Couverture pour Les Caractères

La Bruyère, Les Caractères, 1688.
VIII.19 Cimon et Clitandre.



Ne croirait-on pas de Cimon et de Clitandre qu’ils sont seuls chargés des détails de tout l’Etat, et que seuls aussi ils en doivent répondre ? L’un a du moins les affaires de terre, et l’autre les maritimes. Qui pourrait les représenter exprimerait l’empressement, l’inquiétude, la curiosité, l’activité, saurait peindre le mouvement. On ne les a jamais vus assis, jamais fixes et arrêtés : qui même les a vus marcher ? On les voit courir, parler en courant, et vous interroger sans attendre de réponse. Ils ne viennent d’aucun endroit, ils ne vont nulle part : ils passent et ils repassent. Ne les retardez pas dans leur course précipitée, vous démonteriez leur machine ; ne leur faites pas de questions, ou donnez-leur du moins le temps de respirer et de se ressouvenir qu’ils n’ont nulle affaire, qu’ils peuvent demeurer avec vous et longtemps, vous suivre même où il vous plaira de les emmener. Ils ne sont pas les Satellites de Jupiter, je veux dire ceux qui pressent et qui entourent le prince, mais ils l’annoncent et le précèdent ; ils se lancent impétueusement dans la foule des courtisans ; tout ce qui se trouve sur leur passage est en péril. Leur profession est d’être vus et revus, et ils ne se couchent jamais sans s’être acquittés d’un emploi si sérieux, et si utile à la république. Ils sont au reste instruits à fond de toutes les nouvelles indifférentes, et ils savent à la cour tout ce que l’on peut y ignorer ; il ne leur manque aucun des talents nécessaires pour s’avancer médiocrement. Gens néanmoins éveillés et alertes sur tout ce qu’ils croient leur convenir, un peu entreprenants, légers et précipités. Le dirai-je ? Ils portent au vent, attelés tous deux au char de la Fortune, et tous deux fort éloignés de s’y voir assis.

Introduction



Accroche


• Dans ses Mémoires, le Duc de Saint-Simon commente le plaisir que l’on a à observer la variété des courtisans :
La promptitude des yeux à voler partout en sondant les âmes [...] la combinaison de tout ce qu'on y remarque, l'étonnement de ne pas y trouver ce qu'on avait cru [...] forme un plaisir [qui] est un des plus grands dont on puisse jouir dans une cour.

• Variété fascinante et défauts bien cachés ! Les personnage les plus difficiles à représenter sont ceux qui sont trompés par leur propre rôle !

Situation


• Double portrait de Cimon et Clitandre, difficiles à représenter, à travers un récit en mouvement, et des jeux d’opposition.
• Le regard du moraliste est impitoyable, il met en scène avec humour et ironie l’orgueil et les excès de ces personnages.
• Les images sont plus efficaces que les discours, les références mythologiques permettent au lecteur de comprendre pourquoi ces personnages courent aveuglément leur perte…

Problématique


Comment La Bruyère nous présente ces deux personnages pour nous amener à une lucidité sur le rôle qu’ils jouent, et dont ils sont eux-même dupes ?

Axes pour un commentaire composé


I. Un double portrait complexe à réaliser
1) Art de la narration
2) Difficulté à représenter
3) Représenter à la négative
II. Un moraliste virtuose et impitoyable
1) Dénoncer excès et vanité
2) Emprunter à la comédie
3) Une ironie cinglante
III. Des images plus efficaces que les discours
1) Utiliser des métaphores révélatrices
2) Des références mythologiques
3) Laisser le lecteur déchiffrer

Mouvement de l’explication linéaire


Les sujets des verbes structurent ce passage, varient les points vue, révélant un exercice de lucidité.
1) D’abord, le « on » domine : ce que les spectateurs voient. Défi du moraliste : représenter le théâtre des apparences.
2) Ensuite, on prend de la hauteur avec la troisième personne du pluriel « ils ne viennent … ils ne sont pas ». On nous détrompe sur leur activité, dont la vacuité apparaît alors : peinture de la vanité.
3) Jusqu’à la fin : « leur profession » devient le sujet même de la conversation : on parle de leur rôle lui-même (qu’ils prennent pour une profession).



