Corneille, Le Cid
Résumé-analyse
(Texte de la vidéo)



Corneille n’a pas inventé les personnages, qui ont réellement existé dans l’Espagne du 11e siècle !

Le Cid était un mercenaire chrétien, héros de la Reconquista. Réputé invaincu, il devint rapidement une figure légendaire. C’est dans la Cathédrale Santa María de Burgos, que vous pourrez voir son tombeau, et celui de son épouse Chimène.

La pièce de Corneille est aussitôt attaquée. Jean Mairet accuse Corneille d'avoir plagié Les Enfances du Cid, une pièce espagnole de Guillén de Castro.

Avec Georges de Scudéry, un autre dramaturge, ils reprochent à Corneille de ne pas avoir respecté les règles du théâtre classique :
> L’unité de temps.
> L’unité de lieu.
> La vraisemblance.
> Les bienséances.

Guez de Balzac qui est un écrivain de l’époque (et qui n’a rien à voir avec le Balzac romancier du XIXe siècle) réplique à Scudéry dans une lettre en 1638 :
Il y a des beautés parfaites qui sont effacées par d’autres beautés qui ont plus d’agrément et moins de perfection : [...] l’art de plaire ne vaut pas tant que savoir plaire sans art.

Tous ces débats qui suivirent la publication de la pièce, c'est ce qu'on appellera la querelle du Cid.

L’Académie française, fondée en 1634 par Richelieu, c'est-à-dire tout juste 3 ans auparavant, va arbitrer le débat. Elle rejette l'accusation de plagiat, mais elle reconnaît que les 3 unités ne sont pas respectées.

Cependant, les Sentiments de l'Académie française sur la tragi-comédie du Cid se terminent sur cette phrase :
La naïveté et la véhémence de ses passions, la force et la délicatesse de plusieurs de ses pensées, et cet agrément inexplicable qui se mêle dans tous ses défauts lui ont acquis un rang considérable [...].

Acte I



Scène 1



Nous sommes à Séville, dans la maison de Chimène, qui échange avec sa confidente Elvire. Elle apprend avec joie que son père accepte de la marier avec l'homme qu'elle aime, Don Rodrigue.

ELVIRE
Tous mes sens à moi-même en sont encor charmés :
Il estime Rodrigue autant que vous l’aimez,
Et si je ne m’abuse à lire dans son âme,
Il vous commandera de répondre à sa flamme.


Scène 2



Nous sommes maintenant chez L'infante, c'est-à dire la princesse d'Espagne, qui avoue à sa confidente Léonor qu'elle est amoureuse de Rodrigue. Léonor s'insurge car c'est un amour interdit par son rang !

LÉONOR
Pardonnez-moi, Madame,
Si je sors du respect pour blâmer cette flamme.
Une grande princesse à ce point s’oublier
Que d’admettre en son cœur un simple cavalier !


C'est pour mieux l'oublier que l'infante hâte le mariage de Rodrigue avec Chimène :

L’INFANTE
Quand je vis que mon cœur ne se pouvait défendre,
Moi-même je donnai ce que je n’osais prendre.
Je mis, au lieu de moi, Chimène en ses liens,
Et j’allumai leurs feux pour éteindre les miens.


Scène 3



Maintenant, nous sommes sur la place publique, en dehors du Palais, à Séville. Don Gomès, le père de Chimène, est irrité contre Don Diègue le père de Rodrigue qui a été nommé gouverneur du prince par le Roi lui-même.

LE COMTE
Ce que je méritais, vous l’avez emporté.

DON DIÈGUE
Qui l’a gagné sur vous l’avait mieux mérité.

LE COMTE
Vous l’avez eu par brigue, étant vieux courtisan.

DON DIÈGUE
L’éclat de mes hauts faits fut mon seul partisan.

LE COMTE
Parlons-en mieux, le roi fait honneur à votre âge.

DON DIÈGUE
Le roi, quand il en fait, le mesure au courage.

LE COMTE
Et par là cet honneur n’était dû qu’à mon bras.

