle regrette d'avoir cĂ©dĂ© au dĂ©sespoir. C’est le dĂ©but d’une rĂ©flexion sur le sens de la vie, le bonheur, et le malheur, parcours qu’elle va suivre jusque dans les derniĂšres lettres.

Le Cacique arrive, la mĂšne Ă  la fenĂȘtre, et la fait regarder dans une longue-vue, pour lui montrer qu'ils approchent de la terre.
Par un prodige incomprĂ©hensible [...] il m'a fait voir la terre dans un Ă©loignement oĂč, sans le secours de cette merveilleuse machine, mes yeux n'auraient pu atteindre.

Peu Ă  peu, Zilia comprend quelques mots : il s'appelle DĂ©terville, il vient de France. Saura-t-il la respecter ? Il a tout pouvoir sur elle, et lui fait dire des mots qu’elle ne comprend pas encore

DĂšs que j'ai rĂ©pĂ©tĂ© aprĂšs lui « je vous aime Â» [...] la joie se rĂ©pand sur son visage.

LETTRES 10 Ă  12
L’arrivĂ©e en France



Enfin, ils abordent dans dans un port qui impressionne Zilia par sa taille (probablement Marseille). Une fois logĂ©e, Zilia dĂ©couvre pour la premiĂšre fois son reflet dans un miroir !
J'ai vu dans l'enfoncement une jeune personne habillĂ©e comme une vierge du Soleil. J'ai couru vers elle Ă  bras ouverts. Quelle surprise [...] de ne trouver qu'une rĂ©sistance impĂ©nĂ©trable !

DĂ©terville l’emmĂšne ensuite en sociĂ©tĂ© oĂč elle suscite de l’étonnement, des rires, mais aussi des compliments.
Je crus dĂ©mĂȘler que la singularitĂ© de mes habits causait [cette] surprise. [...] Je ne pensai plus qu'Ă  leur persuader par ma contenance, que mon Ăąme ne diffĂ©rait pas tant de la leur.

Elle s’étonne des maniĂšres des français : toujours agitĂ©s, en mouvement, et en cela, trĂšs diffĂ©rents des Incas.
À juger [...] par la vivacitĂ© de leurs gestes, je suis sĂ»re qu’ils [...] prendraient notre air [...] modeste pour de la stupiditĂ©, et la gravitĂ© de notre dĂ©marche pour un engourdissement.

DĂ©terville lui a donnĂ© une « China Â», c'est-Ă -dire une servante, qui l’aide Ă  mettre de nouveaux habits. Quand il la voit, DĂ©terville est trĂšs Ă©mu :
Il parut vouloir me prendre dans ses bras, puis s'arrĂȘtant tout Ă  coup, il me serra fortement la main en prononçant d'une voix Ă©mue : Non, le respect, sa vertu...

Les sentiments de DĂ©terville sont visibles, et son geste montre ici qu’il a choisi de respecter cette femme. Mme de Graffigny dĂ©veloppe ainsi une intrigue amoureuse secondaire.

Puis Zilia trouve un autre « prodige Â» : une chambre roulante, tirĂ©e par des espĂšces de Lamas — bien sĂ»r, c’est un carrosse

Que les prodiges sont familiers en ce pays ! Je sentis cette machine ou cabane, je ne sais comment la nommer, [...] se mouvoir.

Le voyage à travers la France est long, mais Zilia, qui a grandi captive dans un temple, est bouleversée par les paysages.
Que les bois sont dĂ©licieux mon cher Aza ! Si les beautĂ©s du Ciel et de la terre nous emportent loin de nous par un ravissement involontaire, celles des forĂȘts nous y ramĂšnent par un attrait [...] dont la seule nature a le secret.

Pour Mme de Graffigny, la nature suit des lois morales altĂ©rĂ©es par nos sociĂ©tĂ©s artificielles. VĂ©ritable dĂ©bat dans le courant des LumiĂšres, Mme de Graffigny est plus proche d’un philosophe comme Rousseau, que de Voltaire, Ă  ce sujet.