Premier mouvement :
Le défi de la représentation



Ne croirait-on pas de Cimon et de Clitandre qu’ils sont seuls chargés des détails de tout l’Etat, et que seuls aussi ils en doivent répondre ? L’un a du moins les affaires de terre, et l’autre les maritimes. Qui pourrait les représenter exprimerait l’empressement, l’inquiétude, la curiosité, l’activité, saurait peindre le mouvement. On ne les a jamais vus assis, jamais fixes et arrêtés : qui même les a vus marcher ? On les voit courir, parler en courant, et vous interroger sans attendre de réponse.

Ne pas être dupe des apparences


• Question rhétorique « ne croirait-on » on devine la réponse.
• Conditionnel du verbe « croire » : sous les apparences.
• Pronom indéfini « on » : lecteur observateur.
• Verbe d’état « ils sont » = devoir « ils doivent ».
• Présent de vérité générale : deux verbes qui les définissent.
⇨ Ce « devoir » est en fait une comédie jouée par eux.

Préparer déjà la chute du double portrait


• Pluriel paradoxal « seuls » double portrait.
• Noms propres en C « Cimon et Clitandre » déjà deux chevaux.
• Participe passé « chargés » de sens passif : on se demande qui les a chargés de cela…
• Métaphore « chargé » comme s’ils portaient un poids.
⇨ Deux chevaux qui font semblant d’être attelés.

Des activités excessives


• Deux subordonnées conjonctives coordonnées « qu’il sont … qu’ils doivent » hypotaxe qui gonfle leurs activités.
• Parallélisme : « seuls » revient deux fois.
• Pantonymes « détails … affaires » (termes imprécis et généraux).
• Pluriel insistant « détails … affaires … maritimes ».
• La modalisation « du moins » est ironique (ce que l’on croit).
⇨ Trop d’activités pour que l’on puisse les croire honnêtes.

Des activités qui englobent tout


• Alternative « l’un … l’autre » se partagent la tâche.
• La coordination « et l’autre » divise en deux.
• Article défini totalisant « tout l’État ».
• Le pronom adverbial « en » reprend tout.
• Exhaustivité « terre … maritimes » comme Zeus et Neptune.
• Figure elliptique « les maritimes ».
⇨ Exhaustivité hyperbolique (figure d’exagération).

Comment représenter, saisir ces personnages ?


• Deux conditionnels « qui pourrait… saurait » art impossible.
• Sub. rel. substantive construit la prétérition (affirmer qu’on ne peut pas dire, pour mieux dire).
• Art du peintre « représenter … peindre » faire un portrait.
• Oxymore « peindre le mouvement » (peinture normalement statique).
⇨ Mais justement la littérature utilise des procédés du théâtre.

Représenter par des allégories ?


• Déterminants définis + notions abstraites : « l’empressement, l’inquiétude, la curiosité, l’activité ».
• Pas de gradation : succession d’états différents, sans ordre « empressement, inquiétude, curiosité, activité ».
• Négation lexicale « inquiétude » qui n’est pas quiet.
• Synthèse à la fin de l’énumération « le mouvement ».
⇨ Notion particulièrement abstraite difficile à illustrer.

Représenter en creux, par la négation ?


• Négations anaphores rhétoriques « jamais assis … jamais fixes ».
• Gradation « assis » puis « fixes » (mais pas assis) « arrêtés » (mais pas fixes), « marcher » (pas arrêtés), « courir ».
• Question rhétorique (pronom interrogatif « qui ») implique une réponse négative : « personne ne les a vus marcher ».
• Apogée de la gradation « parler en courant » le gérondif exprime la simultanéité. Comique de gestes comme au théâtre.
⇨ Ils ont disparu à peine arrivés.

Comment La Bruyère parvient-il finalement à les représenter ?


• Verbe voir à la négative revient à l’affirmative « on ne les a jamais vus … on les voit ».
• La passé composé « a vu » laisse place au présent « on les voit ».
• Polyptote (même mot sous différentes formes grammaticales) « courir … courant ».
• Rythme ternaire « courir, parler en courant et vous interroger… » avec la conjonction de coordination finale.
⇨ On touche enfin le fond du problème, cela les rend associable.