DON DIÈGUE
Qui n’a pu l’obtenir ne le méritait pas.

LE COMTE
Ne le méritait pas ! Moi ?
Ton impudence,
Téméraire vieillard, aura sa récompense.


Le Comte donne un soufflet à Don Diègue, et pour l'humilier complètement, il lui prend son épée.

Scène 4



Don Diègue maudit sa vieillesse qui l'a laissé dans l'incapacité de se défendre, mais il songe que son fil Rodrigue peut le venger :

DON DIÈGUE
Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
[...]
Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense,
M’as servi de parade, et non pas de défense,
Va, quitte désormais le dernier des humains,
Passe, pour me venger, en de meilleures mains.


Pour en savoir plus sur ce passage, consultez mon analyse du monologue de Don Diègue, Acte I, scène 4.

Scène 5



Don Diègue va trouver son fils et lui raconte son altercation avec le Comte :

DON DIÈGUE
Va contre un arrogant éprouver ton courage :
Ce n’est que dans le sang qu’on lave un tel outrage ;
[...]
Ne réplique point, je connais ton amour ;
Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour.
[...]
Je ne te dis plus rien. Venge-moi, venge-toi ;
Montre-toi digne fils d’un père tel que moi.
Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge.


Scène 6



Rodrigue se retrouve seul et fait le point sur la situation : il n'a pas le choix, il doit venger son père.

RODRIGUE
Je demeure immobile, et mon âme abattue
Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé,
Ô Dieu, l’étrange peine !
En cet affront mon père est l’offensé,
Et l’offenseur le père de Chimène !
[...]
Allons, mon bras, sauvons du moins l’honneur,
Puisqu’après tout il faut perdre Chimène.


On parle souvent du dilemme cornélien pour une situation où l'amour s'oppose au devoir. En réalité, Rodrigue n'a pas le choix, car Chimène est déjà perdue.
Pour en savoir plus, je vous invite à voir mon analyse sur les stances du Cid, Acte I, scène 6.

Acte II



Scène 1



Don Arias demande à Don Gomès de reconnaître le choix du roi, qui veut mettre fin à ce conflit entre deux familles nobles de sa cour :

DON ARIAS
De trop d’emportement votre faute est suivie.
Le roi vous aime encore ; apaisez son courroux.
Il a dit : « Je le veux ; » désobéirez-vous ?


LE COMTE
Monsieur, pour conserver tout ce que j’ai d’estime,
Désobéir un peu n’est pas un si grand crime ;
Et quelque grand qu’il soit, mes services présents
Pour le faire abolir sont plus que suffisants.


Scène 2



Rodrigue vient provoquer le Comte en duel, bien résolu à venger son père :

DON RODRIGUE
Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu,
La vaillance et l’honneur de son temps ? le sais-tu ?


LE COMTE
Peut-être.

DON RODRIGUE
Cette ardeur que dans les yeux je porte,
Sais-tu que c’est son sang ? le sais-tu ?


LE COMTE
Que m’importe ?

DON RODRIGUE
À quatre pas d’ici je te le fais savoir.

Ce duel est à la limite des règles de bienséance, mais le combat n'a pas lieu sur scène. Pour en savoir plus, je vous invite à voir mon analyse sur la confrontation entre Rodrigue et le Comte, Acte II, scène 2.

Scène 3 à 5



L'Infante essaye de rassurer Chimène et lui promet de retenir le bras de Rodrigue, le temps que Don Gomès retire son offense.

L’INFANTE
Le saint nœud qui joindra don Rodrigue et Chimène
Des pères ennemis dissipera la haine ;
Et nous verrons bientôt votre amour le plus fort
Par un heureux hymen étouffer ce discord.


Mais un page arrive alors et leur annonce que Rodrigue est déjà sorti du palais avec le Comte.

Scène 6



Pendant ce temps, le roi discute avec deux nobles, Don Arias et Don Sanche, de l'attitude de Don Gomès :

DON ARIAS
Je l’ai de votre part longtemps entretenu ;
J’ai fait mon pouvoir, Sire, et n’ai rien obtenu.