LETTRES 13 Ă  15
La famille de Déterville



ArrivĂ©e Ă  Paris, Zilia s’émerveille de la hauteur des maisons :
[Les maisons] sont si prodigieusement élevées, qu'il est plus facile de croire que la nature les a produites telles qu'elles sont, que de comprendre comment des hommes ont pu les construire.

On retrouve ici un clin d’Ɠil aux Lettres persanes de Montesquieu :
Paris est aussi grand qu'Ispahan : les maisons y sont si hautes, qu'on jugerait qu'elles ne sont habitĂ©es que par des astrologues.

Ensuite, DĂ©terville prĂ©sente Zilia Ă  sa famille. Sa mĂšre et son frĂšre aĂźnĂ© sont froids et dĂ©daigneux, alors que sa sƓur, CĂ©line, du mĂȘme Ăąge que Zilia, se distingue par sa douceur.

Zilia voit en CĂ©line et en DĂ©terville des qualitĂ©s plus proches de celles de incas :
Les maniĂšres simples, la bontĂ© naĂŻve, [...] de CĂ©line feraient volontiers penser qu'elle a Ă©tĂ© Ă©levĂ©e parmi nos Vierges. La douceur honnĂȘte, le tendre sĂ©rieux de son frĂšre, persuaderaient facilement qu'il est nĂ© du sang des Incas.

LETTRES 16 Ă  18
Découvertes culturelles



DĂ©terville emmĂšne Zilia au théùtre. D’abord, une tragĂ©die oĂč elle ne voit que des personnages Ă©crasĂ©s par les passions et le malheur ; ensuite, un opĂ©ra joyeux, avec chants et danses, qu’elle prĂ©fĂšre nettement. Elle oppose les deux spectacles :
Celui-là est cruel, effrayant, révolte la raison, et humilie l'humanité. Celui-ci, amusant, agréable, imite la nature et fait honneur au bon sens.

Zilia pose une vraie question morale : faut-il vraiment montrer le vice pour conduire Ă  la vertu ? Chez les Incas, c’est tout l’inverse :
Notre Nation [...] chĂ©rit le bien par ses propres attraits ; il ne nous faut que des modĂšles de vertu pour devenir vertueux.

Elle souligne aussi la force universelle de la musique :
L'intelligence des sons [semble] universelle, car il ne m'a pas été plus difficile de m'affecter des différentes passions que l'on a représentées, que si elles eussent été exprimées dans notre langue.

À la sortie, un jeune homme glisse un mot Ă  CĂ©line, qui se met Ă  trembler
 C’est une relation interdite. Zilia, elle, ne peut pas encore comprendre les enjeux du mariage en France

Sur le peu que je devinai de leur entretien, j'aurais pensé qu'elle aimait le jeune homme [...] s'il était possible qu'on s'effrayùt de la présence de ce qu'on aime.

Mais en apprenant le français, la lecture et l’écriture avec un professeur particulier, elle rĂ©alise toute la complexitĂ© de la sociĂ©tĂ© qui l’entoure.
À mesure que j'en ai acquis l'intelligence, un nouvel univers s'est offert Ă  mes yeux. les objets ont pris une autre forme, chaque Ă©claircissement m'a dĂ©couvert un nouveau malheur !

C’est un moment clĂ© du rĂ©cit, parce que Zilia garde son regard Ă©tranger extĂ©rieur, mais sa naĂŻvetĂ© laisse place Ă  une capacitĂ© d’analyse qui lui permettra de forger, puis d’assumer son indĂ©pendance d’esprit.

LETTRES 19 et 20
Les injustices de la société française



Zilia dĂ©couvre les inĂ©galitĂ©s de la sociĂ©tĂ© française, Ă  l’opposĂ© du modĂšle inca oĂč les puissants protĂšgent leurs sujets :
Au lieu que le Cacique [pourvoit] Ă  la subsistance de ses peuples, en Europe les Souverains [la tirent] de leurs sujets ; aussi [...] les malheurs viennent-ils presque tous des besoins mal satisfaits.