Une attitude éloignée de celle de l’honnête homme


• Exception : « sans attendre » : ils peuvent tout faire en même temps sauf une seule chose « attendre ».
• Verbe ironique « attendre une réponse » remplace « écouter une réponse » cela ne devrait pas être une attente.
• Discours narrativisé « interroger … réponse ».
• Proximité avec le lecteur « vous interroger » à la deuxième personne du pluriel (vouvoiement) qui remplace le « on ».
⇨ On est bien dans un projet moraliste qui dénonce des travers.



Deuxième mouvement :
Une peinture de la vanité



Ils ne viennent d’aucun endroit, ils ne vont nulle part : ils passent et ils repassent. Ne les retardez pas dans leur course précipitée, vous démonteriez leur machine ; ne leur faites pas de questions, ou donnez-leur du moins le temps de respirer et de se ressouvenir qu’ils n’ont nulle affaire, qu’ils peuvent demeurer avec vous et longtemps, vous suivre même où il vous plaira de les emmener. Ils ne sont pas les Satellites de Jupiter, je veux dire ceux qui pressent et qui entourent le prince, mais ils l’annoncent et le précèdent ; ils se lancent impétueusement dans la foule des courtisans ; tout ce qui se trouve sur leur passage est en péril.

Vanité de ces actions


• Deux négations partielles « aucun endroit … nulle part » souligne la vanité de ces mouvements
• Parallélisme (structure syntaxique x2) « vont … viennent ».
• Aller et venir : deux mouvements négatifs qui s’annulent.
• Provenance soulignée par la préposition « d’aucun ».
• Les questions au pluriel finissent par faire émerger le singulier « nulle affaire ».
⇨ Le secret de cette agitation, c’est qu’elle est inutile, vaine.

Une course vers leur malheur


• Étymologie « précipiter » (prae + caput = la tête en avant). Ils vont forcément vers une catastrophe.
• Adjectif « précipitée » hypallage : qualifie en fait les personnages eux-mêmes qui foncent tête baissée.
• Verbe « faire » une question semble ajouter à leurs « affaires » : personnages qui ne sont que dans l’action.
⇨ Des personnages aveugles à leur destin ?

Faire tomber un masque qu’ils ne perçoivent même plus


• Proposition courte « ils passent et repassent » révélation.
• Les deux points « : ils passent » font tomber le masque.
• Polyptote « passent et repassent » soulignent le préfixe de répétition « repassent » : comme le mythe de Sisyphe.
• Démarche chronologique « respirer et se ressouvenir ».
• Insiste sur le préfixe : « se ressouvenir » au fond ils savent bien qu’ils n’ont rien à faire.
⇨ Le narrateur et le lecteur voient mieux que les personnages.

Complicité avec le lecteur


• Impératif à la 2e personne « retardez ». Adresse directe au lecteur, complicité, confidence, conseil.
• Double avertissement en parallèle ne retardez … Ne faites »
• La négation laisse place à l’assertion « donnez-leur ».
• Verbe « donner » pour une chose immatérielle « le temps ».
⇨ Apaiser, amuser, instruire et plaire en même temps.

Métaphore de l’horloge astronomique


• Simple hypothèse « vous démonteriez » pédagogique.
• Possessif « leur course » utilisé pour des astres.
• Possessif en écho « leur machine » comme une horloge.
• Le verbe « se ressouvenir » est associé au verbe « respirer ».
• La voix pronominale « se ressouvenir » l’humain revit.
⇨ Métaphore comique : mécanismes qui remplacent l’humain.

Une métaphore philosophique


• Le verbe « se ressouvenir » fait allusion au concept de réminiscence chez Platon : l’apprentissage est un ressouvenir.
• Allusion aussi à Pascal : les activités sont une diversion qui nous évitent de penser à la mort et à la vanité du monde.
• Comique étudié par Bergson dans Le Rire :
Ce qu'il y a de risible […] est une certaine raideur de mécanique là où l'on voudrait trouver la souplesse attentive et la vivante flexibilité d'une personne.

Un moment d’accalmie ?


• Le verbe « avoir » laisse place au verbe « pouvoir » au présent d’énonciation. Le potentiel est présent mais n’est que potentiel.
• Le verbe « demeurer » est à l’infinitif : il n’est pas actualisé dans le discours. Cela reste une fiction.
• Polysyndète (ajout de conjonctions inutiles) « et longtemps » souligne qu’ils ont le temps.
• Gradation « et même vous suivre ».
⇨ Ce n’est plus la course mais la promenade.