DON SANCHE
Peut-être un peu de temps le rendrait moins rebelle :
On l’a pris tout bouillant encor de sa querelle ;
Sire, dans la chaleur d’un premier mouvement,
Un cœur si généreux se rend malaisément.


DON FERNAND
S’attaquer à mon choix, c’est se prendre à moi-même,
Et faire un attentat sur le pouvoir suprême.


Scène 7



Alors qu'ils discutent d'une attaque probable des Maures, ils sont interrompus par Don Alonse :

DON ALONSE
Sire, le comte est mort :
Don Diègue, par son fils, a vengé son offense.
Chimène à vos genoux apporte sa douleur ;
Elle vient toute en pleurs vous demander justice.


DON FERNAND
Bien qu’à ses déplaisirs mon âme compatisse,
Ce que le comte a fait semble avoir mérité
Ce digne châtiment de sa témérité.
Quelque juste pourtant que puisse être sa peine,
Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine.


Scène 8


Arrivent alors Don Diègue et Chimène qui demande que soit vengée la mort de son père :

CHIMÈNE
Sire, mon père est mort [...] j’en demande vengeance,
Plus pour votre intérêt que pour mon allégeance.
Vous perdez en la mort d’un homme de son rang :
Vengez-la par une autre, et le sang par le sang.


DON DIÈGUE
Si venger un soufflet mérite un châtiment,
Sur moi seul doit tomber l’éclat de la tempête :
Quand le bras a failli, l’on en punit la tête.
[...]
Immolez donc ce chef que les ans vont ravir,
Et conservez pour vous le bras qui peut servir.


Acte III



Scène 1



Rodrigue se rend chez Chimène, il est reçu par sa suivante Elvire :

ELVIRE
Où prends-tu cette audace et ce nouvel orgueil,
De paraître en des lieux que tu remplis de deuil ?


DON RODRIGUE
Ne me regarde plus d’un visage étonné ;
Je cherche le trépas après l’avoir donné.
Mon juge est mon amour, mon juge est ma Chimène :
Je mérite la mort de mériter sa haine,
Et j’en viens recevoir, comme un bien souverain,
Et l’arrêt de sa bouche, et le coup de sa main.


Mais Elvire lui fait comprendre que sa présence pourrait être interprétée comme une faiblesse de Chimène, et elle parvient à le cacher.

Scène 2



Chimène arrive avec Don Sanche qui lui propose de la venger lui-même, mais Chimène s'en remet d'abord à la justice du roi.

DON SANCHE
Employez mon épée à punir le coupable ;
Employez mon amour à venger cette mort :
Sous vos commandements mon bras sera trop fort.


CHIMÈNE
C’est le dernier remède ; et s’il y faut venir,
Et que de mes malheurs cette pitié vous dure,
Vous serez libre alors de venger mon injure.


Scène 3



Chimène est partagée entre son amour et son désir de vengeance :

CHIMÈNE
Et que dois-je espérer qu’un tourment éternel,
Si je poursuis un crime, aimant le criminel ?
[...]
Ma passion s’oppose à mon ressentiment ;
Dedans mon ennemi je trouve mon amant ;
Je demande sa tête, et crains de l’obtenir :
Ma mort suivra la sienne, et je le veux punir !


Scène 4



Rodrigue apparaît alors, décidé à mourir :

DON RODRIGUE
Je t’ai fait une offense, et j’ai dû m’y porter
Pour effacer ma honte, et pour te mériter ;
Mais quitte envers l’honneur, et quitte envers mon père,
C’est maintenant à toi que je viens satisfaire :
C’est pour t’offrir mon sang qu’en ce lieu tu me vois.
J’ai fait ce que j’ai dû, je fais ce que je dois.


CHIMÈNE
Si tu m’offres ta tête, est-ce à moi de la prendre ?
Je la dois attaquer, mais tu dois la défendre ;
C’est d’un autre que toi qu’il me faut l’obtenir,
Et je dois te poursuivre, et non pas te punir.