Un Ă©vĂ©nement terrible arrive alors : DĂ©terville part Ă  la guerre, et sa mĂšre en profite pour placer CĂ©line et Zilia chez les religieuses.
La DivinitĂ© du pays exige qu'elles renoncent Ă  tous ses bienfaits, aux connaissances de l'esprit, aux sentiments du cƓur, et je crois mĂȘme Ă  la raison, du moins leurs discours le font-ils penser.

Céline, séparée de son amoureux et dépossédée de son héritage au profit de son frÚre aßné, est abattue. Zilia, isolée, se tourne vers les livres, qui deviennent pour elle une source de salut.
Je comprends qu'ils sont Ă  l'Ăąme ce que le Soleil est Ă  la terre, et que je trouverais avec eux toutes les lumiĂšres, tous les secours dont j'ai besoin.

Ce pluriel au mot « lumiĂšres Â» n’est pas anodin : le mouvement des LumiĂšres interroge le pouvoir politique, les relations sociales, la notion de bonheur et bien sĂ»r, la Religion


Lettres 21 et 22
Rencontre avec un prĂȘtre



Zilia rencontre un prĂȘtre français, qu'elle appelle Cusipata. Il lui explique la religion chrĂ©tienne, et Zilia en admire la morale, mais s’étonne du dĂ©calage avec les pratiques des français

De la façon dont il m'a parlé des vertus qu'elle prescrit, elles sont tirées de la Loi naturelle [...] mais je n'ai pas l'esprit assez subtil pour apercevoir [leur] rapport [...] avec les usages de la nation.

Par contre, le dĂ©dain du prĂȘtre pour la religion des Incas la choque beaucoup. Alors qu’elle pourrait lui rĂ©pondre que la vie de JĂ©sus n’est pas plus vraisemblable que celle de Manco Capac, elle choisit la tolĂ©rance :
Si les lois de l'humanité défendent de frapper son semblable, [...] à plus forte raison ne doit-on pas blesser son ùme par le mépris de ses opinions.

Mais voilĂ  qu’il se met Ă  condamner sa relation avec Aza : s’il est du mĂȘme sang qu’elle, leur amour est un pĂ©chĂ©, un crime ! C’en est trop pour Zilia, qui s’emporte :
À ces paroles insensĂ©es, la plus vive colĂšre s'empara de mon Ăąme, j'oubliai la modĂ©ration que je m'Ă©tais prescrite, je l'accablai de reproches, [...] et sans attendre ses excuses, je le quittai.

LETTRES 23 Ă  25
Le retour de Déterville



DĂ©terville est de retour ! Il est Ă©merveillĂ© par les progrĂšs de Zilia, qui parle français. TouchĂ©e par tout ce qu’il a fait pour elle, elle lui dit « je vous aime Â», mais il se demande ce qu’elle veut dire.
— Vous ne parlez pas assez bien français pour dĂ©truire mes justes craintes [...] Quel sens attachez-vous Ă  ces mots : je vous aime ?
— Ces mots [...] doivent, je crois, vous faire entendre [...] que l'amitiĂ© et la reconnaissance m'attachent Ă  vous.


Zilia prĂ©cise que son amour est pour Aza : elle veut le retrouver Ă  tout prix. DĂ©terville, blessĂ© dans ses sentiments, mais fidĂšle au respect qu’il tĂ©moigne Ă  Zilia, lui promet de l’aider :
— Oui, s'il est possible, je serai le seul malheureux. Vous connaĂźtrez ce cƓur que vous dĂ©daignez, [...] et je vous forcerai au moins Ă  me plaindre.

Un nouveau drame survient alors : la mĂšre de DĂ©terville meurt et lĂšgue tous ses biens au fils aĂźnĂ©. DĂ©terville doit repartir pour dĂ©fendre l’hĂ©ritage de CĂ©line.

Lettres 26 et 27
Deux bonnes nouvelles



DĂ©terville revient avec une premiĂšre bonne nouvelle : CĂ©line a gagnĂ© son procĂšs ! Elle rĂ©cupĂšre son hĂ©ritage, elle peut quitter le couvent et Ă©pouser l’homme qu’elle aime !

