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En ce début de XVIIIe siècle, montrer au théâtre des valets prendre la place des maîtres, c’est assez audacieux. Pour éviter de faire fuir son spectateur, et pour éviter la censure, Marivaux place son histoire dans l’antiquité : les personnages seraient des athéniens perdus en mer.
Mais on comprend bien qu'Athènes n’est qu’un lieu symbolique : elle représente la cité organisée en classes sociales. Vous allez voir que les esclaves de la pièce ressemblent surtout à des valets de l'Ancien Régime.
Et c’est pour ça que l'inversion des rôles permet une véritable satire de la société du XVIIIe siècle. La mise en abyme du théâtre dans le théâtre est utilisé pour faire une expérimentation sociale qui se déroule sous les yeux du spectateur. Selon les traditions de la grande comédie, l'imitation, la caricature et le rire servent à corriger les travers de la société.
Dans l'île des Esclaves, on assiste à l'aventure d'un langage : le langage manipulateur devient progressivement le langage de la sincérité. En effet, l'échange des rôles permet d'éprouver la place de l'autre, voilà pourquoi l'empathie vient souvent contrebalancer et atténuer la moquerie.
Marivaux nous propose avec cette pièce une réflexion morale, ce n'est pas tant une remise en cause des classes sociales qu'une invitation à traiter ses semblables avec respect et confiance