DON RODRIGUE
Au nom d’un père mort, ou de notre amitié,
Punis-moi par vengeance, ou du moins par pitié.
Ton malheureux amant aura bien moins de peine
À mourir par ta main qu’à vivre avec ta haine.


CHIMÈNE
Va, je ne te hais point.

Scène 5 et 6



Don Diègue retrouve son fils avec beaucoup de joie et beaucoup de fierté, mais Rodrigue lui annonce son intention de mourir :

DON RODRIGUE
[...] Mon âme est ravie
Que mon coup d’essai plaise à qui je dois la vie ;
Mais parmi vos plaisirs ne soyez point jaloux
Si je m’ose à mon tour satisfaire après vous.
[...]
Mon bras pour vous venger, armé contre ma flamme,
Par ce coup glorieux m’a privé de mon âme ;
[...]
Et, ne pouvant quitter ni posséder Chimène,
Le trépas que je cherche est ma plus douce peine.


DON DIÈGUE
Il n’est pas temps encor de chercher le trépas :
Ton prince et ton pays ont besoin de ton bras.
[...]
Les Maures vont descendre, et le flux et la nuit
Dans une heure à nos murs les amène sans bruit.
[...]
De ces vieux ennemis va soutenir l’abord :
Là, si tu veux mourir, trouve une belle mort ;
[...]
Mais reviens-en plutôt les palmes sur le front.
Ne borne pas ta gloire à venger un affront ;
Porte-la plus avant : force par ta vaillance
Ce monarque au pardon, et Chimène au silence ;
Si tu l’aimes, apprends que revenir vainqueur
C’est l’unique moyen de regagner son cœur.


Acte IV



Scène 1



Elvire rapporte à Chimène les exploits de Rodrigue dont tout le monde parle. Chimène essaye de raffermir sa volonté de vengeance :

CHIMÈNE
Silence, mon amour, laisse agir ma colère :
S’il a vaincu deux rois, il a tué mon père ;
Et quoi qu’on die ailleurs d’un cœur si magnanime,
Ici tous les objets me parlent de son crime.


Scène 2



L'infante vient consoler Chimène et essaye de la dissuader de se venger de Rodrigue :

L’INFANTE
Ce qui fut juste alors ne l’est plus aujourd’hui.
Rodrigue maintenant est notre unique appui,
[...]
Quoi ! pour venger un père est-il jamais permis
De livrer sa patrie aux mains des ennemis ?
[...]
Ce n’est pas qu’après tout tu doives épouser
Celui qu’un père mort t’obligeait d’accuser :
[...]
Ôte-lui ton amour, mais laisse-nous sa vie.


Scène 3



Don Rodrigue vient de rentrer du combat avec deux rois prisonniers, Le roi lui enjoint alors de raconter la bataille. C'est une tirade célèbre :

DON RODRIGUE
Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port,
Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
Les plus épouvantés reprenaient de courage !
[...]
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ;
L’onde s’enfle dessous, et d’un commun effort
Les Mores et la mer montent jusques au port.
[...]
Nous nous levons alors, et tous en même temps
Poussons jusques au ciel mille cris éclatants.
[...]
Nous les pressons sur l’eau, nous les pressons sur terre,
Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang,
[...]
Cependant que leurs rois, engagés parmi nous,
Et quelque peu des leurs, tous percés de nos coups,
Disputent vaillamment et vendent bien leur vie.
À se rendre moi-même en vain je les convie :
Le cimeterre au poing ils ne m’écoutent pas ;
Mais voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats,
Et que seuls désormais en vain ils se défendent,
Ils demandent le chef : je me nomme, ils se rendent.
Je vous les envoyai tous deux en même temps ;
Et le combat cessa faute de combattants.


Pour bien comprendre tous les enjeux de cette tirade, et tous ses effets dramatiques, j’en ai réalisé une explication linéaire en vidéo et PDF sur mon site.