DeuxiĂšme bonne nouvelle : DĂ©terville a retrouvĂ© la trace d’Aza, en sĂ©curitĂ© Ă  la cour d'Espagne, et, malgrĂ© ses propres sentiments pour Zilia, promet de le faire venir Ă  Paris.

CĂ©line et DĂ©terville font alors Ă  Zilia un don extraordinaire : quatre coffres d’objets sauvĂ©s du Temple du Soleil. Zilia se trouble : un tel don est trĂšs gĂȘnant, selon les usages français. DĂ©terville la rassure : ces trĂ©sors lui reviennent de plein droit :
— Ces trĂ©sors sont Ă  vous, belle Zilia, puisque je les ai trouvĂ©s sur le vaisseau qui vous portait.

EntourĂ©e d’objets familiers, Zilia retrouve l’espoir, d’autant plus qu’Aza est dĂ©sormais sur le point d’arriver.

Seconde partie



LETTRES 28 et 29
La vanité des français



En 1752, Françoise de Graffigny dĂ©cide de renforcer la dimension satirique de son Ɠuvre. Elle allonge la lettre 28 et ajoute la lettre 29.

Au dĂ©but, Zilia est surtout Ă©merveillĂ©e : lors du mariage de CĂ©line, elle admire le feu d’artifice spectaculaire :
Le feu, ce terrible Ă©lĂ©ment, je l'ai vu [...] prendre toutes les formes qu'on lui prescrit ; [...] dessinant un vaste tableau de lumiĂšre sur un ciel obscurci par l'absence du Soleil.

Elle admire aussi la maison et les jardins Ă  la française, mais quelque chose la gĂȘne dans cet Ă©trange rapport Ă  la nature :
On voit la terre étonnée, nourrir et élever [...] les plantes des climats les plus éloignés, [...] sans nécessités apparentes que celles d'obéir aux arts et d'orner l'idole du superflu.

En observant et en questionnant les Français, Zilia, mal à l’aise, comprend peu à peu la logique de leurs mƓurs.
C'est avec une [...] lĂ©gĂšretĂ© hors de toute croyance que les Français dĂ©voilent les secrets de la perversitĂ© de leurs mƓurs.

Zilia doit revenir alors sur son admiration. Elle découvre une société obsédée par le paraßtre et le luxe.
La vanitĂ© dominante des Français est celle de paraĂźtre opulents. [...] Leur goĂ»t effrĂ©nĂ© pour le superflu a corrompu leur raison, leur cƓur, et leur esprit.

Surtout, Zilia relie cette passion pour le superflu à l’entreprise coloniale dont est victime son propre peuple.
Au mépris des biens solides [...] que la France produit en abondance, ils tirent [...] de toutes les parties du monde, les meubles [...] sans usage qui font l'ornement de leurs maisons.

LETTRES 30 et 31
Les sentiments de Déterville



Un jour que Zilia s’était retirĂ©e dans le jardin, DĂ©terville la rejoint. Il cache ses sentiments, mais sa tristesse est bien visible :
— Ah, DĂ©terville, que vous ĂȘtes injuste, si vous croyez souffrir seul ! [...] Je vous aime presque autant que j'aime Aza, mais je ne puis jamais vous aimer comme lui.

DĂ©terville dĂ©cide alors de s'Ă©loigner, pour ne plus souffrir de cet amour impossible :
— Adieu [...] Je vous aimerai, mais je ne vous verrai plus [...] Puisse Aza ne pas vous faire Ă©prouver les tourments qui me dĂ©vorent, puisse-t-il ĂȘtre [...] digne de votre cƓur.

LETTRES 32 Ă  34
Les français et les femmes



De retour Ă  Paris avec CĂ©line, Zilia comprend que les Français sont surtout influencĂ©s par le milieu oĂč ils se trouvent

Parmi nous, ils deviendraient vertueux : la coutume [est le tyran] de leur conduite. Tel [...] mĂ©dit pour n'ĂȘtre pas mĂ©prisĂ© [...] Tel autre serait bon [...] s'il ne craignait d'ĂȘtre ridicule.