La promenade de l’honnête homme


• La 2e personne reprend progressivement de l’importance : d’abord CC d’accompagnement « avec vous » puis COD « vous suivre » et enfin sujet « il vous plaira ».
• CC de lieu « où il vous plaira » : promenades dans les jardins de Versailles. Les jardins à la française ménagent des espaces baroques, labyrinthe où l’on peut se perdre.
• Démarche philosophique d’Aristote : les péripatéticiens discutent en marchant
⇨ En creux, ce que Cimon et Clitandre ne font pas.

Une métaphore filée révélatrice


• Les « satellites » sont des astres. Mais « Jupiter » est à la fois une planète, un dieu antique, une image pour « le prince ».
• Au théâtre, des rouages font apparaître des Dieux = Deus ex machina : le moraliste nous emmène en coulisses.
• Notion baroque de Theatrum Mundi : le monde est un théâtre où chacun joue un rôle.
⇨ La métaphore filée est commentée par le moraliste.

Explications du moraliste


• La métaphore est explicitée avec la première personne « je veux dire » : épanorthose (reformuler plus clairement).
• Verbe d’état au présent, nié « ils ne sont pas ».
• Détromper le lecteur « mais ».
• La relative substantive définit les bons courtisans : « ceux qui pressent et entourent le prince ».
⇨ Cimon et Clitandre s’opposent à cette définition.

Un jeu d’oppositions révélateur


• Deux verbes « pressent et entourent » remplacés par « annoncent et précèdent ».
• Deux verbes connotés positivement « presser » signifie surtout « s’empresser » c’est-à-dire servir.
• De même « entourer » signifie « soutenir ».
• Au contraire, « annoncer » est bruyant et inutile.
• Pire : « précéder » est contraire à l’étiquette puisque le premier doit toujours être le roi.
⇨ Cimon et Clitandre ne réalise pas qu’ils courent à leur perte.

En quoi voit-on déjà qu’ils courent à leur perte ?


• Le présent d’énonciation « ils se lancent » les remet en mouvement.
• Les prépositions sont accusatrice « dans la foule … sur leur passage » la cour est pour eux un champ de bataille.
• Étymologie « impétueusement » (in+petere= se jeter dedans).
• Le singulier devient pluriel « la foule des courtisans » puis totalisant « tout ce qui se trouve ».
• Le groupe prépositionnel « en péril » est attribut du sujet « tout ce qui se trouve sur leur passage ». Or ils vont et viennent en tout lieux.
⇨ Nous avons tous les éléments pour comprendre.


Troisième mouvement :
Un exercice de lucidité



Leur profession est d’être vus et revus, et ils ne se couchent jamais sans s’être acquittés d’un emploi si sérieux, et si utile à la république. Ils sont au reste instruits à fond de toutes les nouvelles indifférentes, et ils savent à la cour tout ce que l’on peut y ignorer ; il ne leur manque aucun des talents nécessaires pour s’avancer médiocrement. Gens néanmoins éveillés et alertes sur tout ce qu’ils croient leur convenir, un peu entreprenants, légers et précipités. Le dirai-je ? Ils portent au vent, attelés tous deux au char de la Fortune, et tous deux fort éloignés de s’y voir assis.

Décrire un faux rôle


• Déterminant possessif « leur profession » devient le sujet.
• Double verbe d’état « est d’être » : moment de révélation.
• Suivis par une double apparence « vus et revus ».
• Le préfixe « re- » est encore ici révélateur.
• Le mot « profession » est inapproprié : rôle qu’ils se donnent.
⇨ Les personnages croient que leur rôle est important.

Une « profession » faussement importante


• Conj. de coo. « et » en conséquence ils font quoi ?
• Premier degré « ils ne se couchent jamais » : action vaine.
• Vient ensuite l’exception « sans s’être acquittés ».
• Le nom « acquitté » est emprunté au vocabulaire juridique, comme s’ils étaient astreints par la loi à un devoir.
⇨ Leur point de vue est restitué avec ironie.