Scènes 4 et 5



Le roi fait d'abord croire à Chimène que Rodrigue est mort, puis, voyant qu'elle manque de s'évanouir, il la détrompe. Chimène se reprend alors :

CHIMÈNE
Eh bien ! Sire, ajoutez ce comble à mon malheur,
Nommez ma pâmoison l’effet de ma douleur :
Une si belle fin m’est trop injurieuse.
Je demande sa mort, mais non pas glorieuse,
Qu’il meure pour mon père, et non pour la patrie ;
Que son nom soit taché, sa mémoire flétrie.


Comme le roi refuse d'exécuter Don Rodrigue, Chimène lui demande d'organiser un duel : elle épousera celui qui parviendra à tuer Don Rodrigue.

CHIMÈNE
Puisque vous refusez la justice à mes larmes,
Sire, permettez-moi de recourir aux armes ;
À tous vos cavaliers je demande sa tête :
Oui, qu’un d’eux me l’apporte, et je suis sa conquête ;
Qu’ils le combattent, Sire ; et le combat fini,
J’épouse le vainqueur, si Rodrigue est puni.


Don Sanche, qui est amoureux de Chimène, se propose immédiatement :

DON SANCHE
Faites ouvrir le champ : vous voyez l’assaillant ;
Je suis ce téméraire , ou plutôt ce vaillant.
Accordez cette grâce à l’ardeur qui me presse.
Madame : vous savez quelle est votre promesse.


Le roi n'aime pas les duels, car ils affaiblissent l'état, (C'est l'avis de Richelieu que Corneille fait transparaître ici).
Mais il y consent à condition que le vainqueur épouse Chimène, même si c'est Rodrigue : c'est une manière, par l'exercice de son autorité, de mettre fin à ce cycle meurtrier.

À travers les paroles de ce roi, toujours très sage et très respecté, Corneille donne une conception de l'exercice du pouvoir, bienveillante et modérée.

Acte V



Scène 1



Rodrigue retourne en secret voir Chimène pour lui annoncer qu'il a l'intention de se laisser tuer dans ce duel contre Don Sanche :

DON RODRIGUE
Je vais mourir, Madame, et vous viens en ce lieu,
Avant le coup mortel, dire un dernier adieu :
[...]
J’ai toujours même cœur ; mais je n’ai point de bras
Quand il faut conserver ce qui ne vous plaît pas ;
[...]
Vous demandez ma mort, j’en accepte l’arrêt.


Chimène essaye par tous les arguments de le dissuader de mourir, mais comme rien n'y fait, elle est finalement obligée de lui avouer, à demi-mot, son amour :

CHIMÈNE
Puisque, pour t’empêcher de courir au trépas,
Ta vie et ton honneur sont de faibles appas,
Si jamais je t’aimai, cher Rodrigue, en revanche,
Défends-toi maintenant pour m’ôter à don Sanche ;
[...]
Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris,
Sors vainqueur d’un combat dont Chimène est le prix.


Scènes 2 et 3



L'infante réalise qu'elle ne peut plus espérer l'amour de Rodrigue :

L’INFANTE
Il est digne de moi, mais il est à Chimène ;
Le don que j’en ai fait me nuit.
Entre eux la mort d’un père a si peu mis de haine,
Que le devoir du sang à regret le poursuit :
Ainsi n’espérons aucun fruit
De son crime, ni de ma peine,
Puisque pour me punir le destin a permis
Que l’amour dure même entre deux ennemis.


C'est un très beau monologue sous forme de stances, qui est suivi dans la scène 3 par un échange avec sa confidente Léonor.

Dans notre pièce, l'amour de l'infante est comme une intrigue secondaire bloquée. Pour cette raison, on a reproché à Racine de ne pas avoir respecté l'unité d'action. Pourtant, les malheurs de l'infante créent pour ainsi dire un contrepoint musical avec la partition de Chimène.

Scène 4



Tout semble s'arranger pour Chimène, et pourtant elle continue de se plaindre auprès de sa confidente :

CHIMÈNE
Elvire, que je souffre, et que je suis à plaindre !
Je ne sais qu’espérer, et je vois tout à craindre ;
Et quoi qu’en ma faveur en ordonne le sort,
Mon père est sans vengeance, ou mon amant est mort.
[...]
Quand il sera vainqueur, crois-tu que je me rende ?
Mon devoir est trop fort, et ma perte trop grande ;
Et ce n’est pas assez pour leur faire la loi,
Que celle du combat et le vouloir du roi.