TrĂšs vite, elle s’interroge sur la condition des femmes, placĂ©es en position d’infĂ©rioritĂ© par leur Ă©ducation, d’abord au couvent :
On confie le soin d'Ă©clairer leur esprit Ă  des personnes auxquelles on ferait peut-ĂȘtre un crime d'en avoir, et qui sont incapables de leur former le cƓur qu'elles ne connaissent pas.

Avant le mariage, on leur apprend surtout Ă  paraĂźtre aimables.
RĂ©gler les mouvements du corps, arranger ceux du visage, composer l'extĂ©rieur, sont les points essentiels de l'Ă©ducation. Ils ne leur disent pas que la contenance honnĂȘte n'est qu'une hypocrisie si elle n'est l'effet de l'honnĂȘtetĂ© de l'Ăąme.

Une fois mariĂ©e, la femme n’est plus qu’un ornement dans sa propre maison :
Sans confiance, son mari ne cherche pas à la former au soin des affaires, de sa famille et de sa maison. Elle ne participe au tout de ce petit univers que par la représentation. C'est une figure d'ornement pour amuser les curieux.

Mais les femmes françaises ne sont pas dĂ©pourvues de mĂ©rite ! Certaines parviennent Ă  se former seules, malgrĂ© tout :
Mon cher Aza, garde-toi bien de croire qu'il n'y ait point ici de femme de mĂ©rite. Il en est d'assez heureusement nĂ©es pour se donner Ă  elles-mĂȘmes ce que l'Ă©ducation leur refuse.

Mme de Graffigny met beaucoup d’elle-mĂȘme dans ce passage. À 17 ans, elle est mariĂ©e Ă  François Huguet de Graffigny : homme alcoolique et violent. Heureusement, elle obtient la sĂ©paration, grĂące aux tĂ©moignages de ses proches.

Devenue veuve, elle se tourne vers une amie, Émilie du ChĂątelet. Grande figure de l’époque : femme de lettres, mathĂ©maticienne physicienne renommĂ©e
 Elle l’hĂ©berge dans son chĂąteau de Cirey, oĂč elle loge aussi son amant : un certain Voltaire. Mme de Graffigny a donc bien connu le philosophe !

Dans notre roman, on retrouve une trace de cet enjeu, pour un femme seule, de trouver un lieu oĂč vivre librement.

Lettres 35 Ă  37
La maison de Zilia



CĂ©line et DĂ©terville emmĂšnent Zilia Ă  la campagne, c’est une surprise : ils lui offrent une magnifique maison, oĂč se trouve un cabinet de lecture ornĂ© d’objets du Temple du Soleil.
Les trésors du Temple [...] soutenus par des pyramides dorées, ornaient [...] ce magnifique cabinet. La figure du Soleil, suspendue au milieu d'un plafond [...] achevait par son éclat d'embellir cette charmante solitude.

Zilia s’inquiĂšte de la tristesse de DĂ©terville... Mais il la rassure et lui annonce qu’Aza arrive bientĂŽt.
AprÚs cet éclaircissement, je ne cherche plus d'autre cause à la tristesse qui le dévore que ta prochaine arrivée. [...] Je compatis à sa douleur, je lui souhaite un bonheur qui ne dépende point de mes sentiments, et qui soit une digne récompense de sa vertu.

Mais la veille de l’arrivĂ©e d’Aza, sans prĂ©venir Zilia, DĂ©terville est parti pour l’üle de Malte. Zilia lui reproche son dĂ©part :
Non, la mer ne vous sĂ©parera jamais de ce qui vous est cher ; [...] vous Ă©couterez mes priĂšres ; le sang et l'amitiĂ© reprendront leurs droits sur votre cƓur.