Un point de vue teinté d’ironie


• Intensif « si » répété deux fois. Hyperbole (exagération).
• Gradation : « sérieux » puis « utile à la république ».
• À l’époque, la « république » est la collectivité.
• Discours rapporté indirect libre, on entend leurs paroles « nous ne nous couchons jamais sans nous être acquittés… »
• L’article indéfini « un emploi si sérieux » orgueil du métier.
⇨ Le regard du moraliste vient disqualifier d’avance les qualités qu’ils s’attribuent.

Le regard impitoyable du moraliste


• Éléments connotés positivement « instruits, savoir, talents ».
• Renforcés ironiquement « de tout » (quantité), « à fond » (qualité), « nécessaires » (plus qu’utile, indispensable !)
• Mais tout cela retombe en fin de phrase avec l’adjectif « indifférentes », l’adverbe « médiocrement ».
• Ce qui est inutile = « ce que l’on peut y ignorer ».
⇨ Les qualités de ces personnages n’ont rien de concret.

Des qualités disqualifiées d’avance


• Le lien d’opposition « néanmoins » introduit ces qualités comme une concession. Ce sont en fait des défauts.
• Les adjectifs « éveillés, alertes, légers » sont ambivalents.
« éveillé » renvoie à « ne se couchent jamais ».
« alertes » renvoie à « l’inquiétude ».
« légers » s’oppose à « sérieux ».
• Chaque qualité se transforme en défaut : « éveillés et alertes … légers et précipités ».
• Le participe présent est nuancé « un peu entreprenant ».
⇨ Le moraliste poursuit un portrait qui fait tomber le masque.

Faire tomber le masque


• Le verbe « croire » de la première phrase revient dans la dernière phrase mais le sujet a changé : « ils croient ».
• Présence des autres courtisans à travers le pronom indéfini « tout ce que l’on peut ignorer »
• Présence en filigrane des convenances « convenir ».
• Reformulations jusqu’au point d'interrogation : « le dirai-je ? » question rhétorique qui produit une prétérition.
⇨ Audace : le moraliste garde le plus révélateur pour la fin.

Une métaphore finale révélatrice


• Résumer le portrait « tous deux » par une image double.
• Image amusante « portent au vent » : le nez au vent représente quelqu’un d’orgueilleux.
• Le « vent » évoque l’orgueil de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Lieu commun du ballon gonflé.
• Métaphore de chevaux « attelés » à un devoir imaginaire.
• Le nom « char » rappelle le mot « chargés » du début.
⇨ L’image résume, mais aussi, ajoute des traits cruels.

En quoi cette image est-elle cruelle ?


• La « Fortune » est une déesse antique aveugle.
• Le participe passé « éloigné » comment l’image et rappellent le verbe « précéder » : il courent devant ce qu’ils devraient poursuivre.
• L’intensif « fort éloigné » est ironique : au contraire ils en sont très proche mais paradoxalement incapable de l’atteindre !
⇨ L’image dépeint des personnages incorrigibles…


Conclusion



Bilan


• Texte plaisant où La Bruyère devient complice avec son lecteur pour l’amener à être parfaitement lucide sur une comédie des apparences un peu spéciale…
• En effet, Cimon et Clitandre semblent dupes eux-même de leur propre rôle. Ils doivent se « ressouvenir » que ce n’est qu’un rôle qu’ils jouent tant le masque leur colle à la peau.
• D’où le plaisir manifeste de La Bruyère qui les démasque petit à petit avec des touches d’ironie.
• La complexité de leur jeu rend d’autant plus remarquable la simplicité de l’image finale : le char de la Fortune, qui résume et synthétise tout le propos.

Ouverture


• Dans son portrait de La Bruyère, Jean-Michel Delacomptée présente les Caractères comme un véritable modèle pour les journalistes d’aujourd’hui !
Quand j’en ai l’occasion, j’invite mes anciens collègues [...] à s’en inspirer. Les journalistes ont souvent à brosser des portraits. Chez lui, ils trouvent un maître.
Jean-Michel Delacomptée, La Bruyère, portrait de nous-mêmes, 2023.



Giovanni Battista Tiepolo, Char d'Aurore (détail), vers 1734.

⇨ La Bruyère, Les Caractères 💼 « Cimon et Clitandre » (extrait étudié au format A4 PDF)