ELVIRE
Quoi ! vous voulez encor refuser le bonheur
De pouvoir maintenant vous taire avec honneur ?
Que prétend ce devoir, et qu’est-ce qu’il espère ?
La mort de votre amant vous rendra-t-elle un père ?
[...]
Allez, dans le caprice où votre humeur s’obstine,
Vous ne méritez pas l’amant qu’on vous destine ;
Et nous verrons du ciel l’équitable courroux
Vous laisser, par sa mort, don Sanche pour époux.


La confidente Elvire incarne le regard du spectateur sur scène, et relance tout l'intérêt de la pièce ! En effet, on réalise avec cette scène que rien n'est gagné : ni le duel, ni la réaction finale de Chimène.

Scène 5



Don Sanche vient rendre son épée à Chimène, celle-ci croit que Rodrigue est mort et laisse alors éclater ses émotions :

CHIMÈNE
Perfide, oses-tu bien te montrer à mes yeux,
Après m’avoir ôté ce que j’aimais le mieux ?
Éclate, mon amour, tu n’as plus rien à craindre :
Mon père est satisfait, cesse de te contraindre.
Un même coup a mis ma gloire en sûreté,
Mon âme au désespoir, ma flamme en liberté.


Scène 6



Arrive alors le roi, Chimène avoue son amour pour Rodrigue, mais Don Fernand lui annonce qu'il n'est pas mort :

DON FERNAND
Chimène, sors d’erreur, ton amant n’est pas mort,
Et don Sanche vaincu t’a fait un faux rapport. [...]
Ton père est satisfait, et c’était le venger
Que mettre tant de fois ton Rodrigue en danger. [...]
Et ne sois point rebelle à mon commandement,
Qui te donne un époux aimé si chèrement.


Scène 7



Rodrigue apparaît alors, prêt à se sacrifier à nouveau pour Chimène :

DON RODRIGUE
Madame ; mon amour n’emploiera point pour moi
Ni la loi du combat, ni le vouloir du roi.
Si tout ce qui s’est fait est trop peu pour un père,
Dites par quels moyens il vous faut satisfaire.
Faut-il combattre encor mille et mille rivaux ?
Aux deux bouts de la terre étendre mes travaux ?
[...]
Si mon crime par là se peut enfin laver,
J’ose tout entreprendre, et puis tout achever ;
Mais si ce fier honneur, toujours inexorable,
Ne se peut apaiser sans la mort du coupable,
N’armez plus contre moi le pouvoir des humains :
Ma tête est à vos pieds, vengez-vous par vos mains ;


CHIMÈNE
Relève-toi, Rodrigue. Il faut l’avouer, Sire,
Je vous en ai trop dit pour m’en pouvoir dédire.
Rodrigue a des vertus que je ne puis haïr ;
Et quand un roi commande, on lui doit obéir.


DON FERNAND
Le temps assez souvent a rendu légitime
Ce qui semblait d’abord ne se pouvoir sans crime : [...]
Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes.
Rodrigue, cependant il faut prendre les armes. [...]
Et par tes grands exploits fais-toi si bien priser,
Qu’il lui soit glorieux alors de t’épouser. [...]
Pour vaincre un point d’honneur qui combat contre toi,
Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi.


Au regard des règles de vraisemblance et de bienséance, à partir de quand Rodrigue devient-il à nouveau acceptable par Chimène ? Avec intelligence, Corneille donne au roi le dernier mot sur cette question.

⇨ Corneille, Le Cid - Slides de la vidéo

⇨ Corneille, Le Cid - Texte intégral

⇨ Corneille, Le Cid - Personnages

⇨ Corneille, Le Cid - Résumé-analyse (podcast)

⇨ Corneille, Le Cid - Résumé-analyse (texte de la vidéo PDF)