LETTRES 38 et 39
La rupture d’Aza



Zilia a enfin retrouvĂ© Aza ! Mais c’est un dĂ©sastre : il lui annonce qu’il s’est converti au catholicisme, et qu’il repart en Espagne.
Ce ne sont plus les inquiĂ©tudes d'une tendresse innocente qui m'arrachent des pleurs ; c'est la bonne foi violĂ©e qui [dĂ©chire] mon Ăąme. Aza est infidĂšle.

Aza dit que sa nouvelle foi lui interdit d’épouser une personne du mĂȘme sang. Zilia s’indigne, mais comprend surtout qu’il aime dĂ©sormais une autre femme.
Le cruel Aza n'a conservĂ© de la candeur de nos mƓurs que le respect pour la vĂ©ritĂ©, dont il fait un si funeste usage. SĂ©duit par les charmes d'une jeune espagnole, [...] il n'a consenti Ă  venir en France que pour se dĂ©gager de la foi qu'il m'avait jurĂ©e.

Zilia Ă©volue alors : progressivement, l’amitiĂ© et la recherche du savoir deviennent des valeurs plus importantes que l’amour.

Lettres 40 et 41
La sagesse de Zilia



Zilia va mieux, grĂące Ă  CĂ©line, qui a pris soin d'elle, et grĂące aux livres, qui l’aident Ă  accepter son malheur :
Je sais qu'Aza est arrivé en Espagne, [...] ma douleur n'est pas éteinte, mais la cause n'est plus digne de mes regrets.

Aza a rendu ses lettres à Zilia, qui se retire dans son cabinet de lecture. Céline lui rend visite et lui dit qu'il n'est pas décent pour une femme de vivre seule, mais Zilia a déjà pris sa décision.
Peut-ĂȘtre la [...] dĂ©cence de votre nation ne permet-elle pas Ă  mon Ăąge l'indĂ©pendance [mais] la vĂ©ritable dĂ©cence est dans mon cƓur.

DĂ©terville, de retour Ă  Paris, retrouve Zilia, qui lui propose de cultiver avec elle les sciences, les arts, et l’amitiĂ© :
Renoncez aux sentiments tumultueux, destructeurs imperceptibles de notre ĂȘtre, venez apprendre [...] les plaisirs innocents et durables. [...] Vous trouverez dans mes sentiments [...] tout ce qui peut vous dĂ©dommager de l'amour.

Zilia choisit donc l’indĂ©pendance, la connaissance, et l’amitiĂ© fidĂšle plutĂŽt que les liens amoureux. Cette fin de roman rejoint le cheminement philosophique de Mme de Graffigny elle-mĂȘme.

AprĂšs un mariage violent dont elle se libĂšre, elle trouve l’amour avec LĂ©opold Desmarets, mais elle ne l'Ă©pouse pas, et conserve son indĂ©pendance.

Elle se construit grĂące Ă  ses amitiĂ©s : Émilie du ChĂątelet, François‑Antoine Devaux, avec qui elle Ă©change plus de 2 500 lettres, particuliĂšrement prĂ©cieuses pour les historiens du XVIIIe siĂšcle !

Mme de Richelieu, son ancienne dame de compagnie, loge Mme de Graffigny Ă  Paris, oĂč elle commence Ă  Ă©crire pour le théùtre, sans grand succĂšs.

Mais en 1747, ses Lettres d’une PĂ©ruvienneï»ż sont un triomphe ! Les salons parisiens adoptent mĂȘme une mode pĂ©ruvienne et s’interrogent sur la place des femmes dans la sociĂ©tĂ©.

Mme de Graffigny ouvre alors son propre Salon littĂ©raire, frĂ©quentĂ© par de grands noms : Marivaux, l’abbĂ© PrĂ©vost, Voltaire, Rousseau


Les valeurs philosophiques de Zilia Ă  la fin du roman, ce sont celles de Françoise de Graffigny : l’indĂ©pendance d’esprit, les liens humains, le respect de la nature
 Elle meurt en 1758 entourĂ©e de ceux dont elle n’a jamais cessĂ© de cultiver l’amitié 


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Louis Tocque, Portrait de Mme de Graffigny (retouché), vers 1772.

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